‹ Pensées, maximes, essais et correspondance de J. JoubertChapitre 4 sur 53 · raison , dans le trop peu de franche bonne volonté · texte numérisé non relu

raison , dans le trop peu de franche bonne volonté

J'ai trop de cervelle pour ma tête ; elle ne peut pas jouer à l'aise dans son étui.

J'ai beaucoup de formes d'idées , mais trop peu de formes de phrases.

En toutes choses , il me semble que les idées intermédiaires me manquent , ou m'ennuient trop.

J'ai voulu me passer des mots et les ai dédaignés : les mots se vengent par la difficulté.

S'il est un homme tourmenté par la maudite ambition de mettre tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase, et cette phrase dans un mot , c'est moii

De certaines parties naissent naturellement trop finies en moi pour que je puisse me dispenser de finir de même tout ce qui doit les accompagner. Je sais trop ce que je vais dire, avant d'écrire.

L'allcnlioii est soiUonuc, dans los vers, par raimisement de l'ureille. I.a prose n'a pas (r secours; pourrait-elle l'avoir? J'essaie ; mais je crois que non.

Je voudrais tirer tous mes effets du sens des mots, comme vous les tirez de leur son; de leur choix , comme vous de leur multitude; d<' leur isolement lui-même, comme vous de leurs harmonies; désirant pourtant aussi qu'il y ait entre eux de l'harmonie, mais une harmoni<' de nature et de convenance, non d'industrie, de pur mélange ou d'enchaînement.

Ignorants , qui ne connaissez que vos clavecins ou vos orgues, et pour qui les applaudissements sont nécessaires , comme un accompagnement sans lequel vos accords seraient incomplets , je ne puis pas vous imiter. Je joue de la lyre antique, non de celle de Tiniothée, mais de la lyre à trois ou à cinq cordes , de la lyre d'Orphée , cette lyre qui cause auUmi de plaisir à celui qui la tient qu'à ceux qui le regardent, car il est contenu dans son air, il est foi'cé n s'écouter; il s'entend , il se juge, il se chaime lui-même.

On (lira que je parle avec sul)tilité. C'esl quelquefois le seul moyen de pénétration que l'esprit ait en son pouvoir , soit par la nature de la vérité où il veut atteindre, soit par celle des opinions ou des ignorances au travers desquelles il est réduit à s'ouvrir péniblement une issue.

J'aime à voir deux vérités à la fois. Toute bonne comparaison donne à l'esprit cet avantage.

* J'ai toujours une image à rendre, une image et une pensée , deux choses pour une et double travail pour moi.

Ce n'est pas ma phrase quejepoHs, mais mon idée. Je m'arrête jusqu'à ce que la goutte de lumière dont j'ai besoin soit formée et tombe de ma plume.

Je voudrais monnayer la sagesse, c'est-àdire la frapper en maximes, en proverbes, en sentences faciles à retenir et à transmettre. Que ne puis-je décrier et bannir du langage des hommes, comme une monnaie altérée, les mots dont ils abusent et cpii les trompent!

Jo voiuliais laii'o ])assor lo sons cx<|iiis dans le sens (ommim, ou icndro coiiimnii \r sous oxqiiis.

J'avais besoin do l'àgo pour apprendre ce que je voulais savoir , et j'aurais besoin de la jeunesse pour bien dire ce que je sais.

Le ciel n'avait donné de la force à mon esprit que pour un temps , et ce temps est passé.

Les hommes sont comptables de leurs actions ; mais moi , c'est de mes pensées que j'aurai à rendre compte. Elles ne servent pas seulement de fondement à mon ouvrage, mais à ma vie.

Mes idées! c'est la maison pour les loger qui me coiilo à bàtii-.

Le ver à soie file ses coques , et je file les miv^nnos; mais on ne les dévidera pas. Comme il plaiia a Dieu !

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