‹ Pensées, maximes, essais et correspondance de J. JoubertChapitre 15 sur 53 · DES PASSIONS ET DES AFFECTIONS DE LAME · texte numérisé non relu

DES PASSIONS ET DES AFFECTIONS DE LAME

Les passions humaines se font toujours entendre au cœur luiniain; elles y retentissenl comme dans leur écho.

Il faut purger les passions; toutes peuvent devenir innocentes, si elles sont bien dirigeas et modérées. La haine même peut être une affection louable, quand elle n'est causée en nous que par le vif amour du bien. Tout ce qui rend les passions plus pures, les rend plus fortes , plus durables et plus délicieuses.

Nous employons aux passions l'étofle (|iii nous a été donnée pour le bonheur.

Les passions <ie l'espiit et les ambiliuns du corps offrent à l'attention deux horribles déplacements.

Les passions ne sont que nature ; c'est le non repentir qui est corruption.

Le repentir est un effort de la nature qui chasse de notre ame les principes de sa corruption.

YIÏ.

Le remords est le châtiment du crime; le repentir en est l'expiation. L'un appartient à une conscience tourmentée ; l'autre à une àme changée en mieux.

Vin.

Les hommes trouvent des motifs de défiance dans leur ignorance et dans leurs vices, et des motifs de confiance dans leurs lumières et leurs vertus. La défiance est le partage des aveugles.

Quand 4»n a irop < raiiit ce (|iii arrive, oit fînil par ('prouver (|uelque soulaj^emenl, lorsque cela est arrivé.

Toutes les passions cherchent ce qui les nourrit : la peur aime l'idée du danger.

Le sentiment rend insipide tout ce qui n'est pas lui; c'est là son inconvénient. C'est aussi le grand inconvénient du plaisir : il dégoûte de la raison.

Celui qui craint les plaisirs vaut mieux encore que celui qui les hait.

Il entie, dans toute espèce de débauche, beaucoup de froideur d'àme ; elle est un abus réfléchi et volontaire du plaisir.

T^a crainte est la grâce de la débauche.

Rien ne rapetisse l'homme comme les pelils plaisirs.

Les plaisirs des grands, quand ils sont bruyants et gais , sont , pour les habitants de la campagne, un spectacle qui les réveille, les réjouit, exerce leur esprit , anime leurs conversations , et leur fait trouver plus de joie dans la vie.

XVIÏ.

L'homme qui chante lorsqu'il est seul, et, pour ainsi dire, livré au désœuvrement de la machine, a par cela même dans sa position quelque équilibre, quelque harmonie; toutes ses cordes sont d'accord.

Les aveugles sont gais, parce que leur esprit n'est pas distrait de la représentation des choses qui peuvent leur plaire, et qu'ils ont encore plus d'idées que nous n'avons de spectacles. C'est un dédommagement que le ciel leur accorde.

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