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Se peut-il den de plus plaisant, qu'un homme ait droit de me tuer parce qu'il detneure au deli de Feau, et que son prince a querelle contre le mien, quoique je n'en aie aucune avec lui ?
II y a sans doute des lois naturelles; mais cette belle raison corrompue a tout corrompu; Nibil amplius nostrum est ; quod nostrum dicimus^ artis est. Ex senatus consultis et plebiscites crimina exercentur. Ut olim vitiis, sic nunc legibus labor amus*-.
De cette confusion arrive que Fun dit que Fessence de la justice est Fautorite du legislateur, Fautre la commodite du souverain, Fautre la coutume presente; et c'est le plus sur : rien, suivant la seule raison, n'est juste de soi; tout branle avec le temps. La coutume fait toute Fequit6, par cette seule raison qu'elle est regue; c'est le fonaement mystique de son autorite. Qui la ram^nera a son principe, Faneantit. Rien n'est si fautif que ces lois qui redressent les fautes. Qtii leur obeit parce cju'elles sont justes, obeit a la justice qu'il imagine, mais non pas a Fessence de la loi : elle est toute ramassee en soi; elle est loi, et rien davantage. Qui voudra en examiner le motif le trouvera si faible et si 16ger, que, s'il n'est accoutum6 a contempler les prodiges de Fimagination humaine, il admirera qu'un siecle lui ait tant acquis de pompe fet de reverence. L*art de fronder,
i. La premiere citation est empruntee par MONTAIGNE (II, iz) a un texte de Ciceron (De Fimbus, V, 21), tellement d6fectueux qu*il ne conserve plus rien de la pensee de Fauteur : « II n*y a plus rien qui soit ndtre; ce que j'appelle n6tre, est ceuvre de convention. » Les deux autres sont tirees, Tune de Seneque (Lettre 95). « Cest en vertu des senatus-consultes et des plebiscites (ju'on commet des crimes » (MONTAIGNE, III, i) et Tautre, inexacternent reproduite, de Tacite (Ann., Ill, 25) « Autrefois nous souffrions de nos vices, aujourd'hui nous souffrons de nos lois. » (MONTAIGNE, III, 13) '
boulevetser les fitats, est d'ebranler les coutumes Stabiles, en sondant jusque dans leut source, pour marquer leur defaut d'autorite et de justice. II faut, dit-on, recourir aux lois fondamentales et primitives de 1'fitat, qu'une coutume injuste a abolies. Cest un jeu sur pour tout perdre; rien ne sera juste a cette balance l . Cependant le peuple prete aisement Foreille 366 a ces discours. Us secouent le joug des qu'ils le reconnaissent; et les grands en profitent a sa ruine, et a celle de ces curieux examinateurs des coutumes recues 2. Cest pourquoi le plus sage des legislateurs disait que, pour le bien des homines, il faut souvent les piper3; et un autre, bon politique : Cum veritatem qua Kbmtur ignoret, expedit quod jallatur*. II ne faut pas qu'il sente la verite de Pusurpation; elle a ete introduite autrrfois sans raison, elle est devenue raisonnable; il faut la faire regarder comme authentique, eternelle, et en cacher le commencement si Ton ne veut qu'elle ne prenne bientot fin.
Mien, tien. « Ce chien est a moi, disaient ces pauvres 73 enfants; c'est la ma place au soleil. » Voila le commencement et Fimage de Fusurpation de toute la terre 6.
1. Pascal, qui etait a Pans peadant k Fioade, a toujouis refuse de 1'approuver. C£ fensee 868 et Vie, p. 45.
2. Port-Royal avait termine ici par cette reflexion : <c Mais par un defaut contraire, les hommes croient quelquefois pouvoir faire avec justice tout ce qui a'est pas sans exemple. »