‹ Pensées, maximes, essais et correspondance de J. JoubertChapitre 47 sur 53 · TITRE XVII · texte numérisé non relu

TITRE XVII

DE L AMiyun E .

Trois choses attachaient les anciens à leur sol natal, les temples, les tombeaux et les ancêtres. Les deux grands liens qui les unissaient à leur gouvernement , étaient l'habitude et l'ancienneté. Chez les modernes, l'espérance et l'amour de la nouveauté ont tout changé. Les anciens disaient nos ancêtres, nous disons la postérité; nous n'aimons pas comme eux la patrie, c'est-à-dire le pays et les lois de nos pères; nous aimons plutôt les lois et le pays de nos enfants ; c'est la magie de l'avenir, et non pas celle du passé, qui nous séduit.

Le mot patria, chez les anciens, voulait dire terre palcrnelle, et avait pour eux un son qui allait au rœui\ Celui de patrie n'étant lié

à aucun autre mol connu , ne s'entend que par réflexion ; il n'a pour nous qu'un son muet , un sens obscur , et ne peut exciter dans notre âme les mêmes affections. Devenu substantif dans nos idiomes , cet adjectif ne dénonmie qu'une chose morale, et par conséquent, il est froid.

Beaucoup de mots ont changé de sens. Le mot de liberté, par exemple, avait, au fond, chez les anciens , le même sens que celui de dominiiim. Je veux être libre, signifiait chez eux : je veux gouverner ou administrer la cité, et signifie parmi nous : je veux être indépendant. Liberté, chez nous, a un sens moral, et avait, chez eux, un sens tout politique.

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