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On donne une idée de la divinité par l'aduraliun, de la puissance parla soumission , et du mérite par le respect.
cm.
Le respect se rend à Tempiie qu'on a sur soi-même ou qu'on exerce sur les autres. C'est un sentiment commandé et prélevé comme un tribut,
Il faut tâcher, autant qu'on peut, de ne mépriser personne.
Tout vieillit, même l'estime, si l'on n'éprend garde.
Le respect est meilleur encore à éprouver qu'à inspirer , car le respectueux est toujours estimable. Ce sentiment a pour principe une opinion d'excellence qui ne peut se formel* dans ceux où rien n'est excellent.
\:J%^ cvii.
Nous respectons malgié nous ceux que nous voyons respectés.
CVIÏI.
Il serait difficile de vivre méprisé et \er-i lueux : nous avons besoin de support.
Sans le respect , le mérite ne produit point l'illusion qui en fait le charme. On éprouve pour ceux qui l'inspirent une espèce d'affection tendre , dont le bonheur serait perdu , si l'on n'avait pour eux qu'une estime mesurée à la grandeur de leur mérite.
ex.
Par la chasteté , l'àme respire un air pur dans les lieux les plus corrompus ; par la continence, elle est forte, en quelque état que soit le corps ; elle est royale par son empire sur les sens ; elle est belle par sa lumière et par sa paix.
Dieu! que la chasteté produit d'admirables
amours! vl (le(|iu'ls ravissoincnls nous juivcnt nos inlrnipéranccs!
Il suftil de la raison pour èlrc modéic ; mais la pieté seule peut rendre chaste.
On a dit que la chasteté était la mère des vertus. Elle enchaîne, en effet, la plus chère et la plus impérieuse de nos passions. L'àme qu'elle hahite acquiert, par elle, une énergie (|ui lui fait surmonter facilement les obstacles (|u'elle rencontre dans la roule du devoir. (^Kiand la chasteté est perdue , l'àme est molle et lâche : elle n'a plus que les vertus qui ne lui coiitent rien.
Le nombre est le père de l'impudenic: l'unité en est l'ennemie.
La pudeur a inventé les ornements.
' Il faut que les regards soicnl r<'sp«M iihux.
« Dieu punira », disent les Orientaux , « ce- « lui qui voit et celui qui est vu. » Belle et effrayante recommandation de la pudeur !
CXYIII.
., Les beaux sentiments embellissent. Voyez , par exemple , l'expression et l'admirable disposition que donnent au visage humain, la pudeur, le respect, la piété, la compassion et l'innocence.
Des yeux levés au ciel sont toujours beaux , «juels qu'ils soient.
11 y a une certaine pudeur à garder dans la misère. Elle a, pour principe, cette répugnance louable et naturelle à tous les hommes bien nés, d'exposer aux yeux d'autrui des objets désagréables et dégoûtants. Il faut bien se garder de porter atteinte à ce sentiment honnête, dans les autres ou dans soi-même. Il est des hommes dont les bienfaits violent l'infoitune; d'autres dont les plaintes ou la contenance
prostituent , vi\ (jnelque soit».^ , leur malheur ;uix passants. Le pauvre doit avoii" la modestie des jeunes vierges, qui ne parlent de leur sexe et de leurs infirmités qu'avec retenue , en serret et par nécessité.
Une femme doit avoir de la pudeur, nonseulement pour elle-même, mais pour tout son sexe , c'est-à-dire qu'elle doit être jalouse (jue toutes les femmes en gardent les lois, car ce qui blesse la modestie de l'une blesse la modestie de toutes. Celle qui se met nue aux yeux des hommes déshabille en quelque sorte toutes les femmes honnêtes; en se montrant sans voiles, elle montre sans voiles toutes les autres.
Une toile d'araignée , faite de soie et de lumière, ne serait pas plus difficile à exécuter (|ue cet ouvrage : Qu'est-ce que ta pudeur?
TITRE YI.
qu'est-ce que la pudeur?
J'ai à peindre un objet charmant, mais qui se refuse sans cesse à la couleur de tous les styles , et souffre peu d'être nommé. Je l'envisage ici de haut , et on le saisit avec peine , même quand on le considère dans soi-même ou auprès de soi. Mon entreprise est donc pénible-, elle est impossi])le peut-être. Je demande au moins qu'on me suive avec persévérance dans le dédale et les détours où mon chemin m'a engagé. Je désire qu'on m'abandonne à la pente qui me conduit. Enfin , je réclame pour moi ce que j'ai moi-même donné à mon sujet et à mon style , une espérance patiente et une longue attention.
La pudeur est on ne sait quelle peur attachée n notre sensibilité , qui fait que l'âme , comme
ia tli'Ui' (jiii t'sl Sun iningc, se iv|>lii' cl sl* r«'cèle en cUo-monie , tant qn'ollo est délicate el tendre, à la moindre apparence de ce qui pourlait la blesser pardes impi'essions trop vives ou des clartés prématurées. De là cette confusion qui, s'élevant à la présence du d('Sordre, trouble et mêle nos pensées , et les rend connue insaisissables à ses atteintes. De là ce tact mis en avant de toutes nos perceptions, cet instinct qui s'oppose à tout ce qui n'est pas permis , cette immobile fuite, cet aveugle discernement, et cet indicateur muet de ce qui doit être évité ou ne doit pas être connu. De là cette timidité qui rend circonspects tous nos sens, et qui préserve la jeunesse de hasarder son innocence, de sortir de son ignorance, et d'inteirompre son bonheur. De là ces effarouchements par lesquels l'inexpérience aspire à demeurer intacte, et fuit ce qui peut trop nous plaire, craignant ce qui peut la blesser.
La pudeur abaisse notre paupière entre nos yeux et les objets , et place un voile plus utile, une gaze plus merveilleuse entre notre esprit et nos yeux. Elle est sensible à notre œil même par un lointain inétendu et un magiipie enff>ncement , (juVUe prête à toutes nos formes, à
2U5 notre voix, k notre air, à nos mouvements, et qui leur donnent tant de grâce. Car, on peut le voir aisément : ce qu'est leur cristal aux fontaines, ce qu'est un verre à nos pastels, et leur vapeur aux paysages, la pudeur l'est à la beauté et à nos moindres agréments.
Quelle importance a la pudeur? Pourquoi nous fut-elle donnée ? De quoi sert-elle à l'âme humaine? Quelle est sa destination, et quelle est sa nécessité? Je vais tâcher de l'expliquer.
Quand la nature extérieure veut créer quelque être apparent , tant qu'il est peu solide encore , elle use de précautions. Elle le loge entre des tissus faits de toutes les matières , par un mécanisme inconnu , et lui compose un tel abri , que l'influence seule de la vie et du mouvement peut , sans effort , y pénétrer. Elle met le germe en repos , en solitude , en sûreté , le parachève avec lenteur , et le fait tout à coup éclore. Ainsi s'est formé l'univers ; ainsi se forment en nous toutes nos belles qualités.
Quand la nature intéiieure veut créer notre être moral , et faire éclore en notre sein quelque rare perfection, d'abord elle en produit
20G les geiines , et les dispose au tentie île nolro cxislence, loin des agilalions qui se font à notre surface. Elle nous fait vivre à Tombre d'un ornement mystérieux, tant que nous sommes trop sensibles et ne sommes pas achevés, afin que les développemcnLs qu'elle prépai'e à cette époque puissent se faire en sûreté dans nos capacités modestes, et n'y soient pas interrompus par les impressions trop nues des passions dures et fortes qui s'exhalent des autres êtres, et qui «'manonl <le tous les corps.
Conune les molécules qui causent nos sensations, si elles entraient , sans retardement , dans cet asile ouvert à toutes les invasions , détruiraient ce qu'il contient de plus tendre, en livrant notre àme à l'action de la matière, la nature leur oppose un rempart. Elle envil'onne d'un rt'seau inadhérent et circulaire, transparent et inaperçu , cette alcôve aimante et vivante, où , plongé dans un demi-sommeil, le caractère en son germe reçoit tous ses accioissemenls. Elle n'y laisse pénétrer qu'un demi-jour, qn'un demi-bruit, et que l'essence pure de toutes les affections. Elle oppose une retenue à toutes nos sensations, et nous arme
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d" un mécanisme suprême qui, aux tégumenls palpables destinés à protéger, contre la douleur, notre existence extérieure, en surajoute un invisible , propre à défendre du plaisir nos sensibilités naissantes. A cette époque de la vie, enfin, la nature nous donne une enveloppe : cette enveloppe est la pudeur.
On peut , en effet , se la peindre en imaginant un contour où notre existence en sa fleur est de toutes parts isolée , et reçoit les influences terrestres à travers des empêchements qui les dépouillent de leur lie , ou en absorbent les excès. Elle arrête à notre surface les inutiles sédiments des impressions qui arrivent du dehors , et , n'admettant entre ses nœuds que leur partie élémentaire, dégagée de toute superfluité, elle fait sans effort contracter à rame la sagesse , et à la volonté l'habitude de n'obéir qu'à des mobiles spirituels comme elle. Elle assm^e à nos facultés le temps et la facilité de se déployer, hors d'atteinte et sans irrégularité, en un centre circonscrit, où la pureté les nourrit et la candeur les environne, comme un fluide transparent. Elle tient nos cœurs en repos et nos sens hors de tumulte, dans ses invisibles liens, incapable
<!«' nous (untraindiv dans iiolir (Ir'vclopjx.'ment, mais capahlr de nous (k'-lcmlre, <mi nmortissaiil loiis les chocs, et en opposanl sa barrière à nos propres excursions , lois- <|ue tiop d'agitation pourrait nous nuire ou nous détruire. Elle établit, entre nos sens et toutes leurs relations , une telle médiation et de tels intermédiaires, que, par elle, il ne peut entrer, dans l'enceinte où Tàme réside , que des images ménagées , des émotions mesurées et des sentiments approuvés.
Est-il besoin maintenant de parler de sa nécessité? Ce qu'est aux petits des oiseaux le blanc de l'œuf et cette toile où leur essence est contemie ; ce qu'est au pépin sa capsule ; ce qu'est h la fleur son calice, et ce que le ciel est au monde, la pudeur l'est à nos vertus. Sans cet abri préservateur, elles ne pourraient pas éclore; l'asile en serait violé, le germe mis à nu et la couvée perdue.
Appliquons cette idée aux faits , et le système aux phénomènes. Nous avons tous de la pudeur, mais non une pudeur pareille. Cette toile immatérielle a des contextures diverses. Elle nous est donnée à tous, mais ne nous
est pas départie avec une égale largesse, ni avec la même Aiveui-, Quelques-uns ont une pudeur peu subtilement ourdie ; d'autres n'en ont qu'un lambeau. Ceux qui portent en eux les germes de toutes les perfections , ont seuls une pudeur parfoite, seuls une pudeur entière, et dont les innombrables fils se rattachent à tous les points où aboutit leiu* existence. C'est celle-là que je décris.
Nous ne la gardons pas toujours. Elle est semblable à la beauté : d'affreux accidents nous l'enlèvent , et d'elle-même , sans efforts , elle diminue et s'efface, lorsqu'elle serait inutile et que le but en est atteint. La pudeur, en effet , subsiste aussi longtemps qu'il est en nous quelque particule inconnue , qui n'a pas pris sa substance et toute sa solidité , et jusqu'à ce que nos organes aient été rendus susceptibles d'adopter et de retenir des impressions éternelles. Mais quand les molles semences de nos solides qualités ont pris tout leur développement ; quand nos bienveillances premières, comme un lait qui se coagule, ont produit en nous la bonté, ou que notre bonté naturelle est devenue inaltérable ; quand, nourri de notions chastes, notre esprit s'est développé, I. U
cl peut garder col «'(jiiilihie ({lie nous ajun-luiis la raison, ou que nolro raison est foi 'uk'o ; quand nos rectitudes moiales ont insensiblement acquis cette indestructibilité qu'on nomme le caractère, ou que le caractère en son germe a reçu tous ses arrroisscmonts; enfin, quand le secret principe d'aucune dépravation ne pouvant plus s'introduire en nous que par notre volonté, et nous blesser (ju'à notre su , notre défense est en nous-mêmes : alors l'homme est achevé , le voile tombe et le vôseau se désourdit.
Même alors, cependant, la pudeur imprime en nous ses vestiges et nous laisse son égide. Nous en perdons le mécanisme , mais nous en gardons la vertu. Il nous reste une dernière ombre du réseau : je veux dire cette rougeur ([ui nous parcourt et nous revêt , comme pour effacer la tache que veut nous imprimer l'affront , ou pour s'opposer au plaisir excessif et inattendu que peut nous causer la louange.
Elle nous lègue encore de plus précieux fruits : un goût pur dont rien n'émoussa les premières délicatesses ; une imagination claire dont rien n'altéra le poli : un ospiit açjile et
bien fait, prompt à s'élever au sublime; une flexibilité longue que n'a desséchée aucun pli ; l'amonr des plaisirs innocents, les seuls qu'on ait longtemps connus ; la facilité d'être heureux , par l'habitude où l'on vécut de trouver son bonheur en soi ; je ne sais quoi de comparable à ce velouté des fleurs qui furent longtemps contenues entre des freins inextricables, où nul souffle ne put entrer : un charme qu'on porte en son àme et qu'elle applique à toutes choses, en sorte qu'elle aime sans cesse, qu'elle a la faculté d'aimer toujours ; une éternelle honnêteté ; car il faut ici l'avouer, comme il faut l'oublier peut-être : aucun plaisir ne souille l'âme , quand il a passé par des sens où s'est déposée h loisir et lentement incorporée cette incorruptibilité; enfin, une telle habitude du contentement de soi-même, qu'on ne saurait plus s'en passer, et qu'il faut vivre irréprochable pour pouvoir vivre satisfait.
TITKK Yll.