‹ Pensées, maximes, essais et correspondance de J. JoubertChapitre 20 sur 53 · DES DIFFERENTS AGES , DE I.A VIE , DE I,A MALADIE ET DE LA MORT · texte numérisé non relu

DES DIFFERENTS AGES , DE I.A VIE , DE I,A MALADIE ET DE LA MORT

Rien ne coûte tant aux enfants que la ré- (lexion. C'est que la dernière et essentielle destination de l'àme est de voir, de connaître , et non de rélléchii". Réfléchir est un des travaux de la vie , un moyen d'arriver, un chemin , un passage , et non pas un centre. Connaître et être connu, voilà les deux points de repos ; tel sera le bonheur des âmes.

L'enfant prononce les mots avec la mémoiie, longtemps avant de les prononcer avec la langue.

* Les enfants tourmentent et perséculent tout ce qu'ils aiment.

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Quand les enfants jouent , ils font tous les mouvements nécessaires pour se persuader que leurs fictions sont des réalités. Les joujoux sont des images qui mettent les objets extérieurs à leur portée, en les proportionnant avec leur âge, leur stature et leurs forces,

* L'accord des mouvements avec les sons charme les enfants.

Pendant notre jeunesse , il y a souvent en nous quelque chose de meilleur que nousmêmes , je veux dire que nos désirs , nos plaisirs , nos consentements , nos approbations. Notre âme alors est bonne, quoique notre intelligence et notre volonté ne le soient pas.

Un seul âge est propre à recevoir les semences de la religion. Elles ne germent pas sur un sol qu'ont ravagé les passions , ou qu'elles ont desséché et durci.

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Toiil cnrant impie est un curant iniM-lianl on (lél)auché.

Par rassociation des idées, le bonheur du premier âge en fait aimer tous les événements, les mets dont on fut nourri , les chants (pi'on entendit, l'éducation que l'on reçut, et les peines mêmes qu'elle causa.

Les plus jeunes ne sont pas dans le devoir, (juand ils n'ont pas de déférence pour les plus âgés , ni les plus âgés , ([uantl ils n'exigent rien des plus jeunes.

N'estimez que le jeune honmie que les vieillards trouvent poli.

La sagesse philosophique des jeunes gens est toujours folle par (juelque point. Comment, dans les ti'ouhles de l'âge, garderait-on l'é- (juilibre de la laison? Comment aiiraii-on une

raison droite, quand le cœur a tant de penchants, et le sang tant de turbulence et de

fougue ?

Adressez- vous aux jeunes gens : ils savent tout !

L'âge mûr est capable de tous les plaisirs du jeune âge dans sa fleur, et la vieillesse, de tous les plaisirs de l'enfance.

Il est un âge où les forces de notre corps se déplacent et se retirent dans notre esprit.

La première et la dernière partie de la vie humaine sont ce qu'elle a de meilleur, ou du moins de plus respectable ; Tune est l'âge de l'innocence, l'autre l'âge de la raison.

Les passions des jeunes gens sont des vices dans la vieillesse.

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lu jcinu' lioiiiine méfiant <oiirl le danger (rétro fouihe un jour.

Pour bien faire, il faut oublier qu'on est vieux , quand on est vieux , et ne pas trop sentir qu'on est jeune, quand on est jeune.

Il n'y a de bon, dans l'homme, (jue ses jeunes sentiments et ses vieilles pensées.

La jeunesse aime toutes les sortes d'imitations; mais l'âge mûr les veut rhoisies, et la vieillesse n'en veut plus (jue de belles.

Deux âges de la vie ne doivent pas avoir de sexe; l'enfant et le vieillard doivent être modestes comme des femmes.

La vieillesse aime le peu , el la jeunesse aime le trop.

Les quatre amours correspoiidaiil aux quatre âges de la vie humaine bien ordonnée , sont l'amour de tout, l'amour des femmes, l'amour de l'ordre, et l'amour de Dieu. Il est eependant des âmes privilégiées qui , s'adonnant , dès la jeunesse et presque dès l'enfance , à l'amour de l'ordre et à l'amour de Dieu, s'interdisent l'amour des femmes, et passent une longue vie à n'aimer rien que d'innocent.

Le soir de la vie apporte avec soi sa lampe,

Les vertus religieuses ne font qu'augmentei' avec l'âge ; elles s'enrichissent de la ruine des passions et de la perte des plaisirs Les vertus purement humaines, au contraire , en diminuent et s'en appauvrissent.

Chaque année il se fait en nous un nœud , comme dans les arbres ; quelque branche d'intelligence se développe , ou se couronne et se durcit.

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