IX
\ai bonne humeur est l'éconile en idées rianles, en perspectives, en espérances, en inventions pour le plaisir. Klic est aux plaisirs, dans riionune, ce que l'imagination est aux beaux -arts. Elle s'y plaît, elle les aime, les multiplie et les crée.
Tout ce qui occupe des autres, égaie ; tout ce qui n'occupe que de soi , attriste. De là cette mélancolie, sentiment de l'homme qui vit enfermé en lui-même.
On n'est guère malheureux que par réflexion. XXII. '
La gaieté clarifie l'esprit, surtout la gaieté littéraire. L'ennui Tembrouille; l'extrême Icnsion le fausse; le sublime le rajeunit.
La grâce est dans les vêtements , les mouvements ou les manières; la beauté, dans le nu o{ dans les formes. Cela est vrai quand il s'agil
iles corps; mais s'il s'agit des seiiliments , la beauté est dans leur spiritualité, et la grâce dans leur modération.
La modération consiste à être ému comme les anges.
La doulem' a ses équilibres. La tranquillité de la vie peut quelquefois balancer, comme un contre-poids, la désolation du moment.
Dieu a ordonné au temps de consoler les malheureux.
Il y a , dans la colère et la douleur , une détente qu'il faut savoir saisir et presser.
La colère dont le siège est dans les nerfs passe plus vite et plus entièrement que celle dont le siège est dans les humeurs. Celle-ci laisse de plus profondes traces ; plus longue, plus intime, elle a pour suite des rancœurs.
Ce sont toujours nos inipuissaiK es (|ni nous iiTilenl.
I.,e bonheur est de sentir son àme bonne; il n'y en a point d'autre, à proprement parler, et celui-là peut existai* dans l'affliction même ; de là vient qu'il est des douleurs préférables à toutes les joies , et qui leur seraient préférées par tous ceux qui les ont ressenties.
Il entre dans la composition de tout bonheur l'idée de l'avoir mérité.
Ceux qui aiment toujours n'ont pas le loisir de se plaindre et de se trouvei- malheureux.
xxxm.
Il faut non - seulement cultiver ses amis, mais cultiver en soi ses amitiés , les conservei* avec soin , les soigner, les arroser, pour ainsi dire.
Qui ne voit pas en beau , est mauvais peintre, mauvais ami , mauvais amant ; il ne peut élever son esprit et son cœur jusqu'à la bonté.
* 11 faut servir son estime à ses amis comme un repas où tout abonde , sans taxer ni couper les parts.
XXXYI.
Ceux qui épient d'un œil malin les défauts de leurs amis, les découvrent avec joie. Qui n'est jamais dupe n'est pas ami.
Quand on aime , c'est le cœur qui juge.
' Qui n'a pas les faiblesses de l'amitié, n'en a pas les forces.
Nous perdons toujours l'amitié de ceux qui perdent notre estime.
IH(i
C'est une cruelle situalion que celle de ne pouvoir se résoudre à haïr et mépriser l'Iiomme qu'on ne peut aimer ni estimer.
La franchise se perd par le silence , par les ménagements, par la discrétion dont les amis usent entre eux.
Le temps calme les ivresses , même celle de l'amitié; une longue fidélité a ses dernières admirations.
Un homme qui ne montre aucun défaut est un sot ou un hypocrite dont il faut se méfier. Il est des défauts tellement liés à de belles qualités , qu'ils les annoncent et qu'on fait bien de ne pas s'en corriger.
On n'aime souvent et on ne loue nos belles (jualités que parce que nos défauts en tempèrent l'éclat. Souvent même il arrive qu'on nous aime
IS7 plus pour nos défauts que pour nos qualités.
Les défauts qui rendent un homme ridicule ne le rendent guère odieux ; de sorte qu'on échappe à l'odieux par le ridicule.
XLVÏ.
11 faut se faire aimer, car les hommes ne sont justes qu'envers ceux qu'ils aiment.
On ne peut espérer de véritable affection que de ceux qui sont naturellement doux et aimants.
XLYIII.
* N'admets les avides ni parmi tes amis, ni parmi tes disciples , car ils sont incapables de sagesse et de fidélité.
On n'aime fortement, on n'aime sérieusement que ceux qu'on craint, parce que la rrainte fixe notre esprit sur leur compte , et (ju'on leur sait gré à la fois de tout le bien qu'ils font et de tout le mal qu'ils ne font pas.
h'aill«'iii's , s'ils lie sont [ms iiu'( liants , ils sul)jiiguri»! le rœiir lui-iiièine, et l'on n'ose pas les haïr.
Les hommes prennent le paiti d'aimer ceux (|u'ils craignent , alin d'en être protégés.
La haine entre les deux sexes ne s'éteint guère.
LU
Le ehàtimenl de ceux qui ont trop aimé les lemmes est de les aimer toujours.
LUI
La tendresse est le repos de la passion.
Il y a moins d'indiflërence à médire qu'à oublier. L'oubli ! comment ce mot est-il si doux !
Il faut compenser l'absence par le souveiiii*. La mémoire est le miroir où nous regardons les absents.
Les parfums cachés et les amours secrets se trahissent.
La bienveillance associe à nos facultés et à nos jouissances les jouissances et les facultés de tous les êtres qu'elle embrasse. L'homme est un être immense , en quelque sorte , qui peut exister partiellement, mais dont l'existence est d'autant plus délicieuse qu'elle est plus entière et plus pleine.
Celui qui a vu souvent une chose , s'associe par instinct, quand il veut la revoir avec plaisir, quelque homme qui ne l'ait pas vue.
Quiconque éteint dans l'homme un sentiment de bienveillance, le tue partiellement.
Tout ce qui multiplie les nœuds qui attachent l'homme à l'homme , le rend meilleur et plus heureux.
lAI.
La nmlliuidc (l«'s allrc lions ('larj^Ml le cœiii*.
Il faut tenir ses sentiments près de son cœur. Loi'squ'on accoutume son cœur à aimer les espèces qui n'existent que pour res[)rit, on n'a plus d'attache (pi'aux abstractions , et on leur saciifie aisément les réalités. Quand on ainntant les hommes en masse, il ne reste plus d'alfectionàleur distribuer en détail ; on a dépensé toute sa bienveillance pour l'universalité : les individus se présentent trop tard. Ces affections i)hilosophiques, qu'on ne ressent poini sans effort, ruinent et dessèchent notre capacité' d'aimer.
lAllI.
Si l'apathie est, comme on le dit, de l'épioisme en repos , l'activité, (lu'on vante tant, pourrait bien ètie de l'é'j^foïsme en mouvement, ('e sciait donc l'égoïsmeen action (jui se plaindrait de l'égoïsme en repos.
Nul n'est Immi , ne peut être iilile cl ne mé-
liie d'elle aimé, s'il n'a qiielqiuMhose de céleste, soil dans l'intelligence par des pensées, soit dans la volonté par des affections qui sont
dirigées vers le ciel.
C'est un bonheur, une grande fortune d'être né bon.
Une partie de la bonté consiste peut-être à estimer et à aimer les gens plus tpi'ils ne le méritent -, mais alors une partie de la prudence est de croire que les gens ne valent pas toujours ce qu'on les prise.