‹ Pensees Precedees Des Principaux OpusclesChapitre 57 sur 226 · don (B · texte numérisé non relu

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4. Tout ce fragment est plein de souvenirs de Montaigne : « On s'apergoit ordmairement, aux actions du monde, que la fortune, pour nous apprendre combien elle peut en toutes choses, et am prend plaisir a rabattre notre pr^somption, n'ayant pu raire les malhabiles sages, elle les tait heureux,

reux, ses malheureux, ses sains, ses malades, ses riches, ses pauvres; elle fait croire, douter, nier la raison; elle suspend les sens, elle les fait sentir; elle a ses fous et ses sages : et rien ne nous depite davantage que de voir qu'elle remplit ses hotes d'une satisfaction bien autrement pleine et entiere que la raison. Les habiles par imagination se plaisent tout autrement a eux-memes que les prudents ne sepeuvent raisonnablement plaire. Us regardent les gens avec empire; ils disputent avec hardiesse et confiance; les autres, avec cramte et defiance : et cette gaite de visage leur donne souvent 1'avantage dans Topinion des ecoutants, tant les sages imaginaires ont de faveur aupres des juges de meme nature. Elle ne peut rendre sages les fous; mais elle les rend heureux, a Fenvi de la raison qui ne peut rendre ses amis que miserables, Tune les couvrant de gloire, Tautre de honte.

Qui dispense la reputation ? qui donne le respect et la veneration aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands, sinon cette faculte imagi-

a Tenvi de la vertu... » (III, 8). « Au demeurant rien ne me depite tant en la sottise que de quoi elle se plait plus que aucune raison ne se peut raisonnablement plaire. C rest malheur que la prudence vous defend de vous satisfaire et fier de vous, et vous renvoie toujours mal content et cramtif, la ou Topimatrete et la temeritd remplissent leurs hotes d'esjouissance et d'assurance. Cest aux plus malhabiles de regarder les autres hommes par-dessus Tepaule, s'en retournants toujours du combat pleins de gloire et d'allegresse; et le plus souvent encore, cette outrecuidance de langage et gaietl de visage leur donne gagn6 a Fendroit de Tassistance, qui est communement faible et incapable de bien juger et discerner les vrais avantages. L'obstination et ardeur d'opimon est la plus sure preuve de betise : est-il rien certain, resolu, dedaigneux, contemplatif, grave, s^rieux, comme Fane ?

nante x ? Toutes les richesses de la terre [sont] insuffisantes sans son consentement ?

Ne diriez-vous pas que ce magistral:, dont la vieillesse venerable impose le respect a tout un peuple, se gouverne par une raison pure et sublime, et qu'il juge des choses dans leur nature sans s'arreter a ces vaines circonstances qui ne blessent que Timagination des faibles ? Voyez-le entrer dans un sermon 2 ou il apporte un zele tout devot, renfor$ant 362 la solidite de sa raison par Tardeur de sa charit£. Le voila pret a Touir avec un respect exemplaire. Que le predicateur vienne a paraitre, si la nature lui [a] 3 donne une voix enrouee et un tour de visage bizarre, que son barbier Tait mal rase, si le hasard Fa encore barbouille de stircroit, quelques grandes verit^s qu'il annonce, je parie la perte de la gravit£ de notre senateur,

Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu'il ne faut, s'il y a au-dessous un precipice, quoique sa raison le convainque de sa suret^, son imagination prevaudra. Plusieurs n'en sauraient soutenir la pensee sans palir et suer 4.

Je ne veux pas rapporter tous ses effets.

Qui ne sait que la vue des chats, 5 des rats, Tecrasement d'un charbon, etc., emportent la raison hors des gonds ? Le ton de voix impose aux plus sages,

i. Pascal avait d*abord ictit : « Quel pouvoir exerce-t-elle sur les ames, sur les corps ! Combien de maladies gurries ! Combien de sautes alt6r6es ! Combien. de richesses inutiles a celui qui s*imagine n'en avoir pas assez. »

2* Pascal avait d'abord 6crit fans une tghse ; c'est peut-6tre ce qui explique Femplpi de dans (B.}.

3. Que la nature mi ait (B.). JMais Pascal a corrigfi que en omettaut de changer att*

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