X.WII
Se mêler des petits objets comme des grands, être propre et prêt aux uns rommeaux autres, n'est i)as faiblesse et petitesse, mais eapaeité et sulïisance.
Il y a des esprits naturellement éclairés , ou pénétrants par leur nature , qui ont beaucoup d'évidences qu'ils n'ont pas raisonnées et ne pourraient pas raisonner.
Les uns passent par les belles idées, et les autres y séjournent ; ceux-ci sont les })Uis heureux ; mais les premiers sont les plus grands.
Il ne faut laisser son esprit se reposer que dans des idées heureuses, satisfaisantes ou parfaites. Les idées heureuses ! On les a quand on les attend, et qu'on est propre à les recevoir.
Ceux qui ont refusé à leur esprit des pensées graves , tombent dans les idées sombres.
Ce qui ne donne à l'esprit que du mouvement, nous rend actifs et nous fait écrire. Mais ce qui lui donne de la lumière et du bonheur, ne nous rend que méditatifs.
Les esprits pénétrants dépassent les préliminaires : ils ne s'arrêtent pas sm* le bord des questions et n'y arrêtent personne.
Il est des esprits dont on peut dire : il y fait clair, et d'autres, seulement : il y fait chaud. 11 y a beaucoup de chaleur où il y a beaucoup de mouvement, et beaucoup de lumière où il y a beaucoup de sérénité; sans la sérénité, point de lumière.
* Il est des esprits tellement chauds que leurs pensées s'exhalent en fumée et se consument en eux dès le moment qu'elles s'y forment.
Être éclairé , c'est un grand mot ! Il y a cer-
laiiis liuiiinirs qui se troienl éclaiiés^ parce (|u'ils sont décidés, pi-enaiit ainsi la convielion pour la vérité, otla forte? conception pour l'inlolligenco. Il on est d'autres qui , parce qu'ils savent tous les mots, cioient savoir toutes les vérités. Mais qui est-ce (lui est éclairé de cette lumière éternelle qui s'attache aux parois du cerveau, et rend éternellement lumineux les esprits où elle est entrée, et les objets qu'elle a touchés?
XXXVIÏ.
Il y a des cerveaux lumineux, des têtes propres à recevoir, à retenir et à transmettre la lumière; elles rayonnent de toutes paits, elles éclairent; mais là se termine leur action. Il est nécessaire d'y joindre celle d'agents secondaires, pour lui donner de l'efficacité. C'est ainsi que le soleil fait éclore, mais ne cultive rien.
Il est des tètes qui n'ont point de fenèti'cs et que le jour ne peut frapper d'en haut. Rien n'y vient du côté du ciel.
Celui qui a de l'imagination sans érudition , a (les ailes et n'a pas de pieds.
Il est des hommes qui, lorsqu'ils tiennenl quelque discours ou foi*ment quelque jugement, legardent dans leur tête , au lieu de regarder dans Dieu, dans leur àme, dans leur conscience, dans le fond des choses. On reconnaît cette habitude de leur esprit à la contenance qu'ils prennent et à la direction de leurs yeux,
Les esprits faux sont ceux qui n'ont pas le sentiment du vrai, et qui en ont les définitions; qui regardent dans leur cerveau, au lieu de regarder devant leurs yeux; qui consultent, dans leurs délibérations, les idées qu'ils ont des choses, et non les choses elles-mêmes.
La ftmsseté d'esprit vient d'une fausseté de (ceur; elle provient de ce qu'on a secrètement pour but son opinion propre, et non l'opinion vraie. L'esprit faux est faux en tout, comme
lin œii luiuhe regarde loiijours do Iraveis. Mais on peut se tromper une fois, cent fois, sans avoir l'esprit faux. On n'a point l'esi»! it faux quand on l'a sincèie.
* 11 y a dans certains esprits un noyau d'erreur qui attire et assimile tout à lui-même.
' Quelquefois de grands esprits sont pourtant des esprits faux. Ce sont des boussoles bien construites, mais dont les aiguilles, égarées par rinfluence de quelque corps environnant, se détournent toujours du nord.
11 est des personnes qui ont beaucoup de raison dans l'esprit, mais qui n'en ont pas dans la vie; d'autres, au contraire, en ont beaucoup dans la vie, et n'en ont pas dans l'esprit.