XXV L
Éclaircir une vérité , la rendre plus intelligible, la montrer sous un jour plus beau et qui attire l'attention , lui donner enfin un lustre nouveau , c'est là répandre la lumière,
Une goutte de lumière vaut mieux à donner ou à recevoir (pi'un océan d'obscurités.
WVIII.
On rend presiiue (U'niontré ce qu'on |);iivient à rendre sensible, el presque sensible ce que l'on rend imai-inable. C'est donc un j^rand service à rendre aux vérités que de les rendre imaginables.
(le qui est ingénieux est l)ien près d'être vrai.
La joie que causent la vérité et les belles pensées, se l'ait sentir dans les paroles avec lesquelles on les exprime.
* L'évidence a quelque chose de poétique, car elle descend des régions de la lumière. Son langage ne doit-il pas s'en ressentir?
Celui qui illumine une question, dore el ( olore la vérité.
Il v a des vérités qu'on a besoin de colorer
pour les rendre visibles. Tout ce qui lient à l'imagination surtout ne peut avoir d'existence extérieure que par les formes et les couleurs. 11 faut en entourer la vérité , afin qu'elle soit regardée.
XXXIY.
Ayez un esprit où la vérité puisse entrer nue, pour en sortir parée.
La vérité prend le caractère des âmes où elle entre. Rigoureuse et rude dans les âmes arides, elle se tempère et s'adoucit dans les âmes aimantes.
La grâce de la vérité est d'être voilée. Les sages ont toujours parlé en énigmes, et les énigmes d'un moment sont un grand moyen d'instruction ; nous aimons celle qui en résulte, parce que nous l'avons produite ; le mot appartient au lecteur qui l'a cherché , comme à l'auteur qui l'a placé. Toute vérité nue et crue n'a pas assez passé par l'âme , pas assez roulé dans notre tête ; l'intelligence ne l'a pas assez épurée , le cœur assez imbibée de ses sucs ,1'!-
;iOi niaij;inaliuii assez parée de ses livrées. L'esprit n'a fait que l'écarrir, coninie une pièce de bois (jue la première main a dégrossie. La vérité, ou plutôt la matière où elle se trouve, doit être maniée' <'l lemanic'e, jus(|u'h ce qu'ollo devienno clailé, ail', lumière, roime, touleui*.
Cardez-vous de traiter comme contesté , ce (jui doit être regardé comme incontestable. Ne rendez pas justiciai)le du raisonnement ce qui est du ressoi't du sens intime. Exposez et ne piouvez pas les vérités de sentiment. Il y a du danger dans les preuves; car, en argumentant, il est nécessaire de supposer problématicpie ce qui est en question ; or, ce qu'on s'accoutume à supposer problémati(iue, finit pai;. paraître douteux. Dans ce qui est visible et palpable , ne prouvez jamais ce qui est cru; dans ce qui est certain et caché , par sa grandeur et sa naluie, faites croire et ne prouvez pas; dans ce <|ui est de pratique et de devoir , ordonnez et n'expliquez pas. « Crains Dieu » a rendu des hommes pieux; les preuves de l'existence de Dieu ont fait beaucoup d'athées. Les défis font naître l'attaque; tout plaidailieur rend chicaneur, et l'on passe presque toujours , du désii*
(le cuiUi'eciire le docleur , au désir de conliedire la doctrine. L'audace avec laquelle on défend la vérité, excite une audace contraire; les bravades de ses champions lui ont fait beaucoup d'ennemis. Parez-la et ne l'aimez pas : on lui fera bien moins la guerre.
Il est d'imposantes maximes qui portent, dans leur propre sens , la raison de leur certitude , ce qui fait leur autoiité. Or, cette raison très-puissante, qui fait la force du précepte, n'en peut pas être séparée. Elle tourne, en quelque manière, dans ce cercle qu'elle remplit, sans en excéder les limites , s'y concentre et n'en sort jamais. On sent qu'elle y est répandue , mais on n'oserait l'en abstraire , ni la dégager de la place qu'elle occupe dans notre esprit, et de la vague profondeur qui semble être sa sûreté. Elle s'y maintient hors d'atteinte , et pour ainsi dire , hors de prise , élevée au-dessus du doute, et à la fois inaccessible aux objections et à la preuve : signes complets de transcendance qu'on n'a pas encore observés ou clairement déterminés. Ainsi la terre et tous ces globes qui qui se balancent dans le vide, et roulent en nous éclairant, tiennent
r<'lil('rni«''S djins leur spliriv Iciii' i>i'aviUilioH loiik' cnlicrc cl le principe (]ui la cause, sans en laisser rien déborder ; c'est là ce qui fait leur indépendance, et sert à leur conservation. On trouve aisément des exemples de ces vérités suprêmes (|ui se soutiennent sans appui, de ces vérités nécessaires qui se font croire de plein droit, de ces vérités éternelles qui ne peuvent pas être neuves, mais qui, pour paraî- Ire nouvelles, n'ont pas besoin d'être ignorées.
L'illusion est une partie intégrante de la réalité; elle y tient essentiellement, comme l'effet tient à la cause.
L'illusion étant le seul point de contact par lequel la matière pût toucher i'àme. Dieu la créa. 11 lit d'abord, pour l'opérer, une matière subtile , insaisissable à tous les sens , et qui cependant put les pénétrer. 11 la plaça entre les aliments et le palais , et il en naquit les saveurs ; entre les tleurs et l'odorat, et il en naquit le parfum ; entre l'ouïe et les sons, et il ennaquil riiaimonie, la mélodie; entre les yeux et les objets, et il en naquit les couleurs, la pers-
pective et la beauté. Si l'organe est vicié, ou l'objet altéré dans ses parties constitutives, l'illusion ne peut plus s'opérer , parce qu'une des deux parties manque de fournir son enjeu. L'illusion , en effet , est un jeu de la nature qui s'amuse à nous donner quelques plaisirs par quelque évaporation. Elle ne peut être produite que par ces subtiles émanations , ces effluvions invisibles , qui entretiennent des courants perpétuels entre les différents êtres.
Dieu se sert de tout, même de nos illusions.
On peut donner aux hommes des idées justes , en employant des procédés trompeurs , et produire la vérité par l'erreur et l'illusion.
Les illusions viennent du ciel , et les erreurs viennent de nous.
' L'illusion est dans les sensations et l'erreur dans les jugements. On peut à la fois jouir de l'illusion et connaître la vérité.