‹ Pensées, maximes, essais et correspondance de J. JoubertChapitre 43 sur 53 · XY · texte numérisé non relu

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Attacher ses pensées h des événements pas-

sagei's , (|ui les emportent avec eux , c'est gi-aver sur le sable, écrire sur les ondes, et bâtir sur l'aile des venls.

Les véritables opinions et les véritables sentiments des liommes se forment lentement, de quelque chose d'habituel, et non pas de quelque chose de subit. La contrainte, ou, pour mieux dire, la retenue, est trèspropre à les rendre plus sincères , plus vives , plus complètes et plus durables.

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L'expérience de beaucoup d'opinions donne à l'esprit beaucoup de flexibilité, et l'aftermit dans celles qu'il croit les meilleures.

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Dans l'embarras de savoir quelle est Topinion la plus vraie, il faut choisir la plus honnête.

Il y a des opinions qui viennent du cœur, et quiconque n'a aucune opinion fixe, n'a pas de sentiments constants.

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N' ayons que les opinions con)palil)les avec d'excellents sentiments. Le sentiment est juge en bonne logicpie, même dans les choses intellectuelles.

Il y a uniformité dans les mœurs, quand les proverbes sont cit('s, avec la même lévérence, par les prudents de toutes les classes de la société.

Le peuple est capable de vertu, mais incapable de sagesse. Plus infaillible dans son eslime que dans ses pn-férences , il sait connaître, mais ne sait pas choisir. * Il y a plus de sens qu'on ne croit dans cette épigramme contre un boucher qui , ayant besoin d'un avocat , se rendit au palais , en la grand'salle , et y fit choix du plus gras.

*< Je pense comme ma terie >^ , disait un propriétaire ; mol plein de sens , et dont on peut faire l'application chaque jour. Les uns

pensent en efl'el comme leur terre, les autres comme leur boutique, quelques uns comme leur marteau, quelques aulies comme leur bourse vide et qui aspire à se remplir.

Le vrai bourgeois est, par caractère, possesseur paisible et paresseux de ce qu'il a ; il est toujours content de lui , et facilement content des autres.

XXY.

Dans les classes sans éducation , les femmes valent mieux que les hommes : dans les classes distinguées , au contraire , on trouve les hommes supérieurs aux femmes. C'est que les hommes sont plus susceptibles d'être riches en vertus acquises, et les femmes en vertus natives.

XXYI.

Le public vertueux et judicieux est seul le véritable public, le seul dont les suffrages puissent compter, et dont les jugements fassent loi.

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* La voix du peuple n'a d'autorité que lorsqu'elle est celle d'un peuple contenu.

* L'idée de la perfection esl plus nécessaire aux hommes que les modèles , je ne veux pas dire seulement dans les arts , mais aussi dans les mœurs.

11 faudrait qu'il y eût , pour le peuple , une histoire secrète des bienfaits des rois, et, pour ceux-ci , une histoire secrète des justes châtiments que les peuples ont quelquefois infligés aux rois. Les rois ne devraient lire que celle-ci, et les peuples que celle-là.

Jamais les hommes, même malgré d'immenses bienfaits, n'aiment invariablement ceux qui les dépravent.

Le peuple hait ses vices dans les grands ; mais il aime dans les rois une bonté qui ressemble à la sienne. C'est que la sienne est la meilleure , comme ses vices sont les pires.

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