‹ Pensées, maximes, essais et correspondance de J. JoubertChapitre 30 sur 53 · CM · texte numérisé non relu

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Les affaires ont une sorte de dilîormité que la bonhomie adoucit. Kllc va jusqu'à leur prêter de l'attrait.

L'air ( ontent sied toujours <à l'homme de hieu. CYIIL

Il fiiut que le mouvement ait de la grâ( e , la pensée de la fleur, le ton de la sincérité, la main du jeu, l'intention de l'équité, et le jugement de la droiture.

(JX.

Oh ! qu'il faut peu de chose pour empêcher un vers, «n poëme, un tableau , un trait, un visage, un discours, une parole, un accent, un geste d'être touchants !

ex.

léce; la morale, car il règle les bienséances

Le bon goût est nécessaire «à la moitié <le

Les J)eaux h.*il)its sont un signe de joie.

Les habits modestes rendent modestes ceux qui les portent; compliqués, ils amènent insensiblement quelque complication dans les manières des personnes les plus simples. Tous les hommes ne peuvent pas se donner un habit assorti à leurs mcjeurs ; mais tous assortissent inévitablement leurs manières à leur habit.

CXÏIL

Le soldat bien vêtu s'estime plus lui-même ; bien armé, il est plus courageux ; bien nourri , il est plus fort, plus hardi, plus content, plus disposé à obéir et à bien faire. 11 paraît aussi plus redoutable à l'ennemi et lui impose, car la bonne mine est une puissance.

Les vêtements doivent entrer dans l'idée de la beauté; ils font la grâce.

Les femmes en habits d'hommes et non flottants perdent la grâce.

La grâre iniito la piideiir, comme la politesse imite la bonté.

CXYIl.

Toute grâce provient de quelque patience, et par conséquent de quelque force qui s'exerce sur elle-même. Grâce ou retenue, c'est tout un.

La grâce entoure l'élégance, et la revêt.

La force est naturelle; mais il y a de l'habitude dans la grâce. Cette qualité charmante a besoin d'être pratiquée, pour devenir continuelle.

Il ne faut pas décrier les beaux dehors, car ils oifrent les apparences naturelles des belles réalités; on ne doit censurer que ce qui les dément.

Les belles manières tendent à imiter la bonne mine. Celle-ci tient à la construction d'un corps

h\o\\ fait, cl les Ix'lles inaiiièivs nous on doiincnt (Hicl<iiie apparciire. On se lient droite, pour paraître grande ; on efface ses épaules , pour rendre sa poitrine plus large; on marche la tête levée , pour donner à son cou une longueur plus gracieuse.

Les manières sont un art. Il y en a de parfaites, de louables et de fautives; mais il n'en est point d'indifférentes. Comment n'y a-l-il pas, parmi nous, de préceptes qui les enseignent, ou du moins de doctrine (|ui nous apprenne à en juger, comme de la sculpture , de la musique? La science des manières serait plus impoi'tante au bonheur et h la vertu des hommes qu'on ne le croit. Si la vertu conduit aux mœurs, les mœurs conduisent à la vertu : or, les manières sont une partie essentielle des mœurs. Il faut donc se donner des manières belles, simples et convenables, dans chaque occasion, pour parvenir à la sublime sagesse.

TITRK IX.

DE LA SAGESSE, DE LA VERTU. DE LA MORALE DE LA RÈGLE ET D[î DEVOIR.

La sagesse est une science par laquelle nous discernons les choses qui sont bonnes à l'âme, et celles qui ne le sont pas. Elle est la science (les sciences , car elle en connaît seule la valeur, le juste prix , le véritable usage , les dangers et les utilités.

La sagesse est le repos dans la lumière. Heureux sont les esprits assez élevés pour se jouer dans ses rayons !

Consulte les anciens, écoute les vieillards. Est bien peu sage qui n'a que sa propre sagesse , et bien peu savant qui ne l'est que de sa science.

La sagesse esl la l'uice des laibles.

L'illusion et la sagesse réunies sont le charme de la vie et de Tari.

Le bon sens s'accommode au monde; la sagesse lâche d'élre conforme au ciel.

La sagesse humaine éloigne les maux de la vie. La sagesse divine fait seule trouver les vrais biens. Il faut employer le mouvement à chercher la sagesse humaine , et le repos ou la méditation à chercher la sagesse divine.

Il n'y a pas assez de sagesse ou assez de vertu dans ceux de nos jugements et de nos sentiments où il n'y a pas assez de patience.

Il ne faut jamais regretter le temps qui a été nécessaire pour bien faire.

Ne coupez pas ce que vous pouvez dénouer.

La vertu est la santé de l'àme. Elle fait trouver de la saveur aux moindres feuilles de la vie.

La vertu cherche à se répandre, et ceux qui Font aiment à la donner.

Il faut exercer la vertu , même quand on ne Ta pas , c'est-à-dire l'exercer par sa volonté et contre son inclination. * L'habitude fait qu'à la fm elle n'est plus sacrifice; elle devient goût, instinct , mœurs.

La vertu par calcul est la vertu du vice.

Les vertus rendent constamment heureux ceux qui les ont. Elles rendent meilleurs ceux mêmes qui les voient et ne les ont pas.

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