XXXI H
On est dispensé d'être instrument dans la société, quand on y est modèle.
Épurer son goût , en écumant son esprit ,
est un des avantages de la bonne compagnie et de la société des lettres, à Paris. Les idées médiocres s'y dépensent en ( onversation ; on garde les exquises pour les éciire.
Que de choses on dit de bonne foi , en discourant sur un sujet, qu'on ne penserait pas, si l'on se bornait à le connaître, sans en parler ! L'esprit s'échauffe, et sa chaleur produit ce qu'il ne tirerait pas de sa lumière. Parler est une source d'erreurs , mais peut-être aussi de quelques vérités. La parole a des ailes; elle porte où Ton n*ii*ait pas.
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On ne doit mettre dans un livre que la dose d'esprit qu'il faut; mais on peut en avoir, dans la conversation , plus qu'il ne faut.
Quand l'abus de l'esprit est un badinage, il plaît; quand il est sérieux, il déplaît.
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' Dans la conversation , on affuble vite sa
pensée du premier mol tiiii se prt'senle, el Ton marche en avant.
On se eonlentc, dans la (onversalion , dr signaler, d'éli(iueler les choses |)ar leur nom, sans se donner le lemps d'en avoir lidcc,
C'est un grand «h'savanlagc, dans la dispute, d'être attentif à la faihlesse de ses raisons, et attentif a la force des raisons des autres; mais il est beau de périr ainsi.
Le but de la dispute ou de la discussion ne doit pas être la victoire, mais l'anK'lioration.
Ce n'est jamais l'opinion des autres qui nous déplaît, mais la volonté qu'ils ont quelquefois de nous y soumettre , lorsque nous ne le voulons pas.
Le plaisir de plaire est légitime, et le désir de dominer choquant.