SUR LES PASSIONS BE L? AMOUR
mais 1'on y desire mille circonstances qui dependent de la disposition ou 1'on se trouve; et c'est en ce sens que Ton peut dire que chacun a F original de sa beaute, dont il cherche la copie dans le grand monde 1. Neanmoins les femmes determinent souvent cet original. Comme dies ont un empire absolu sur Tesprit des hommes, elles y depeignent ou les parties des beautes qu' elles ont, ou celles qu'elles estiment, et elles ajoutent par ce moyen ce qui leur plait a cette beaute radicale. Cest pourquoi il y a un siecle pour les blondes, un autre pour les brunes, et le partage qu'il y a entre les femmes sur I'estime des unes ou des autres fait aussi le partage entre les hommes dans un meme temps sur les unes et sur les autres. La mode meme et les pays reglent souvent ce que Ton appelle beaute2. Cest une chose etrange que la coutume se mele si fort de nos passions3* Cela n'empeche pas que chacun n'ait son id£e de beaute sur laquene il juge des autres, et a laquelle il les rapporte; c'est sur ce principe qu'un amant trouve sa maitresse plus belle, et qu'il la propose comme exemple.
La beaut6 est partagee en mille differentes manieres. Le sujet le plus propre pour la soutenir, c'est une femme. Quand elle a de Tesprit, elle Tanime et la releve merveilleusement. Si une femme veut plaire, et qu'elle poss^de tous les avantages de la beaut^, ou du moms une partie, elle y r^ussira; et meme si les hommes y prenaient tant soit peu garde, quoiqu'elle n'y tachat point, elle s'en ferait aimer. II y a une place d'attente dans leur cceur, elle s'y logerait.