Saint Luc, xi
429 Pourquoi suit-on la pluralite ? est-ce a cause qu'ils ont plus de raison ? non, mais plus de force.
Pourquoi suit-on les anciennes lois et anciennes opinions ? est-ce qu'elles sont les plus saines ? non, mais elles sont uniques, et nous otent la racine de la diversite.
**44i ... Cest Teffet de la force, non de la coutume; car ceux qui sont capables d'inventer sont rares; les plus forts en nombre ne veulent que suivre, et refusent la gloire a ces inventeurs qui la cherchent par leurs inventions; et s'ils s'obstinent a la vouloir obtenir, et mepriser ceux qui n'inventent pas, les autres leur donneront des noms ridicules, leur donneraient des coups de baton. Qu'on ne se pique done pas de cette subtilite, ou qu'on se contente en soimeme.
142 La force est la reine du monde, et non pas Popinion.
Mais Topinion est celle qui use de la force.
Cest la force qui fait Fopinion, La mollesse est belle, selon notre opinion. Pourquoi? Parce que qui voudra danser sur la corde sera seul; et je ferai une cabale plus forte, de gens qui diront que cela n'est pas seant
269 Les cordes qui attachent le respect des uns envers les autres, en general, sont cordes de necessite; car il faut qu'il y ait dM&ents degr^s, tous les hommes voulant dominer, et tous ne le pouvant pas, mais quelques-uns le pouvant,
Figurons-nous done que nous les voyons commengant a se former. It est sans doute qu'ils se battront jusqu'a ce que la plus forte partie opprime la plus faible, et qu'enfin il y ait un parti dominant, Mais quand cela est une fois determine, alors les maitres, qui ne veulent pas <que la guerre continue, ordonnent que la force qui est entre leurs mains succedera comme il leur plait; les uns la remettent a Pelection des peuples, les autres a la succession de naissance, etc.
Et c'est la ou Timagination commence a jouer son role. Jusque-la la pure force le fait : ici c'cst la force qui se tient par ['imagination en un certain parti, en France des gentilshommes, en Suisse des roturiers, etc.1.
Or ces cordes cjui attachent done le respect a tel et a tel en particulier, sont des cordes d'imagination,
Les Suisses s'offensent d'etre dits gentilshommes, *2i et prouvent leur roture de race pour etre juges dignes de grands emplois.
Comme les duches et royautes et magistratmes 167 sont reelles et necessaires a cause de ce que la force regie tout, il y en a partout et toujours. Mais parce que ce n'est que fantaisie qui fait qu'un tel ou telle le soit, cela n'est pas constant, cela est sujet a varier, etc.
Le chancelier est grave et revetu d'ornements, 283 car son poste est faux; et non le roi : il a la force, il
i. Cf. 2e Discours sttr la condition des grands : « En un pays on honore les nobles, en Tantre ks^roturiers. . »
n'a que faire de ^imagination. Les juges, medecins, etc., n'ont que 1'imagination1.
*8i La coutume de voir les rois accompagnes de gardes, de tambours, d'officiers, et de toutes les choses qui plient 2 la machine vers le respect et la terreur, fait que leur visage, quand il est quelquefois seul et sans ces accompagnements, imprime dans leurs sujets le respect et la terreur, parce qu'on ne separe point dans la pensee leurs personnes d'avec leurs suites, qu'on 7 voit d'ordinaire jointes. Et le m'onde, qui ne sait pas que cet effet vient de cette coutume, croit qu'il vient d'une force naturelle; et de la viennent ces mots : « Le caract£re de la Divinite est empreint sur son visage, etc. »
*73 Justice. — Comme la mode fait Pagrement3, aussi fait-elle la justice.
163 Rot et tyran.
J'aurai aussi mes idees de derriere la tete 4. Je prendrai garde a chaque voyage.