‹ Pensées, maximes, essais et correspondance de J. JoubertChapitre 44 sur 53 · XXXI L · texte numérisé non relu

XXXI L

On veul que le pauvre soit sans défauts;

c'est que peut-éire il lui sérail i'acile d'èlre parfait. La misère éteint les passions, et l'abondance les nourrit. Les petits n'ont guère que des besoins.

Une belle conduite est plus aimable avec des hommes innocents, comme une belle voix a plus d'éclat dans les lieux où il y a de l'écho.

11 convient aux hommes savants d'être populaires, comme cela convient aux rois.

L'opposé des défauts de chaque siècle plaît dans ce siècle-là, lors même que c'est un défaut.

Toujours prête à condamner ses défauts dans les autres , la grossièi-eté ne pardonne qu'aux vices raffinés.

Le luxe des petits ruine l'Etat.

l'ont luxe corrompt ou les mœurs ou le goût.

Ce n'est pas le désir des vjais biens qui déprave l'homme , mais le désir de ceux qui sont faux. Jamais un peuple ne s'est corrompu, pour avoir du blé, des fruits, un air pur, des eaux meilleures , des arts plus parfaits , des femmes plus belles ; mais pour avoir de l'or, des pierreries , des sujets , de la puissance , un faux lenom et une injuste supériorité.

Une idée de paix, aussi bien que d'intelligence , se mêle à celle de l'étude , qui la fait respecter et presque envier comme une félicité par les hommes même grossiers,

Rien n'est beau, après les aimes, que l'étude ou la piété.

Quand on vous dira qu'un peuple est savant, examinez toujours à quel point il connaît le beau dans les arts.

Un peuple qui veut se distinguer par les lettres, quand il n'est pas très ingénieux , est naturellement porté à se jeter dans le savoir ; c'est sa ressource. La nature donne plus de patience aux esprits qu'elle a créés moins pénétrants.

Plus un peuple est humoriste, plus il est vif et brusque , plus il a d'accent. Son accent annonce en quoi il est peu contenu. Les courtisans, habitués à se contraindre, n'ont point d'accent. Des âmes toujours égales, toujours calmes , toujours élevées , expriment aussi sans accent leurs sentiments et leurs pensées. Jamais homme éminent n'a gardé pur, c'est-à-dire entier, l'accent de ses compatriotes.

* Quand les peuples ont perdu cette heureuse disposition de l'enfance à craindre et honoreiles pouvoirs qui sont invisibles, et qu'une audace d'esprit excessive les a mis au-dessus de toute crédulité, ils sont alors sortis de la

sphère de l'ordre accoutumé ; ils ont dépassé les bornes en-deçà desquelles leur nature est bonne; ils deviennent méchants.

XLYI.

Les peuples qui ont perdu la vertu et le vrai savoir, ne peuvent plus les recouvrer. Personne, à l'exception des véritables sages, ne veut retourner en arrière, même pour reprendre le bon chemin.

XLYIl.

Tout ce qui se corrompt fermente.

11. y a des destructions fatales. Notre sagesse en cherche le remède , et c'est un de nos devoirs. Mais quand le remède est trouvé, il survient d'autres maux. Le ciel fait ce qu'il veut et ce qu'il faut.

Le même sang -froid qui nous fait dire: « L'État est vieux , et il doit périr » , serait propre à nous faire dire aussi : « Mon père est âgé, et il doit mourir. » C'est un sangfroid qui n'est pas permis.

Il y a dans chaque siècle, même dans les siècles les plus éclairés , ce qu'on peut , à juste litre, appeler l'esprit du temps, suite d'atmosphère qui passera, mais <pii , pendant sa durée, trompe tout le monde sur l'importance et sur la vérité même de la plupart des opinions dominantes.

Le peuple veut voir le juince au visage, c'est-à-dire examiner le lot (jui lui est échu dans la loterie des destinées.

LU

Il y a des honnnes qui respectent la puissance , comme d'autres respectent la vertu ; ceux qui en sont revêtus, leur inspirent la même estime, le même amour, la même admiration.

LUI

Le pouvoir est une beauté; il fait aimer aux femmes la vieillesse même.

La noblesse esl une digiiilc* (kie à la \*]'r-

somption que nous ferons oien , paice que nos pères ont bien fait.

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