CCCC XX
Les héros sont comme les grands fleuves; leur source est petite, ils grandissent en marchant.
Les factions tuent presque toujours ceux qui les font naître.
c ce c XXII.
Cest par un constant ouhh qu'on tue les factions.
CCCCXXIII.
Les esprits ardents, les hommes ambitieux, les têtes factieuses, se trouvent par-tout , comme les vents prêts à briser un vaisseau mal gouverne; ce n'est donc pas des flots et des vents, mais du pilote , qu'il faut se plaindre après le naufrage.
CCCCXXIY.
Les libellistes incendiaires, fanatiques et calomniateurs , se taisent lorsque l'ordre règne, ne se montrent que dans les orages, et ressemblent à ces insectes qu'attire la dissolution des corps.
Tout parti qui commet la faute d'appeler les étrangers sacrifie l'intérêt général à l'intérêt privé, et livre sa patrie à un joug humiliant.
ce ce XX VI.
Tout parti qui se relève passe les règles de la justice.
c. ce ex x VI i.
L'esprit de parti est au gouvernement ce que le fanatisme est à la religion ; l'un
et l'autre détruisent ce qu'ils paraissent vouloir conserver , et mettent le feu ai; bâtiment pour l'éclairer.
CCCCXXVIII.
*r L'esprit de parti tend à isoler un gouvernement en ne le rendant favorable qu'à l'intérêt de quelques uns; un gouvernement, au contraire, sait, en consultant la raison, qu'il n'est entouré de l'amour universel qu'en donnant une égale espérance à tous, et qu'il ne réunit la majorité des vœux qu'en favorisant la majorité des intérêts.
L'esprit de gouvernement grandit tout , fortifie tout , nationalise et roy alise tout; il élève graduellement son sommet en élargissant continuellement sa base : l'es* prit de* parti rapetisse tout: si on le lais-
(i32) sait faire, il ne ferait du chef de la nation qu'un chef de parti.
ce ce xxx.
L'homme de parti ne sent pas le besoin' de me'diter pour choisir; il voit tous les objets de profil et sous une seule face : quiconque sert ses passions est plein de mérite; celui qui lui nuit est rempli de défauts et de vices; aveugle à la lumière, sourd à la raison, il juge tout par son intérêt; c'est la base de sa morale, et la seule règle qu'il connaisse pour mesurer les hommes et les actions.
ecccxxxi.
Tous les partis ardents ont une maladie d'imagination qui serait risible, si Souvent elle n'était pas tragiquement dangereuse pour ceux qui les approchent. Comme ils repou»»ent et blessent la rai-
son qui veut les calmer, on les fuit, et ils i prouvent tut ou tard la punition de J'égoïsme, l'isolement.
ccccxxxn.
L'esprit de parti est l'esprit de ceux qui en ont peu : rien n'est plus difficile à guérir; t'est un mal qui plaît au malade; il lui épargne beaucoup d'embarras, < ar il dispense de réflexion pour examiner et de vertu pour agir.
CCCCXXXIII.
L'esprit de parti est aveugle par sa na ture, et n'écoute pas la raison éternelle, qui dit que tous les excès sont pareillement dangereux; que la liberté sans bornes est aussi faible que l'autorité sans limites; que l'anarchie et le despotisme avilissent également l'espèce humaine.
dont ils anéantissent les talents et la di-
gnité; que l'énergie, qui donne la liberté^ ne serait que funeste, si elle était privée de la sagesse, qui la conserve; et que la balance bien établie des pouvoirs peut seule donner une base solide au bonheur d'une nation, en garantissant à-la-fois les hommes et leurs propriétés et des dangers de la tyrannie et des calanùtés de la licence.
ccccxxxi v.
L'esprit de parti connaît si bien sa propre difformité qu'il se montre toujours, pour dominer, sous le masque du patriotisme ou du royalisme.
ceccxxxv.
L'esprit de parti n'est qu'un égoïsme un peu étendu; il rapetisse les pensées, faussetés idées, corrompt les sentiments, ut met les intérêts a la place des vertus;
(,35) A enfante les discordes, rompt les liens des peuples, et cause même le malheur des individus, en chassant cîe leur cœur la modération et la bienveillance, hors desquelles il ne peut exister ni vraie sa-gesse ni vrai bonheur.
ccccxxxvi.
L'évidence de l'intérêt commun ne frappe jamais l'aveugle esprit de parti.
ce ce x XX VII.
La supposition imprudente des intentions cause souvent l'affligeante animosité de l'esprit de parti.
ccccxxx VIII.
L'esprit de parti voit tout de profil, et ne peut jamais apercevoir que le côté favorable à ses vœux.
CCCCXXXIX.
Presque tous les premiers pas des réformateurs sont sages: mais bientôt les obstacles qu'ils rencontrent les irritent, et la passion les emporte au-delà du but; ils arrivent à l'erreur par le chemin de la vérité.
Un homme appelé pour réformer une nation doit posséder la justice qui inspire la confiance, le talent qui persuade, la science qui éclaire, et une douceur de caractère propre à concilier les intérêts et à calmer les passions.
cccc x L i.
Les complices des princes rebelles deviennent presque toujours leurs premières victimes.
CCCCXLII.
Les princes qui occupent le moins de pla<~e dans l'histoire sont souvent ceux qui en me'ritent une plus honorable dans le cœur de leurs sujets.
CCCCXLIII.
Un monarque cesse d'être le chef de l'e'tat quand il se tait chef d'un parti; et il ne peut plus rien pour l'intérêt général quand il favorise l'intérêt privé.
ccccx li v.
L'étiquette est aussi nécessaire aux monarques que les costumes aux acteurs.
Pour bien régner, il ne suffit pas d'être doué de courage, d'esprit et d'adresse; mais sans bonne foi, sans morale, et sans
(i38) justice, il ne peut exister ni un grand homme ni un grand roi.
ccccxl v i.
Soit vanité', soit faiblesse, soit raison, tous les grands monarques parurent regarder la splendeur comme inséparable du diadème.
CCCCXL VII.
Lorsque la capitale d'un empire s'écroule, il n'est de place honorable pour le prince que la brèche; elle doit être sou trône ou son tombeau.
Dès que le prince se livre à la terreur , il donne à la méchanceté les moyens les plus faciles de fortune et de puissance.
CCCCX LIX.
Rien n'est plus odieux aux grands qu'un prince qui peut régner par lui-même, et qui ne veut pas être gouverné par eux.
Une des qualités qui caractérisent les grands princes, c'est la sagesse et l'habiletéde leurs choix : ils confient les postes importants non à ceux qui leur plaisent, mais à ceux qu'ils estiment; ils veulent, non qu'on flatte leurs passions, mais qu'on serve leurs intérêts.
C'est dans les temps d'infortune que les rois sont forcés de préférer le mérite à la faveur.
L'esprit des siècles ressemble à un fleuve
large et rapide ; il est difficile de le traverser, impossible de le remonter. Cependant la manie la plus ordinaire des enfants ingrats de chaque siècle est de vanter les siècles précédents aux dépens du leur : le temps où ils vivent est, selon eux, l'âge de fer; celui de leurs aïeux est l'âge d'or.