CC VI II
Ce n'est pas en combattant la liberté qu'on la détruit.
La liberté ne peut marcher sans sagesse, ni vivre sans vertus.
La liberté, dans son berceau, doit être nourrie par la prudence.
La liberté se détruit plus souvent par ses excès que par ses ennemis.
Des âmes faibles peuvent regretter la liberté, mais les âmes fortes peuvent seules la conserver.
C'est presque toujours l'injustice publique ou privée qui fait faire les plus grands pas à la liberté', et l'indépendance dut souvent sa naissance à la tyrannie.
Dans tous les temps , les mêmes cause* produiront toujours les mêmes effets : l'amour de la liberté, bien ou mal réglé, exaltant les esprits et déplovant toutes les facultés des hommes, doit par-tout multiplier les forces.
La liberté ne se nourrit et ne se maintient jamais qu'au milieu des agitations; le despotisme seul peut languir dans cette molle inertie, dans ce silence fn-
nèbre que ses partisans serviles décorent du nom de repos ; il est immobile comme la mort, et la liberté est en mouvement comme la vie.
La perte de l'égalité suit nécessairement celle de la liberté, et les privilèges forment toujours le cortège de la tyrannie.
ccxvn.
Tout gouvernement militaire réunit en lui seul tous les vices du despotisme et tous les dangers de l'anarchie.
L'établissement d'un gouvernement militaire vigoureux est un remède funeste pour la civilisation, mais le seul pourtant qui puisse rendre la vie à un peuple tombé dans l'anarchie.
Presque toujours la force des gouvernements diminue à mesure que celle du pouvoir arbitraire augmente.
La force fait craindre les lois, mais c'est leur antiquité seule qui peut les faire respecter : aussi rien n'est plus solide qu'un antique gouvernement ; il faut de grandes passions, de grands hasards, de longues erreuxs, pour l'ébranler; sa durée passée est une forte probabilité pour sa durée à venir.
L'intérêt d'un gouvernement est de tout réunir, l'intérêt d'un parti est de tout diviser; le gouvernement survit à tout, parcequ'il se fortifie sans cesse en