Mme P6rier omet de noter la nomination d'fitienne Pascal
cTapptendre le latin et le grec; et outre cela, pendant ou apres le repas, mon p£re Tentretenait tantot He la logique, tantot de la physique et des autres parties de la philosophic; et c'est tout ce qu'il en a appris, n'ayant jamais ete au college, ni eu d'autres maitres pour cela non plus que pour le reste. Mon pere prenait un plaisir tel qu'on le peut croire de ces grands progr£s que mon frere faisait dans toutes les sciences, mais il ne s'aper$ut pas que les grandes et continuelles applications dy esprit dans un age si tendre pouvaient beaucoup int6resser sa sante; et en effet, elle commen§a d'etre alter£e des qu'il eut atteint rage de dix-huit ans. Mais comme les incommodites qu'il ressentait alors n'etaient pas encore dans une grande force, elles ne Tempecherent pas de continuer toujours dans ses occupations ordinaires; de sorte que ce fut en ce temps-la et a Tage de dix-huit ans qu'il inventa cette machine d'arithm&ique par laquelle on fait non seulement toutes sortes de supputations sans plumes et sans jetons, mais on les fait mSme sans savpir aucune r^gle d'arithmetique, et avec une suretd infaillible.
Get ouvrage a ete considere comme une chose nouvelle dans la nature, d'avoir reduit en machine une science qui reside tout entiere dans Tesprit, et d'avoir trouv6 le moyen d*en faire toutes les operations avec une entiere certitude, sans avoir besoin du raisonnement* Ce travail le fatigua beaucoup, non pas pour la pensee ni pour le mouvement,
comme intcndantpour les tallies de la g6n6ralit£ de Normandie. Compromis en 1638 dans une manifestation contre le chancelier 56guicr> il rentra en faveur aupr^s de Richelieu Tann^e suivante grace k Tintcrvention de la jeune Jacqueline qui avait jouc h com<Sdic ct r6cit6 des vers devant la Cour. Toute la iamille s'installa H Rouen au d£but de 1640. (Cest en 1641 que CJilherte cpousa son cousin Florin Pcrier.)
qu'il trouva sans peine, mais pour faire comprendre aux ouvriers toutes ces choses. De sorte qu'il fut deux ans a la mettre dans la perfection ou elle est a present.
Mais cette fatigue et la delicatesse ou se trouvait sa sante depuis quelques annees, le jeterent dans les incommodites qui ne Font plus quitte : de sorte qu'il nous disait quelquefois que depuis Fage de dix-huit ans il n'avait pas passe un jour sans douleur. Ses incommodites neanmoins, n'etant pas toujours dans une £gale violence, d6s qu'il avait un peu de repos et de relache, son esprit se portait incontinent a chercher quelque chose de nouveau.
Ce fut dans ce temps-la et a Fage de vingt-trois ans qu'ayant vu Fexp6tience de Torricelli, il inventa et executa ensuite les autres experiences qu'on a nominees les experiences du vide, qui prouvent si clairement que tous les effets qu'on avait attribu^s jusque-la a Fhorreur du vide sont causes par la pesanteur de Fair. Cette occupation fut la derniere ou il ajDpliqua son esprit pour les sciences humaines ; et quoicju'il ait invent^ la roulette apr£s, cela ne contredit point & ce que je dis; car il la trouva sans y penser, et d'une maniere qui fit bien voir qu'il n'y avait pas d'application, comme je dtrai dans son lieu1.
Immediatement apr^s ces experiences2, et lors-
1. Comme on le verra plus loin, Tassertion de Mme Perier doit dtre rectifiee : d'une part Pascal s'occupera jusqu*en 1653 des questions d'hydrostatique, d'autre part, il se livrera pendant toute Tann^e 1654 a diverses rechercnes mathematiques (B.).
2. Le ±6cit de Mme P6rier est encore ici inexact, et nous aurons occasion de revenir sur ces faits importants pour 1'histoire de la pensde de Pascal. La « premiere conversion a se place dans les premiers mois de 1646, et ce n'est qu'en octobre de la mdme annee que M. Petit r£vela ^ Pascal Texpdrience du vide (B.).
qu'il n'avait pas encore vingt-quatre ans, la Providence ayant fait naitre une occasion x qui 1'obligea a lire des ecrits de piete, Dieu 1'eclaira de telle sorte
Ear cette lecture, qu'il comprit parfaitement que i religion chretienne nous oblige a ne vivre que pour Dieu, et a n'avoir point d'autre objet que lui; et cette verite lui parut si evidente, si necessaire et si utile, qu'il termina la toutes ses recherches : de sorte que d6s ce temps-la il renoncja a toutes les autres connaissances pour s'appliquer uniquement a 1'unique chose que Jesus-Christ appelle necessaire 2.
II avait jusqu'alors ete preserve, par une protection de Dieu particultere, de tous les vices de la jeunesse; et ce qui est encore plus etrange a un esprit de cette trempe et de ce caractere, il ne s'etait jamais port£ au libertinage pour ce qui regarde la religion, ayant toujours borne sa curiosite aux choses naturelles. II m'a dit plusieurs fois qu'il joignait toujours cette obligation a toutes les autres qu'S avait a mon p^re, qui, ayant lui-m£me un tr^s grand respect pour la religion, le lui avait inspire des 1'enfance, lui donnant pour maxime que tout ce qui est 1'objet de la
1. fitienne Pascal s'dtant d^mis une jambe en Janvier 1646 fut soignd par deux gentilshommes convertis a Taustdrit^ de Saint-Cyran par le cur6 de Rouville (d'ou leur nom de Rouvillistes)y et qui demeur£rent chez lui trois rnois. <c Toute k maison profita du s^jour de ces messieurs. Leurs discours ddifiants et leur bonne vie que Ton connaissait donn^rent envie i mon p&re, 4 mon fr^re et i ma soeur, de voir les livres qu'on jugeait qui leur avaient servi pour parvenir a cet 6tat. Ce fut done alors qu'ils commenc^rent tous a prendre connaissance des ouvrages de M. Jansenius, de M, de Saint- Cvran, de M. Arnauld et des autres Merits dont ils furent tr&s iclifi^s )>, raconte Mme Pdrier dans k Vie de Jacqueline Brunschvicg major* t. I, p. 152)*