‹ Pensees Precedees Des Principaux OpusclesChapitre 76 sur 226 · En marge dans le manuscrit · texte numérisé non relu

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mais non pas des bornes comme nous. Mais nous ne connaissons ni Texistence ni la nature de Dieu, parce qu'il n'a ni etendue ni bornes.

Mais par la foi nous connaissons son existence; par la gloire l nous connaitrons sa nature. Or, j'ai deja montre qu'on peut bien connattre ^existence d'une chose, sans connaitre sa nature2,

Parlons maintenant selon les lumieres naturelles.

S'il y a un Dieu, il est infiniment incomprehensible, puisque, n'ayant ni parties ni bornes, il n'a nul rapport avec nous. Nous sommes done incapables de connaitre ni ce qu'il est, ni s'il est. Cela 6tant, qui osera entreprendre de resoudre cette question? Ce n'est pas nous, qui n'avons aucun rapport a lui.

Qui blamera done les chretiens de ne pouvoir rendre raison de leur creance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison? Us declarent, en Texposant au monde, que c'est une sottise,- stitliitiam*! et puis, vous vous plaignez de ce qu'ils ne la prouvent pas ! S'ils la prouvaient, ils ne tiendraient pas parole : c'est en manquant de preuves qu'ils ne manquent pas de sens. — « Oui; mais encore que cela excuse ceux qui Foffrent telle, et que cela les 6te du blame de la produire sans raison, cela n'excuse pas ceux qui la recoivent. » — Examinons done ce point, et disons : « Dieu est, ou il n?est f>as. » Mais de quel cot6 pencheronsnous ? La raison n?y peut rien determiner : il y a un chaos infini qui nous separe. II se joue un jeu,

i. L'etat de gloire est celui des bienheureux. C'est I'ach6vement de k grice (Angus tin us],

z. Ici le manuscnt porte un renvoi de k mam de Pascal: Tourwr.

3, S. PAUL, I, Cor., 18, 21.

a Textremite de cette distance infinie, ou il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous ? Par raison, vous ne pouvez faire ni Tun ni Fautre; par raison, vous ne pouvez defaire1 nul des deux,

Ne blamez done pas de faussete ceux qui out pns un choix; car vous n'en savez rien. — « Non; mais je les blatnerai d'avoir fail, non ce choix, mais un choix; car, encore que celui qui prend croix et Tautre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute : le juste est de ne point parier. »

— Oui; mais il faut parier 2; cela n'est pas volontaire, vous etes embarque. Lequel prendrez-vous done ? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce qui vous interesse le naoins. Vous avez deux choses a perdre : le vrai et le bien, et deux choses a engager : votre raison et votre volonte, votre connaissance et votre beatitude; et votre nature a deux choses a fair : Terreur et la misere. Votre raison n'est pas plus blessee, puisqu'il faut necessairement choisir en choisissant Tun que Tautre. Voila un point vide. Mais votre beatitude? Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous per- , vous ne perdez rien. Gagez done qu'il est, sans

hesiter. — « Cela est admirable. Oui, il faut gager ; mais je gage peut-etre trop. » — Voyons. Puisqu'il y a pareil hasard de gain et de perte, si vous n'aviez

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