CCCCLIII
L'esprit du siècle devrait être facile à connaître, puisque c'est l'esprit de tout le monde; mais il est souvent étrangement défiguré par l'esprit de parti, de secte, de classe, de société, de coterie, qui tous le représentent à leur manière; chacun le voit avec ses lunettes, le mesure à sa taille, le juge avec son opinion, et lui prête sa couleur. Il est embelli par l'amour-propre satisfait, déchiré par l'ongueil mécontent, accusé par le malheur,
défendu par la prospérité. La jeunesse l'aime et le vante ; la vieillesse le dénigre et le hait. Mais, sans s'embarrasser de leur censure, et sans se laisser enivrer par leurs louanges, le siècle marche toujours, et entraine dans son cours tout ce qui veut follement lui résister.
ccccl i v.
Celui qui suit l'esprit du siècle va vite et loin; celui qui veut marcher dans un sens contraire est bientôt arrêté, brisé, renversé.
ce ce l v.
Les siècles marchent dans la nuit des temps, guidés par le flambeau de l'expérience ; plus ils s'avancent, plus ils s'éclairent ; ils évitent les écueils qu'ont trouvés leurs devanciers, mais ils en rencontrent d'autres; ils ne tombent plus dans les
mêmes fautes, mais ils en commettent de nouvelles ; ils rient des fantômes qui ont effraye' leurs pères, et ne peuvent être dupes que de quelque prestige nouveau qui se dissipe à son tour : chaque pas les éloigne de l'erreur et les rapproche de la raison.
Les hostilités mercantiles se sont souvent changées en hostilités funestes, et le commerce a souvent armé les nation* qu'il devait unir.