CCCXXXVIII
Un tyran, haï et méprise', redoute plus ses sujets que ses ennemis.
cccxxxix.
Il n'existe pas de tyrans pires que ceux qui ont commencé leur vie dans la servitude; ils exercent le pouvoir comme une vengeance.
La peur fit toujours les tyrans : dès
qu'Un gouvernement sait qu'il est haï, il sent le besoin d'être craint, et il cherche à éloigner la terreur qu'il éprouve par celle qu'il inspire.
Les tyrans redoutent les historiens, comme les brigands craignent les jugés.
Le despotisme est le repos de l'anarchie.
CCCXLIII.
Sous le despotisme, les épigrammes, les satires, sont les dernières armes dont la faiblesse des peuples se sert dans l'ombre contre les tyrans.
Le despotisme affaiblit sa base en s'e»
(ioS) levant : bientôt il n'a plus pour appui que la roue mobile de la fortune; et dès qu'elle chancelle, il tombe sans secours, parcequ'il existait sans soutien.
Le despotisme est condamné à l'inconséquence, puisqu'il est par lui-même tout ce qu'on peut concevoir de plus opposé à la raison, à la nature , et à la justice.
Dans tout pays libre le danger commun rallie les esprits ; et la tranquillité intérieure y règne, lorsque la paix extérieure est troublée.
CGC XL VII.
Dans les grands dangers l'envie se tait, l'intrigue s'effraie, les courtisans se ca-
(I09) client, et les hommes courageux se montrent.
CCCXLVIII.
Il est une fermeté de caractère qui éloigne tous les dangers, parcequ'elle empêche de les craindre. La peur les attire , le mépris les écarte, et l'on inspire toujours la confiance qu'on éprouve.
Lorsque l'ambition s'empare de l'âme, elle y étouffe tout autre sentiment; dès qu'elle parle, la nature se tait.
Les revers ralentissent, mais n'éteignent pas l'ambition.
Ceux qui ont joué la vertu par ambi
(IIO)
tion cessent de se contraindre dès qu'il: sont parvenus au pouvoir.
Tout ambitieux doit s'accoutumer aux orages de l'oce'an populaire , les calmer au lieu d'irriter leur furie, et capter une bienveillance qu'on ne peut forcer.
L'ambitieux arme qu'on place près de la couronne n'a, pour ainsi dire, que le bras à étendre pour la saisir.
Les ambitieux les plus intrépides ae
savent pas braver la disgrâce comme le danger.
I es unbitieux, pour braver et violer