XXXI V
Quand le peintre veut représeiUer un événement , il ne saurait mettre en scène un tio}) grand nombre de personnages ; mais il n'en saurait employer tj'op peu , quan<l il no veut exprimer qu'une passion.
Les sculpteurs et les peintres ne nous montrent guère que des corps inhabités. Les plus habiles, comme Géi'ard , prennent la vie poujdernier but , et ne font que des corps vivants. Et pourtant, il ne suffit pas même, pour atteindre l'objet de l'art , qu'un personnage semble animé d'une passion : il faut une passion où l'ame participe. Tout peintre et tout statuaire qui ne sait pas montrer, dans toutes ses figures, l'immatérialité et rimmoilalité
de l'iiiiie , ne produit rien qui N<»il vrainjent Uemi.
C'est une si belle chose que la lumière , que Rembrandt , presque avec ce seul moyen , a fait des tableaux admirables. On ne conçoit point de rayons et d'obscurité qui appellent plus puissamment les regards. Il n'a , le plus souvent , représente' qu'une nature triviale , et cependant on ne regarde pas ses tableaux sans gravité et sans respect. Il se fait , à leur aspect , une sorte de clarté dans l'âme , qui la réjouit , la satisfait et la charme, ils causent à l'imagination une sensation analogue à celle que produiraient les plus purs rayons du jour, admis, pour la première fois, dans les yeux ravis d'un homme enfermé jusque-là dans les ténèbres. Dans ses belles figures , comme son Rabbi, la lumière, il est vrai, n'est plus l'objet principal dont l'imagination soit occupée ; mais elle est encore le principal moyen employé par l'artiste pour rendre le sujet frappant. C'est elle qui dessine ces traits , ces cheveux , cette barbe, ces rides et ces sillons qu'a cveusés le temps. Ce que Rembrandt a fait avec le clair-obscur, Rubens V.\ fait avec l'incar-
jiat. Kubeiis a régné par les couleurs, comme Uembrandt par la lumière. L'un savait rendre tout éclatant , l'autre tout illuminer ; l'un est splendide, l'autre est magique; et si l'àme n'est pas toujours chai'mée par eux , l'œil humain leur doit, du moins, ses plus brillantes illusions.
XXXVH.
Pour qu'un groupe se foime et soit réel à l'œil , il faut qu'il y ait une liaison entre le mouvement de chaque figure et de celle qui la suit; que les attitudes des personnages s'enchaînent l'une à l'aulie ; ([u'il y ait dans les caractères de leur couleur , de leurs traits ou de leurs expressions , une gi-adation bien ménagée et des nuances qui se fondent; que l'esprit, aussi bien que l'œil, les embrasse d'un seul regard, et qu'enfin, suivant qu'il y a dans le tableau un seul ou plusieurs groupes, les personnages Ibrment une seule ou plusieurs unités bien dislinclcs et dont le souvenir soit fa( ile. Dans le Uélisaire, la femme, l'enfant et le vieillard gi'oupent parfaitement; mais le soldat ne gi'oupe ni avec eux, ni avec les personnages peints dans le lointain , ni avec le lieu , ni , pour ainsi dire, avec
"22 lui-même. Voiw qu'une ligure groupe avec elle-même, en effet, il faut qu'elle ail une vérité d'expression comme de conformation, qui la replie sur son propre individu, et lui donne un mérite absolu, indépendant. C'est ce que celle-ci n'a aucunement ; son attitude et son expression sont fausses et mentent à la nature encore plus qu'au sujet. C'est peutêtre par la même raison (lu'elle ne groupe pas avec le lieu. Je me propose de l'examiner ailleurs.
XXXYIII.
I>ans l'Endymion de Girodet , le persoimage (lu zéphire donne un témoin à une scène (jui ne devrait })as en avoir.
XXXÏX.
David , relève ton génie et ton Androma(jU<« assise !
Regarder une mauvaise peinture avec respect , et une bonne avec délices, c'est la plus louable , et je dirai même la plus honorable disposition où [)uisse se trouver et se montrer une honnête ignoiance.
L'art théàtial n'a pour ol)jel(iue la représentalion. Un acteur doit donc avoir l'air demi-ombre et demi-réalité. Ses larmes, ses cris, son langage, ses gestes doivent sembler demi-iéints et demi-vrais. Il faut enlin , pour qu'un spectacle soit beau , qu'on croie imaginer ce qu'on y entend , ce qu'on y voit , et que tout nous y semble un beau songe.
XÏJI.
1/objet de toute représentation est de donnei- une idée fixe et dont l'effet soit chaque fois infaillible. Or, pour y parvenir, il faut que la représentation soit très-déterminée, c'est-àdiie très-exacte et très-achevée dans toutes les [)arties qui doivent produire l'effet auquel on vise.