‹ Pensees Precedees Des Principaux OpusclesChapitre 96 sur 226 · P. IL W · texte numérisé non relu

P. IL W

xxrx, Que Ton a bien fait de distinguer les hommes par 41 1'exterieur, plutot que par les qualites int&ieures ! Qui passera de nous deux? qui cedera la place a 1'autre ? Le moins habile ? mais je suis aussi habile que lui, il faudra se battre sur cela. II a quatre laquais, et je n'en ai qu'un : cela est visible; il n'y a qu'a compter; c'est a moi de ceder, et je suis un sot si je le conteste. Nous voila en paix par ce moyen; ce qui est le plus grand des biens,

851 Les choses du monde les plus deraisonnables deviennent les plus raisonnables a cause du d&eglement des hommes. Qu'y a-t-il de moias raisonnable que de choisir, pour gouverner un fitat, le premier fils d'une reine? On ne choisit pas pour

i. La page 8 5 du manuscrit ne contient que la demi^re phrase du premier paragraphe : on m choisit pas ... : le d^veloppement est empnmt^ aux portefeuilles de Valiant, mddecin de la marquise de Sabl6, t. VI, fol. 56 (B.),

gouverner un vaisseau celui des voyageurs qui est de la meilleure maison1.

Cette loi serait ridicule et injuste; mais parce qu'ils le sont et le seront toujours, die devient raisonnable et juste, car qui choisira-t-on, le plus vertueux et le plus habile ? Nous voila incontinent aux mains, chacun pretend etre ce plus vertueux et ce plus habile. Attachons done cette qualite a quelque chose d'incontestable. Cest le fils alne du roi; cela est net, il n'y a point de dispute. La raison ne peut mieux faire, car la guerre civile est le plus grand des maux.

Les enfants etonnes voient leurs camarades res- ^444 pectes.

Que la noblesse est un grand avantage, qui, des 397 dix-huit ans, met un homme en passe2, connu et respecte, comme un autre pourrait avoir merite a cinquante ans. Cest trente ans gagnes sans peine*

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Qu'est-ce que le moi? 375

Un homme qui se met a la fenetre pour voir les passants, si je passe par la, puis-je dire qu'il s^est mis la pour me voir ? Non; car il ne pense pas a moi en particulier; mais celui qui aime quelqu'un a cause de sa beaute, Paime-t-il ? Non : car la petite verole,

1. Cette pensee se ttouve dans les Mtmorables de Xenophon, et peut-atte Pascal Tavait-il recueillie dans k bouche de Mere qm la cite ((Ewres postb., p. 22) (B.).

2. M6taphore tiree du jeu de boules : tttt en. mesure de faire passer sa boule (B.).

qui tuera la beaute sans tuer la personne, fera qu'il ne 1'aimera plus 1.

Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma memoire, m'aime-t-on moi? Non, car je puis perdre ces qualites sans me perdre moi-m6me. Ou est done ce mot, s'il n'est ni dans le corps, ni dans Tame ? et comment aimer le corps ou Tame, sinon pour ces qualites, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont perissables? car aimerait-on la substance de Tame d'une personne abstraitement, et quekjues qualites qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n'aime done jamais personne, mais seulement des qualites.

Qu'on ne se moque done plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n'aime personne que pour des qualites empruntees.

221 Le peuple a les opinions tres saines : par exemple : i° D'avoir choisi le divertissement et la chasse

plutot que la prise. Les demi-savants s'en moquent,

et triomphent a montrer la-dessus la folie du monde;

mais, par une raison qu'ils ne penetrent pas, on a

raison; 2° D*avok distingue les hommes par le dehors,

comme par la noblesse ou le bien. Le monde triomphe

encore a montrer combien cela est deraisonnaple;

mais cela est tres raisonnable (cannibales se rient

d'un enfant roi)2;

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