‹ Pensées, maximes, essais et correspondance de J. JoubertChapitre 50 sur 53 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Les anciens ciitiques disaient : Plus offen- (l'u nimiimi quàm parinn. Xous avons presque letourné cette maxime en donnant des louanges à toute abondance.

On ne trouve presque partout (pie des paroles qui sont daires et des pensc'es qui ne le sont pas.

Il est des découvertes où l'on ne peut arrivei' que par un dc'tour. Les modernes s'obstinent à procéder par leurs lignes droites; les circuits platoniciens étaient une méthode plus sûi'e.

Je suis las de ces livres où il n'est jamais question que de la matière. On dirait que les sciences ne sont étudiées et traitées que par des exploiteurs de mines, des maçons, des charpentiers , des tisserands , des arpenteurs ou des banquiers. Je ne sais si cette manière

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(le s'iiisti'uiie el (rinstiuii'o les aulies , esl l'avorable à la prospérité des arts ; mais à coup sûr elle est funeste à l'élévation de l'esprit et pernicieuse aux mœurs.

La physique , aujourd'hui , a une telle étendue et occupe une telle place , dans l'esprit qui veut l'étudier, qu'elle en remplit toutes les capacités et en absorbe toutes les pensées.

Que de savants forgent les sciences, cyclopes laborieux , ardents , infatigables, mais qui n'ont qu'un œil !

La science confond tout ; elle donne aux fleurs un appétit animal ; elle ôte aux plantes mêmes leur chasteté.

« Progrès des sciences »! dit-on sans cesse; et l'on ne s'occupe pas, on ne dit rien de la possibilité et du danger de leur dégénération. Des lueurs utiles et qui dirigent vers le gîte, valent mieux que des lumières éclatantes, qui

nous éloignent du chemin. Le siècle des lumières ! Souhaitons le siècle des vertus.

Dans le luxe de nos écrits et de notre vie , ayons du moins l'amour et le regret de cette simplicité que nous n'avons plus , et que peutêtre nous ne pouvons plus avoir. En buvant dans notre or, regrettons les coupes antiques. Enfin , pour ne pas être corrompus en tout , chérissons ce qui vaut mieux que nous-mêmes, et sauvons du naufrage, en périssant, nos goûts et nos jugements.

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