LX
Si l'on n'y prend gai-de, on est porté à ( ondamner les malheuieux.
Il faut encoie plus exercer les hommes à plaindre le malheur cpi'à le souffrir.
N'ayez pas Tesprit plus difficile (pic le goût, et le jugement plus sévère que la ( onscience.
Le cœur doit marcher avant l'esprit, et l'indulgence avant la vérité.
"Soyez doux et indulgent à tous; ne le soyez pas à vous-même.
Les bons mouvements ne sont rien , s'ils ne deviennent de bonnes actions.
Les bonnes actions qu'on n'a jamais faites sont, pour la volonté, une découverte, un progrès.
Recevoir les bienfaits de quelqu'un est une manière plus sûre de se l'attacher , que de l'obliger lui-même. Souvent la \ue d'un bienfaiteur importune; celle d'un homme à (jui l'on fait du bien , est toujours agréable : on aime en lui son ouvrage.
Vouloir se passer de tous les hommes et n'ê-
Ire ruhligt' de personne, est le signe ceilain d'une ànie dépourvue de sensibilité.
lAXIX.
Tout homme doit être auteur, sinon de bons ouvrages, au moins de bonnes œuvres. Il ne suffit pas d'avoir son talent en manuscrits , et sa noblesse en parchemins.
On aime à faire soi-même ses bonnes actions.
Il faut faire du bien , lorsqu'on le peut , et faire plaisir à toute heure, car à toute heure on le peut.
Ëtes-vous pauvre? signalez-vous par des vertus-, êtes-vous riche? signalez-vous par des bienfaits.
Le plaisir d<.' donner est nécessaire au vrai bonheur ; mais le plus pauvre peut l'avoir.
Usez d'épargne , mais non pas aux dépens
de toute libéralilé. Ayez Tàme d'un roi et les mains d'un sage économe.
Notre crédit est un de nos biens , et nous devons en assister les malheureux.
Quand tu donnes , donne avec joie et en souriant.
Il est permis d'être content de soi par conscience, non par réflexion.
LXXXVIIÎ.
* Ayons le cœur haut et l'esprit modeste.
La vanité qui consiste dans le désir de plaire ou de se rendre agréable aux autres, est une demi-vertu ; car c'est évidemment une demihumilité et une demi-charité.
Il y a, dans les hauteurs de l'âme, une région où l'encens qui s'exhale de la louange
l'JO
peut i»arv('nii-, mais où rori^aicil iio peut alteindre.
Une vanité innocente et qui se repaît <le légères fumées, peut èlie un (h'faut délicat el convenable à notre nature, surtout à celle du poëte; mais l'orgueil est ennemi de la bonté.
La vanité n'entend raison que lorsqu'elle est contente.
11 est bon d'ouvrir la veine à la vanité , de peur que l'homme ne la garde en soi trop entière, et n'en devienne surmené. 11 lui faut des écoulements, pour ainsi dire, journaliers.
L'amour-propre satisfait est toujouis tendre. L'orgueil lui-même a ses tendresses.
Les caractères fiers aiment ceux qu'ils servent.
Les orgueilleux me semblent avoir, comme les nains, la taille d'un enfant et la contenance d'un homme.
L'ambition est impitoyable : tout mérite qui ne la sert pas , est méprisable à ses yeux.
Les valets mentent souvent par respect et par crainte seulement.
L'admiration est un soulagement pour l'attention , un terme qu'elle se prescrit pour son plaisir et son repos.
Il est un besoin d'admirer ordinaire à certaines femmes dans les siècles lettrés, et qui est une altération du besoin d'aimer.
Il est une admiration qui est fille du savoir.