‹ Pensées. Publiées dans leur texte authentique avec un commentaire suiviChapitre 30 sur 55 · OU · texte numérisé non relu

OU

Dieu ayant fait ' le ciel et la terre , qui ne sentent point le bonheur de leur être, il a voulu faire des êtres qui le connussent, et qui composassent un corps de membres pensants-. Car nos membres ne sentent point le bonheur de leur union, de leur admirable intelligence, du soin que la nature a d'y influer les esprits ', et de les faire croître et durer. Qu'ils seraient heureux s'ils le sentaient, s'ils le voyaient ! Mais il faudrait pour cela qu'ils eussent intelligence pour le connaître, et bonne volonté pour consentir a celle de l'àme universelle '. Que si, ayant reçu l'intelligence , ils s'en servaient à retenir en eux-mêmes la nourriture, sans la laisser passer aux autres membres, ils seraient non-seulement injustes, mais encore misérables, et se haïraient plutôt que de s'aimer : leur béatitude, aussi bien que leur devoir , consistant à consentir à la conduite de l'àme entière à qui ils appartiennent, qui les aime mieux qu'ils ne s'aiment eux-mêmes.

Ktre membre, est n'avoir de vie, d'être et de mouvement que par 1" esprit du corps et pour le corps. Le membre séparé , ne voyant plus le corps auquel il appartient , n'a plus qu'un être périssant et mourant.

blc ; rien n'est plus discret, et rien n'est plus fort. Pascal sans doute a rapporté cette pensée d'un cimetière : le bruit des pelletées tombant sur la bière lui était resté au cœur.

* 0 Dieu ayant fait. » En titre, Morale.

' o Membres pensants. » Nous avons déjà cité saint Paul, qui dit que nous ne faisons qu'un corps en Jésus-Christ, que nous sommes les membres de ce corps. Cf. 22.

' <r Les esprits. « Influer est ici un verbe actif : d'y faire circuler les esprits. On entendait par le» esprits certains fluides subtils qu'on supposait circulant dans les n'-rfs, et y portant la sensibilité et la vie. Cf. x.w, 10.

* « Universelle. » Pourquoi universelle? Est-ce qu'il veut parler, non de la volonté intelligente et personnelle (|ui est en chacun de nous, mais du principe vital qui anime à la fois tout le monde physique'? C'est plutôt

Cependant il croit être un tout, et ne se voyant point de corps dont il dépende , il croit ne dépendre que de soi , et veut se faire centre et corps lui-même. Mais n'ayant point en soi de principe de vie, il ne fait que s'égarer, et s'étonne dans l'incertitude de son être ; et sentant bien * qu'il n'est pas corps , et cependant ne voyant point qu'il soit membre d'un corps. Enfin, quand il vient à se connaître, il est comme revenu chez soi, et ne s'aime plus que pour le corps; il plaint ses égarements passés.

Il ne pourrait pas par sa nature aimer une autre chose , sinon pour soi-même et pour se l'asservir, parce que chaque chose s'aime plus que tout. Mais en aimant le corps ^, il s'aime soi-même', parce qu'il n'a d'être qu'en lui, par lui et pour lui : qui adhœrel Dca unus spirilus est ''.

Le corps * aime la main ; et la main , si elle avait une volonté, devrait s'aimer de la même sorte que l'âme l'aime'. Tout amour qui va au delà est injuste.

que l'àms unique de chaque homme, gouvernant, à la fois tous ses memljres, peut être appelée universelle par rapport aux membres. C'est le sens indiqué par ces mots qu'on trouve plus loin, l'âme entière à qui ils appartiennent.

' « Et sentant bien. » Cet et répond à celui qui suit : d'une part sentant bien..., de l'autre ne voyant point...

- " En aimant le corps. « Le corps dont il n'est ([u'un membre, c'est-àdire Dieu, Jésus-Christ...

•' a Soi-même. « Pascal répète cela dans les deux fragments qui suivent, et corrige ainsi la dureté de ce qu'il a tant dit, qu'il faut se haïr. Voir J)i.

^ « Spiritus est » Qui aulcm af-h.i.et domino unus spirilus est. 1 Cor , VI, 17 : « Ne savez-vous pas que celui qui s'attache à une courtisane, » ne fait qu'un corps avec elle".' .. Et celui qui s'attache à Dieu, ne fait » (ju'un esprit avec lui. »

^ « Le corps. » P. R. met : « L'âme aime la main. » Mais alors la figure du corps et des membres n'est plus suivie. Pascal va bien dire , de la même sorte que l'âme l'aime, mais c'est ipTil oppose la volonté du corps entier, ou l'àrae, à la volonté particulière de la main.

« Que l'ànie l'aime. » C'est-à-dire, en vue du corps

ARTiCLi; XXiV- 397

Adhœrcus Deo umis spirilti.t est^. On s'aime, parce qu'on

est membre de .lésus-Christ. On aime Jésus-Christ , parce

qu'il est le corps dont on est membre. Tout est un, l'un est

l'autre, comme les trois personnes -.

Pour régler l'amour' qu'on se doit à soi-même, il faut s'imaginer un corps plein de membres pensants , car nous sommes membres du tout, et voir comment chaque membre devait s'aimer, etc.

Si les pieds et les mains avaient une volonté particulière, jamais ils ne seraient dans leur ordre qu'en soumettant cette volonté particulière à la volonté première qui gouverne le corps entier. Hors de là, ils sont dans le désordre et dans le malheur; mais en ne voulant que le bien du corps, ils font leur propre bien.

11 faut n'aimer que Dieu et ne haïr que soi.

Si le pied avait toujours ignoré qu'il appartint au corps, et qu'il y eût un corps dont il dépendit, s'il n'avait eu que la connaissance et l'amour de soi , et qu'il vint à connaître qu'il appartient a un corps duquel il dépend, quel regret, ([uelle confusion de sa vie passée, d'avoir été inutile au corps qui lui a inllué sa vie ', qui l'eût anéanti, s'il l'eût rejeté et séparé de soi, comme il se séparait de lui! Quelles prières d'y être conservé! et avec quelle soumission se laisserait-il gouverner à la volonté qui régit le corps, jusqu'à consentir à être retranché s'il le faut ! Ou il perdrait sa ([ualité de membre; car il faut que tout membre veuille

' « SpirUus est. » Voir au fragment précédent.

• « Comme les trois personnes. » Retranché par P. R., peut-être comme n'étant pas ihcoiogiquement assez exact.

•■' « Pour régler l'amour. » En litre : Membres. Commencer par là.

' « Influe bU \io. " //i/'uer csl verbe uclif : \oir le premier fragment.

bien périr pour le corps, qui est le seul pour qui tout est*.

Pour faire que les membres soient heureux, il faut qu'ils aient une volonté, et qu'ils la conforment au corps.

La concupiscence ^ et la force sont la source de toutes nos actions' ; la concupiscence fait les volontaires ; la force, les involontaires.

... Ils croient '^ que Dieu est seul digne d'être aimé et admiré, et ont désiré d'être aimés et admirés des hommes, et ils ne connaissent pas leur corruption. S'ils se sentent pleins de sentiments pour l'aimer et l'adorer , et qu'ils y trouvent leur joie principale, qu'ils s'estiment bons, à la bonne heure. Mais s'ils s'y trouvent répugnants, s'ils n'ont ^ aucune pente qu'à se vouloir étabhr dans l'estime des hommes, et que pour toute perfection ils fassent seulement que , sans forcer les hommes, ils leur fassent trouver leur bonheur à les aimer, je dirai que cette perfection est horrible. Quoi! ils ont connu Dieu , et n'ont pas désiré uniquement que les hommes l'aimassent; [mais] que les hommes s'arrêtassent à

' a Pour qui tout est. » Il faut avouer que les traits que présente ce fragment sont bizarres. Ce pied qui est plein de confusion de sa vie passée, et toHt ce qui suit, cela étonne. Mais quand on songe que sous cette image dédaigneuse c'est lui-même que Pascal figure, que c'est lui qui est ce membre indigne, si confus , si repentant , que c'est lui qui prie , qui se soumet, qui consent à être retranché et à périr, ce qui semblait étrange n'est plus qu'élevé et touchant. Au reste , l'idée de cette prosopopée est prise d'un verset de la première épitre aux Corinthiens (xii, \?>) : « Si le pied vient M à dire. Puisque je ne suis pas la main, je ne suis plus du corps; ne » sera-t-il plus du corps pour cela? )> Voir tout le chapitre.

^ « La concupiscence. » En titre , Raison des effets.

' « Nos actions. » P. R. ajoute, purement humaines, et c'est bien ainsi que l'entend Pascal. 11 n'étudie ici que la nature, sans la grâce; il cherche la raison des effets naturels. Cf. l'article v, 2.

■* « Ils croient. » En titre, Philosophes.

' « S'ils n'ont » Dans le manuscrit , s'il n'a.

ARTlCLt; XXIV. VJ'J

eux; ils ont voulu ctrc l'objet du bonheur \olontaiie ' des hommes * I

Gl.

11 est vrai qu'il y a de la peine en entrant dans la piété. Mais cette peine ne vient pas de la piété qui commence d'être en nous , mais de l'impiété qui y est encore. Si nos sens ne s'opposaient pas à la pénitence, et que notre corruption ne s'oppoSc\t pas à la pureté de Dieu , il n'y aurait en cela rien de pénible pour nous. Nous ne souffrons qu'à proportion que le vice , qui nous est naturel , résiste à la grAce surnaturelle. Notre cœur se sent déchiré entre ces efforts contraires. Mais il serait bien injuste d'imputer cette violence à Dieu qui nous attire , au lieu de l'attribuer au monde qui nous retient. C'est comme un enfant, que sa mère arrache d'entre les bras des voleurs , doit aimer dans la peine qu'il souffre, la violence amoureuse ' et légitime de celle qui procure sa liberté , et ne détester que la violence impétueuse et tyrannique de ceux qui le retiennent injustement. La plus cruelle guerre que Dieu puisse faire aux hommes en cette vie est de les laisser sans cette guerre

' « Volontaire. » Singulière expression pour dire, l'objet donné par la volonté des hommes au désir de bonheur qui est en eux.

' a Des hommes. « Qui sont ces {'hiloso|)hes, condamnés si durement? P. R. a mis : Les platoniciens , et même Epiclèle et ses sectateurs. C'est surtout, je pense, Epictète et les stoïciens que Pascal a en vue. Mais comment ont-ils mérité ces reproches? Epictète au contraire s'élève avec force contre ceux qui veulent être admirés, qui prétendent qu'on crie derrière eux : 0 les grands philosophes! {Eiitreliens, 1, 21.) — Est-ce donc que Pascal veut dire que le sage même qui parle ainsi ne pense pas ainsi au fond du cœur, et qu'il n'y a pas de perfection humaine qui soit dépouillée de cet amour-propre, qui la rend horrible? Je crois que ce qui l'indigne surtout, c'est que les sages, étant ainsi, ne connaissent pas leur corruption, qu'ils regardent cette nature, dont l'amour-propre est inséparable, comme saine , qu'ils n'y voient pas la lèpre du péché originel. C'est là qu'il veut aboutir.

5 « Amoureuse. » Que ces tendresses ont de charme, ainsi jetées à travers une logiqu» d'airain I

400 PASCAL. — PEiNSÉES.

qu'il est venu apporter. « Je suis venu apporter la guerre, » dit-il ; et , pour instruire de cette guerre * : a Je suis venu » apporter le fer et le feu. ^ » Avant lui, le monde vivait dans une fausse paix.

Dieu ne regarde* que l'intérieur : l'Église ne juge que par l'extérieur. Dieu absout aussitôt qu'il voit la pénitence dans le cœur; l'Église, quand elle la voit dans les œuvres. Dieu fera une Église pure au dedans , qui confonde par sa sainteté intérieure et toute spirituelle l'impiété intérieure des sages superbes et des pharisiens : et l'Église fera une assemblée d'hommes, dont les mœurs extérieures soient si pures, qu'elles confondent les mœurs des païens. S'il y en a d'hypocrites, mais si bien déguisés qu'elle n'en reconnaisse pas le venin , elle les souffre ; car , encore qu'ils ne soient pas reçus de Dieu, qu'ils ne peuvent tromper, ils le sont des hommes, qu'ils trompent. Et ainsi elle n'est pas déshonorée par leur conduite, qui paraît sainte. Mais vous voulez'' que l'Eglise ne juge, ni de l'intérieur, parce que cela n'appartient qu'à Dieu, ni de l'extérieur, parce que Dieu ne s'arrête qu'à l'intérieur; et ainsi, lui étant tout choix des hommes , vous retenez dans l'Église les plus débordés, et ceux qui la déshonorent si fort, que les synagogues des Juifs et les sectes des philosophes les auraient exilés comme indignes, et les auraient abhorrés comme impies ^

' « De cette guerre. » De ce que c'est que cette guerre.

' « Le fer et le feu. » Mallh., x, 34 : Nolite arbitrari quia pacem venerim millere in terrain : non veni pacem millere sed gladium. Et Luc , XII, 49 : Ignem veni mittere in terram , et quid volo nisi ut accendatur ?

■^ « Dieu ne regarde. » En titre : Sur les confessions et absolutions sans marques de regret.

'' a Mais vous voulez. » Cela s'adresse aux Jésuites. Voir la dixième Provinciale .

■'" « Comme impies. » Je no connais pas dans Pascal mémo de morceau

T.a loi n'a pas détruit la nature; mais elle l'a instruite : la grâce n'a pas détruit la loi'; mais elle l'a fait exercer. La foi reçue au baptême est la source de toute la vie "^ du chrétien et des convertis.

On se fait une idole de la vérité même ; car la vérité hors de la charité n'est pas Dieu, c'est son image , et une idole, qu'il ne faut point aimer, ni adorer, et encore moins fautil aimer et adorer son contraire, qui est le mensonge'.

plus fort de raisonnement que celui-ci. Ces distinctions, ces antithèses, donnent une clarté irrésistible.

' « Détruit la loi. «Cela est pris de saint Paul, fioni. m, 31 . Voir tout ce chapitre.

' « Toute la vie. » C'est-à-dire que dans la vie du chrétien, rien n'est do la nature; tout est de la grâce, attachée à la foi.

■" n Le mensonge. » On lit encore à la môme page du manuscrit : « Je » puis bien aimer l'obscurité totale; mais, si Dieu m'engage dans un état » à demi obscur, ce peu d'obscurité qui y est me déplaît, et, parce que je » n'y vois pas le mérite d'une eiilière obscurité, il ne me plait pas. C'est u un défaut, et une marque que je me fais une idole de l'obscurité, sé- » parée de l'ordre de Dieu. Or il ne faut adorer que son ordre. » Quand jo cherche à interpréter ces deux fragments, je crois reconnaître que Pascal y a mis l'expression des tourments de sa pensée, tels qu'il les éprouvait en creusant ces terribles questions de la grâce. Tantôt il s'irrite de ne pas voir clairement la vérité, de ne pouvoir la faire sortir aussi évidente en théologie qu'en m.ilhématiques ; et puis il se reproche celte plainte, car il ne s'agit pas de bien résoudre un problème, mais d'être chrétien. Cependant, s'il ne faut pas adorer la doctrine, la vérité spéculative, s'il ne faut pas l'aimer plus que Dieu, encore moins faut-il préférera ce Dieu le mensonge; c'est-à-dire que, pour échapper aux obscurités de la grâce, il ne fuut pas la sacrilier, et se faire pélagicn. Dans d'autres niomcuts, Pascal se sent résigné aux ténèbres; mais, far un autre orgueil, il voudrait que les ténèbres fussent complètes. Il est fâché, en quelque sorte, de trouver des raisons contre le pélagianismc ; il voudrait se reposer dans ranéantissemont de sa raison, dans la soumission loule pure; et fermer ses yeux, qui, en s'ouvraiit, ne trouvent qu'une lumière traversée d'ombres :

(^Uiesivit .... lucem, ingcmuitquc ropcrta. Tel était le trouble do Pascal janséniste , et peut-être même , en certains moments plus rares , celui do Pascal chréiien. Voilà comme il le surprenait en lui-même, et voilà r.mime il l'élniifTiit.

402 PASCAL. — PENSÉ tS,

Tous les grands divertissements sont dangereux pour la vie chrétienne; mais, entre tous ceux que le monde a inventés , il n'y en a point qui soit plus à craindre que la comédie ^ C'est une représentation si naturelle et si délicate des passions , qu'elle les émeut et les fait naître dans notre cœur, et surtout celle de l'amour : principalement lorsqu'on le représente fort chaste et fort honnête. Car plus il paraît innocent aux âmes innocentes, plus elles sont capables d'en être touchées. Sa violence plaît à notre amour-propre, qui forme aussitôt un désir de causer les mêmes effets, que l'on voit si bien représentés; et l'on se fait en même temps une conscience fondée sur l'honnêteté des sentiments qu'on y voit, qui éteint la crainte des âmes pures, lesquelles s'imaginent que ce n'est pas blesser la pureté, d'aimer d'un amour qui leur semble si sage. Ainsi l'on s'en va de la comédie le cœur si rempli de toutes les beautés et de toutes les douceurs de l'amour, l'âme et l'esprit si persuadés de son innocence, qu'on est tout préparé à recevoir ses premières impressions, ou plutôt à chercher l'occasion de les faire naître dans le cœur de quelqu'un, pour recevoir les mêmes plaisirs et les mêmes sacrifices que l'on a vus si bien dépeints dans la comédie^.

* « La comédie. » C'est-à-dire le théâtre en général. Bossuet prend ce mot dans le même sens dans ses Maximes et réflexions sur la comédie. Tout le monde le prenait ainsi alors, comme on dit aujourd'hui même, les comédiens, on parlant de toute espèce d'acteurs, et comme on dit encore quelquefois, la comédie française. Pascal veut parler surtout des tragédies , car c'est où l'amour est le plus pur et le plus touchant.

' « Dans la comédie. » Pascal avait vu cela dans Corneille, qu'il a cité ailleurs encore au sujet de l'amour (vi , 43). Cette violence dans une passion honnête et chaste, ces douceuis qui sont en même temps des beautés, celle ardeur de sacrifices, ce plaisir crt,ueilleux de dominer dans un cœur, c'est bien l'amour comme le concevf.il Corneille, comme devait le sentir l'âme fière et forte de Pascal, et comme en effet il le figure dans le Discours sur les passions de l'amour. On n'en connaissait pas d'autre dans le

ARTICLE XXIV i03

... Les opinions' relAchées plaisent tant aux hommes, qu'il est étrange que les leurs déplaisent-. C'est qu'ils ont excédé toute borne. Et, de plus, il y a bien des gens qui voient le vrai , et qui n'y peuvent atteindre '. Mais il y en a peu qui ne sachent que la pureté de la religion est contraire à nos corruptions. Ridicule de dire qu'une récompense éternelle est offerte à des mœurs escobartines '.

Le silence ' est la plus grande persécution : jamais les saints ne se sont tus. 11 est vrai qu'il faut vocation , mais

monde distingué de ce temps, dans ce monde que Pascal avait traversé étant jeune, qui prétendait surtout à l'élévation du cœur et aux sentiments généreux , et voulait intéresser dans la passion la vertu même. Plus tard, quand Bossuet écrivait sur la comédie, tout était changé; Racine régnait au lieu de Corneille, et les esprits sévères qui condamnaient toute passion étaient moins frappés des dangers de l'orgueil que de ceux de la tendresse. Bossuet, qui ne connaissait pas le fragment de Pascal, a oublié dans ses réfli'xions , parmi tant de développements pleins de force, cet attrait si bien démêlé ici, le désir de causer les mêmes effets que l'on voit repre'setUés, de recevoir les mêmes i)laisirs et les mêmes sacrifices. C'est peut-être le seul point qu'il n'ait pas touché dans son admirable écrit, car il faut bien l'avouer pour admirable, quoi que nous fasse souffrir la manière cruelle dont Molière y est traité.

' 0 Les opinions. " En titre, Montalte. Louis de Montalto est le nom sous lequel les Provinciales furent recueillies en un même volume. Cela sulTit pour indiquer l'intention de ce fragment.

* « Déplaisent. » La Bruyère a dit au contraire (De la Chaire) : « La > morale douce et relâchée tombe avec celui (]ui la [iroche; (lie n'a rien u qui réveille, et qui pique la curiosité d'un homme du monde, qui craint » moins qu'on ne pense une doctrine sévère, et qui l'aime même dans » celui qui fait son devoir en l'annoni^ant. >>

' <■ N'y peuvent atteindre. » Dans leur conduite.

* » Escobartines. » Conformes aux principes équivoques d'Escobar. Sur Escobar, voir les Provinciales , et particulièrement les cinquième et sixième.

' « Le silence. » Manque dans P R., ainsi que le fragment qui suit. Il n'y en a pas où éclate davantage la violence du combat au fort duquel P.l'jr;!! <>-'t mort.

40't PASCAL. — PENSÉES,

ce n'est pas des arrêts du Conseil^ qu'il faut apprendre si l'on est appelé, c'est de la nécessité de parler. Or, après que Rome a parlé, et qu'on pense - qu'elle a condamné ^ la vérité, et qu'ils l'ont écrit ' ; et que les livres qui ont dit le contraire sont censurés, il faut crier d'autant plus haut qu'on est censuré plus injustement , et qu'on veut étouffer la parole plus violemment , jusqu'à ce qu'il vienne un pape qui écoute les deux parties, et qui consulte l'antiquité^ pour faire justice. Aussi , les bons papes trouveront encore l'Eglise en clameurs.

... L'Inquisition* et la Société', les deux fléaux de la vérité.

... Que ne les accusez-vous d'arianisme? Car ils ont dit

* « Du Conseil. » Un arrêt du Conseil, du 12 août i660, avait soumis à l'examen d'une commission d'évêques et de docteurs le livre intitulé, Ludoïki Monlallii Utterœ provinciales, etc., c'est-à-dire les Provinciales , mises en latin par Nicole, et accompagnées de notes et de dissertations. Cette traduction latine avait popularisé les Provinciales , comme dit fort bien M. Sainte-Beuve, en les faisant lire hors de France même par tout le monde ecclésiastique et savant. Sur le rapport des commissaires , un autre arrêt, du 23 septembre, condamna le livre à être lacéré et brûlé par l'exécuteur de la haute justice, ce qui fut fait à Paris le 14 octobre suivant.

' « Qu'on pense. » Qu'on pense généralement, que le gros du monde pense.

' « Qu'elle a condamné. » Qu'il a, dans le manuscrit. En écrivant Rome, il avait dans la pensée le pape.

* « Qu'ils l'ont écrit. » Les Jésuites. 11 faut se rappeler, pour entendre Pascal^ quelle était la tactique de son parti. On soutenait que le pape avait bien pu condamner avec autorité cinq propositions comme hérétiques, mais qu'il s'était trompé en donnant ces cinq propositions comme prises dans .lansénius; que la doctrine de .lansénius n'était que la pure doctrine de la grâce, la tradition de saint Augustin, enfin la vérité, laquelle n'avait pu être condamnée. Et quand les Jésuites écrivaient, avec le pape lui-même, que les propositions condamnées étaient bien celles de Jansénius, c'était écrire, suivant Pascal, que le pape avait condamné la vérité. Pascal lui-même désavoua plus tard cette tactique : voir la note 47 sur sa Vie.

* « L'antiquité. » La tradition de saint Augustin et des Pères. '■' « L'inciuisitiou. » Voir plus loin.

' « La Société. » Abréviation nuitée pour la f^oriélé de Jésus.

ARTICLE XXIV. ',o:,

que Jésus-Clirist est Dieu : peut-tHre ils renteudent, non par nature , mais comme il est dit , DU eslis^

Si mes lettres- sont condamnées à Rome', ce que j'y condamne est condamné dans le ciel : Ad luum, Domine Jesii, tribunal appello*.

... A'ous-méme êtes corruptible \

... Jai craint que je n'eusse mal écrit, me voyant condamné, mais l'exemple de tant de pieux écrits me l'ait croire au contraire. Il n'est plus permis de bien écrire, tant l'Inquisition * est corrompue ou ignorante !

... II est meilleur d'obéir à Dieu qu'aux hommes ^

... .le ne crains rien , je n'espère rien *. Les évèques ne

' <" Dii estis. » Ps. i.x.\xi, C, paroles de Dieu aux grands de la terre : « Vous êtes des dieux, mais vous mourrez comme des hommes. » Pascal veut dire : Que n'accusez-vous aussi bien les jansénistes d'arianisme (que de ne pas croire à la présence réelle. Cf. xvi. 14, note 8)? 11 est vrai qu'ils professent que Jésus-Christ est Dieu, mais peut-être qu'ils ne l'entendent que par figure. — C'est une ironie.

' « Si mes Lettres, u II s'agit toujours des Provinciales.

* « A Rome. » Par la congrégation de l'Inquisition ou de l'Index, la 6 septembre 1657.

* « Appello. » On sait que plus tard, les jansénistes, condamnés par la fameuse bulle Unigenilus, interjetèrent appel au futur concile général. L'appel mystique de Pascal à Jésus-Christ même est plus touchant.

' a Corruptible. « Ces mots hardis s'adressent sans doute à la papauté elle-même.

* o L'Inquisition. » L'Inquisition romaine, la congrégation de Vïndex. Les décisions de ce tribunal n'étaient pas remues en France, et n'y avaient pas force de loi.

' « Qu'aux hommes. » C'est la réponse de Pierre et des siens au sanhédrin de Jérusalem, qui leur défen i de prêcher au nom de Jésus : ObeJire oporlet Deo marjis quam hominibuis. AcI. des A p., v, 29.

" « Jo n'espère rien. » C'est-à-dire je n'ai rien à craindre ni à espérer. 11 développe cela dans la dix-septième Provinciale : « Je n'espère rien du t monde, je n'en appréhende rien, je n'en veux rien ; je n'ai besoin , par » la grâce de Dieu, ni du bien , ni de l'autorité de personne. Ainsi , mon » père, j'échappe à toutes vos prises. Vous ne me sauriez prendre, de » quelque coté que vous le tentiez. Vous pouvez bien toucher le Port » Royal, mais non pas moi . » etc.

sont pas ainsi ' . Le Port Royal craint, et c'est une mauvaise politique de les séparer % car ils ne craindront plus, et se feront plus craindre.

La machine' d'arithmétique fait des effets qui approchent plus de la pensée que tout ce que font les animaux ; mais elle ne fait rien qui puisse faire dire qu'elle a de la volonté, comme les animaux*.

Certains auteurs *, parlant de leurs ouvrages , disent : Mon livre, mon commentaire , mon histoire , etc. Ils sentent leurs bourgeois qui ont pignon sur rue % et toujours un « chez moi » à la bouche. Ils feraient mieux de dire : Notre livre, notre commentaire, notre histoire , etc. , vu que d'ordinaire il y a plus en cela du bien d'autrui que du

leur.

J'aime la pauvreté', parce que Jésus-Christ l'a aimée*.

* « Pas ainsi. » Pascal explique par là comment les évêques, ou du moins la majorité des évêques , ont accepté le formulaire. Us ont cédé, suivant lui, à l'influence de la cour.

2 « De les séparer. » On avait commencé par fermer les petites écoles de Port Royal des Champs, et par disperser les solitaires qui étaient réunis dans cette maison. On en vint ensuite à frapper le monastère même des religieuses de Port Royal.

^ a La machine. » Sur la machine arithmétique, ou d'arithmétique, voir la Vie de Pascal , et la note 10.

' « Comme les animaux. » 11 semble que ce fragment contient une objection de Pascal à la doctrine des animaux machines, que Descartes avait accréditée. Voir X, 4, p. 190, note 4.

s >i Certains auteurs. » A qui Pascal en voulait-il dans ces phrases piquantes? Nous renonçons à le deviner,

•^ « Pignon sur rue. » Une propriété qui est sur une rue a plus d'importance qu'une autre. D'où cette expression proverbiale.

' « J'aime la pauvreté. » Publié, mais avec des altérations, dans la Vie de Pascal par madame Périer. Voir la note 36 sur cette Vie.

' « L'a aimée. » « Bienheureux vous qui êtes pauvres, car le royaume » de Dieu est à vous. » Luc vi , 20.

ARTICLR XXIV. 407

.raimc les biens, parce qu'ils donnent le moyen d'en assister les misérables'. Je garde fidélité à tout le monde. Je [ne] rends pas le mal à ceux qui m'en font; mais je leur souhaite une condition pareille à la mienne, où l'on ne reçoit pas de mal ni de bien de la part des hommes, .l'essaie d'être juste, véritable , sincère et fidèle à tous les hommes, et j'ai une tendresse de cœur pour ceux que Dieu m'a unis plus étroitement; et soit que je sois seul, ou à la vue des hommes, j'ai en toutes mes actions la vue de Dieu qui doit les juger , et à qui je les ai toutes consacrées. Voilà quels sont mes sentiments; et je bénis tous les jours de ma vie mon Rédempteur qui les a mis en moi, et qui, d'un homme plein de faiblesse, de misère, de concupiscence, d'orgueil et d'ambition, a fait un homme exempt de tous ces maux^ par la force de sa grâce , à laquelle toute la gloire eu est due, n'ayant de moi que la misère et l'erreur '.

La nature a des perfections pour montrer qu'elle est 1*1-

' a Les misérables, i- Sur le zèle de Pascal à servir les misérables , voir sa Vir par madame Périer.

' « De tous ces maux. » Est-ce un chrétien qui parle, ou le Sage du stoïcisme?

* « Et l'erreur. >- Malgré cette réserve, et malgré le respect que commande lu nom do Pascal, comment ne pas s'étonner (pi'il ait osé se rendre un tel témoignage, et le consigner par écrit I On croit entendre la prière du pboiisieo. a Le pharisien priait ainsi en lui-même : Seigneur, je vous » rends grâce de ce que je ne suis pas comme les autres hommes , qui u sont voleurs, iniques, adultères, ou comme ce publicain. Je jeune deux u fois la semaine, je donne la dlmc de tout (( ([ue je possède. Le publicain M au contraire, se tenant éloigné, n'osait pas même lever les yeux au ciel, » mais il se frappait la poitrine, disant : Seigneur, ayez pitic d'un pécheur u comme moi. Et Jésus reprit: « Je vous dis que celui-ci s'en retourna » chez lui justifié plutôt que l'autre , car tout honnne qui s'élève sera » rabaissé, et tout homme qui s'abaisse sera relevé. » Luc, xviii, 11. — Jc^us aurait-il été moins sévère, quand le pharisien aurait parlé en janséniste, quand il aurait rapporté son mérite à la grâce, et qu'il aurait dit : Je vous remercie de ce que la grâce m'a été donnée plutôt qu'a d'autres, de ce que je suis un favori au milieu des réprouvés? « Les élus ignow reront leurs vertus , » dit nilleur» pascal (13).

mage de Dieu ; et des défauts, pour montrer qu'elle n'en est que l'image.

Les hommes sont si nécessairement fous , que ce serait être fou par un autre tour de folie , de ne pas être fou.

Otez * la jn-obahilité; on ne peut plus plaire au monde ; mettez la jjrohahilité , on ne peut plus lui déplaire.

L'ardeur des saints à rechercher et pratiquer le hien était inutile, si Xdi ])robahiUté est siire.

Pour faire ^ d'un homme un saint , il faut bien que ce soit la grâce; et qui en doute, ne sait ce que c'est que saint et qu'homme.

On aime* la sûreté. On aime que le pape soit infaillible en la foi , et que les docteurs graves le soient dans les mœurs, afin d'avoir son assurance.

11 ne faut pas juger de ce qu'est le pape par quelques paroles des Pères, comme disaient les Grecs dans un concile *, règle importante , mais par les actions de l'Église et des Pères, et par les canons.

' « otez. ■» Voir 21 , et les Provinciales.

^ « Pour faire. » Voir 69.

' « On aime. « Celte pensée frappe les Jésuites par deux tranchants, en raillant à la fois l'infaillibilité du pape, et les docteurs graves. On sait assez par les Provinciales (voir particulièrement la cinquième) ce que c'était qu'un docteur grave, suffisant pour donner à ses opinions en morale le caractère de la probabilité.

* « Dans un concile. » On lit dans Bossuet (Bemarqnes nur l'Histoire des

Le pape est premier. Quel autre est connu de tous? Quel autre est reconnu de tous? ayant pouvoir d'insinuer dans tout le corps, parce qu'il tient la maîtresse branche, qui s'insinue partout ? Qu'il était aisé de faire dégénérer cela en tyrannie! C'est pourquoi Jésus-Christ leur a posé ce précepte : l'os autem non sic^.

L'unité et la multitude* : Duo aut très. In unum^. Erreur à exclure l'une des deux , comme font les papistes qui excluent la multitude, ou les huguenots qui excluent l'unité.

conciles d'Ephèse et de Chalce'doine , de 31. Dupin , chap. I*"", cinquième remarque) : « C'est entrer dans l'esprit des Grecs schismatiques, qui, dans w le concile de Florence, voulaient prendre pour honnêteté et pour com- » pliment tout ce que les Pères écrivaient aux papes pour se soumettre à » leur autorité. » Bossuet blâme ici ce principe des Grecs, que Pascal prend pour règle; mais Bossuet parle comme Pascal dans son fameux ouvrage posthume. Defensio declaralionis cleri GaUicani, livre VI, chapitre H , où il montre que le pape Eugène , ayant voulu faire admettre par le concile cette clause : Ut papa habeat sua privilégia juxta canones et dicta sanctorum , fut obligé de renoncer à ces derniers mots; et le concile ne reconnut la puissance pontificale que suivant qu'elle avait été déterminée par les actes des conciles et par les canons. Le concile général do Florence, où les Latins et les Grecs s'unirent dans un symbole commun, est de I 439.

' « Non sic. » Luc, xxii, 26 : € Les disciples contestant entre eux » sur la primauté, Jésus leur dit : Les rois des nations commandent en » maîtres. Qu'il n'en soit pa^ ainsi parmi vous: mais (juc celui qui est le » plus grand devienne comme le plus petit, et celui qui commande comme » celui qui sert. »

* « Et la multitude. » Cela sera expliqué au paragraphe 8i.

^ « Duo aut très. In unum. » Pascal parait avoir en vue un passage de la première épltre aux Corinthiens, xiv. Saint Paul se plaint que, dans les assemblées des fidèles, quand l'Église tout entière se réunit en un seul corps (ji ergo conreniat universa Ecclesia in unutn, 23), il y en a trop qui veulent montrer qu'ils ont reçu de Dieu l'esprit de prophétie, ou le don des langues , de façon qu'on y entend à la fois toutes sortes de langues et toutes sortes de révélations , et il ajoute : » Si donc il y en a » qui aient le don des langues, qu'on n'en entende que deux ou trois au u plus, et chacun à son tour, et qu'il y ait un interprète pour traduire » leurs parolo?. » Et un peu plus loin : « Que deux ou trois prophétisent » {duo aut 1res dicant), et (\uc les autres écoutent et jugent. >• Pascal, qui use et abuse de< textes, parait avoir détourné relui-ci, dans sa pensée, h

Il y a hérésie à expliquer toujours omnes de tous , et hérésie à ne le pas expliquer quelquefois de tous. Blhite ex hoc omnes ^ : les huguenots, hérétiques, en l'expliquant de tous ^. In quo omnes peccaverunt ' : les huguenots , hérétiques , en exceptant les enfants des fidèles*. Il faut donc suivre les Pères et la tradition pour savoir quand , puisqu'il y a hérésie à craindre de part et d'autre *.

Tout nous peut être mortel , même les choses faites pour nous servir; comme, dans la nature , les murailles peuvent nous tuer, et les degrés nous tuer, si nous n'allons avec justesse.

Le moindre mouvement importe à toute la nature ; la mer entière change pour une pierre ^ Ainsi, dans la grâce, la

signifier qu'il peut y avoir dans l'Église, non pas une seule opinion (celle du pape) mais deux ou trois, c'est-à-dire plusieurs , à la condition que cette pluralité se réduira à l'unité^ in unum , par une décision collective (celle des conciles).

' « Ex hoc omnes. « « Buvez-en tous , car ceci est mon sang. » Paroles de Jésus-Christ à la Cène. Matth., xxvi , 27.

' « De tous.» Car, suivant la doctrine de l'Église, il n'y a que ceux qui sont en état de grâce qui doivent boire le sang de Jésus-Christ dans la communion.

^ « Peccaverunt. « Rom. v, 12 : « De même que le péché estentré dans « le monde par un homme , en qui tous ont pe'che'. »

'' « Des fidèles. » Voir une longue discussion sur ce passage de saint Paul dans Bossuct, Défense de la tradition et des saints Pères, livre VI, chapitre 12 et suivants.

* « De part et d'autre. » Il semble que l'intention de ce fragment est d'insinuer qu'il peut être permis de dire quo Jésus-Christ n'est pas mort pour tous.

^ « Pour une pierre. » Assertion très-contcstablc , fondée sur l'hypothèse cartésienne du plein absolu et continu dans la nature. Si tout est plein, aucune force, aucune action ne se perd dans le vide; il y a communication infinie du moindre mouvement imprimé en un point quelconque de la matière.

moindre action importe pour ses suites h tout. Donc tout est important.

Kn chaque action, il faut regarder, outre l'action, notre état présent, passé, futur, et des autres* à qui elle importe, et voir les liaisons de toutes ces choses. Et lors ou sera bien retenu-,

Tous les hommes se haïssent naturellement l'un l'autre. On s'est servi comme on a pu de la concupiscence pour la faire servir au bien public. Mais ce n'est que feinte, et une fausse image de la charité; car au fond ce n'est que haine.

Ce vilain fond de l'homme, ce /îgmentum malum^, n'est que couvert; il n'est pas 6té.

[Si l'on veut dire* que l'homme est trop peu pour mériter la communication avec Dieu , il faut être bien grand pour en juger.]

L'homme n'est pas digne de Dieu, mais il n'est pas incapable d'en être rendu digne.

Il est indigne de Dieu de se joindre à l'homme misérable; mais il n'est pas indigne de Dieu de le tirer de sa misère.

• o El des autres. » Et l'état présent, passé, futur, des autres personnes à qui elle importe.

' a Bien retenu, u Ce fragment est dirigé contre la morale relâchée des casuistes.

^ « rij;mentiini mnlum. » On lit au psaume cil, 14: « Dieu sait bien » do quc'iie matière nous sommes faits : quoniam ipte coguoiil lignuiituni » nostrum. » — Cf. VI, 20.

* o Si 1 on veut dire. » Ce fragment avait été barré par Pascal. Cf. XII, 9, p. 2(8.

...Les malheureux*, qui m'ont obligé de parler du fond

delà religion!... Des pécheurs purifiés sans pénitence, des

justes justifiés sans charité, tous les chrétiens sans la grâce

de Jésus-Christ, Dieu sans pouvoir sur la volonté des

hommes, une prédestination sans mystère, une Rédemption

sans certitude !

Unité 2, multitude. En considérant l'Église comme unité, le pape quelconque est le chef, est comme tout. En la considérant comme multitude , le pape n'en est qu'une partie. Les Pères l'ont considérée , tantôt en une manière , tantôt en l'autre. Et ainsi ont parlé diversement du pape. Saint Cyprien : Sacerdos Dei *. Mais en établissant une de ces deux vérités, ils n'ont pas exclu l'autre. La multitude qui ne se réduit pas à l'unité est confusion; l'unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie. Il n'y a presque plus que la France où il soit permis de dire que le concile

est au-dessus du pape.

Dieu ne fait point de miracles dans la conduite ordinaire

1 « Les malheureux. >' C'est encore ici comme un fragment des Provinciales; ces vialheureux sont les Jésuites. 11 entend qu'il a été conduit par leurs attaques à montrer qu'ils ont corrompu la religion dans son fond même. 11 va dire comment. Voir, à la suite de la Vie de Pascal, la note sur les doctrines du jansénisme. — On lit encore à un autre endroit du manuscrit : « Ces malheureux , qui nous ont obligé de parler des mi- » racles 1 »

'-' « Unité. » En titre : Eglise, Pape. Cf. 77,

' '< Sacerdos Dei. » Le prêtre de Dieu (par excellence). Saint Cyprien appelle ainsi le pape, dont il soutient fortement la prééminence dans son livre sur l'Unité de l'Église. Mais le même saint Cyprien combattit énergiquenient le pape saint Etienne sur un point de doctrine, et refusa de céder à son autorité. Il aurait cédé, dit saint Augustin, si la vérité avait été manifestée par un concile universel. Voir sur ce dissentiment entre saint Cyprien et le pape la Défense de l'Eglise gallicane de Bossuet, dissertation préliminaire, 67 sqq. et livre IX, chap. 3.

AiniCLi: XXIV. /tia

de son K^liso. C'en serait un étrange, si riiitaillibilité était dans un; mais d'être dans la multitude, cela parait si naturel, que la conduite de Dieu est cachée sous la nature, comme en tous ses autres ouvrages.

5»/;* ce que la religion chrétienne n'est pas nniqne. — Tant s'en faut que ce soit une raison qui fasse croire qu'elle n'est pas la véritable , qu'au contraire , c'est ce qui fait voir qu'elle l'est».

L'éloquence est un art de dire les choses de telle façon, r que ceux à qui l'on parle puissent les entendre^ sans peine, et avec plaisir; 2° qu'ils s'y sentent intéressés, en sorte que l'amour-propre les porte plus volontiers à y faire réflexion. Elle consiste donc dans une correspondance qu'on tâche d'établir entre l'esprit et le cœur de ceux à qui l'on parle d'un côté, et de l'autre les pensées et les expressions dont on se sert ; ce qui suppose qu'on aura bien étudié le cœur de l'homme pour en sa\oir tous les ressorts, et pour trouver ensuite les justes proportions du discours qu'on veut y assortira II faut se mettre à la place de ceux qui doivent

' « Qu'elle l'est. » Parce qu'elle-mêmo enseigne qu'il y aura toujours des croyances contraires : oportet et hœre^es esse (I Cor., xi, I9j. Mais Pascal s'est mal exprimé. 11 veut dire seulement que, sans cela, la religion ne serait pas vraie; et non que cela suflise pour qu'elle le soit.

- € Les entendre. » Dans le sens de les comprendre. 11 faut d'abord que l'on nous comprenne, sans peine, et avec plaisir; ce fjui suppose des idées justes et claires et des raisonnements bien faits, ri f*? (*«''''»''"■' jaîiuî r,$i, çioii i:â»ivi<rti, disait Aristolc (Rhét., III, 40). Voilà pour l'esprit , ce qui suit est pour le cœur.

' « V assortir. « Cette rhétorique philosophique est la même dont Platon a le premier exposé les principes dans le Phèdre : « Puisque l'n'uvre » de rélo(|uencc est une espèce d'évocation des âmes (i'j/avwv'ij, celui qui » veut être orateur doit nécessairement connaître .'i fond l'ùme humaine , » etc. (paî:e ?71}.

nous cntendre% et faire essai sur son propre cœur du tour qu'on donne à son discours, pour voir si l'un est fait pour l'autre , et si l'on peut s'assurer que l'auditeur sera comme forcé de se rendre. Il faut se renfermer , le plus qu'il est possible, dans le simple naturel; ne pas faire grand ce qui est petit, ni petit ce qui est grande Ce n'est pas assez qu'une chose soit belle , il faut qu'elle soit propre au sujet, qu'il n'y ait rien de trop ni rien de manque.

L'éloquence est une peinture de la pensée; et ainsi, ceux qui , après avoir peint , ajoutent encore , font un tableau , au lieu d'un portrait *.

S'il ne fallait '' rien faire que pour le certain , on ne devrait rien faire pour la religion ; car elle n'est pas certaine. Mais combien de choses fait-on pour l'incertain , les voyages

' « Nous entendre. » C'est aussi le précepte de Ciccron : de Oratore, II, 24. '

* « Ce qui est grand. » « L'art se décrédite lui-même; il se trahit en » se montrant. Isocrate , dit Longin , est tombé dans une faute de petit « écolier... Et voici par où il débute [dans le Panégyrique] : Puisque le » Discours a naturellement la vertu de rendre les choses grandes petites » et les petites grandes; qu'il sait donner les grâces de la nouveauté aux » choses les plus vieilles, et qu'il fait paraître vieilles celles qui sont nou- » vellement faites... En faisant de cette sorte l'éloge du Discours, il fait » proprement un exorde pour avertir ses auditeurs de ne rien croire de ce » qu'il va dire. » Fénelon, Lettre sur les occupations de l'Académie française, § IV.

^ « D'un portrait. » Voir Méré, Discours de la Conversation, p. 59 : « On compare souvent l'éloquence à la peinture; et je crois ([ue la plupart » des choses qui se disent dans le monde sont comme autant de petits por- » traits, qu'on regarde à part et sans rapport, et qui n'ont rien à se de- » mander. On n'a pas le temps de faire de ces grands tableaux , » etc. Cette pensée n'est pas du tout la même que celle de Pascal , qui est que l'éloquence doit être le portrait exact de la pensée , et non un tableau d'imagination. Mais Pascal a peut-être pris à Méré l'idée de cette comparaison entre l'éloquence et la peinture, et ces expressions de tableau et de portrait.

* « S'il ne fallait » Cf. v, 9. page 75.

sur mer , les batailles ! Je dis donc qu'il ne faudrait rien faire du tout, car rien n'est certain; et qu'il y a plus de certitude' à lareligiou, que non pas que nous voyions le jour de demain : car il n'est pas certain que nous voyions demain , mais il est certainement possible que nous ne le voyions pas. On n'en peut pas dire autant de la religion. Il n'est pas certain qu'elle soit; mais qui osera dire qu'il est certainement possible qu'elle ne soit pas^? Or, quand on travaille pour demain, et pour l'incertain, on agit avec raison. Car on doit travailler pour l'incertain , par la règle des partis' qui est démontrée*.

' « Plus de certitude. » La certitude n'a pas de plus et de moins.

■ « Qu'elle ne soit pas. » Il y a ici une confusion manifeste. Pascal transporte la considération du possible dans un ordre de choses qui ne la comporte pas. Pour les faits, pour les choses accidentelles, ou, comme on dit en philosophie, contingentes, il y a être, il y a n'être pas, il y a, avant l'événement, être possible. Mais pour les principes absolus et indépendants de tout événement, ils sont simplement vrais ou faux; là la considération du possible n'a plus lieu. Pour être certain qu'un fait quelconque peut n'être pas, il n'y a pas besoin d'être certain que ce fait n'est pas en effet; car telle chose est, qui pourrait ne pas être. Mais pour être certain que Dieu peut ne pas être, il faudrait être certain qu'il n'est pas; car s'il est, il ne pouvait pas ne pas être. Etre incertain s'il est, ou être incertain s'il peut être, c'est la même chose, c'est un seul et même doute, et non deux degrés de doute différents. L'argument de Pascal mènerait jusqu'à l'absurde. Supposons qu'on présente à un homme cette proposition : Les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits et demi ; et que cet homme ne sache pas assez de géométrie pour affirmer que cette proposition n'est pas vraie; dès lors, et par cela seul, il est également incapable d'affirmer qu'elle peut n'être pas vraie. Lui dira-t-on : Voici une proposition douteuse pour vous, mais qui pourtant doit vous paraître plus sûre qu'il n'est sur que vous viviez demain; car vous êtes certain que vous pouvez ne pas vivre demain, et vous n'êtes pas certain que cette proposition puisse n'être p^s vraie?

^ « Des partis, u Voir le second fragment du paragraphe v, 9 , et x, 1 , page 177.

* « Démontrée. » Si elle est démontrée, il ne faut donc pas dire que rien n'est certain. Cela même, (ju'on doit agir pour l'incertain, il faut que ce soit une certitude. Et si la rèjle den partis était incertaine, Pascal ne pourrait nous proposer d'agir d'après la règle des partis.

ilC PASCAL. — PENSÉES.

La nature de l'homme n'est pas d'aller toujours , elle a ses allées et venues. La fièvre a ses frissons et ses ardeurs, et le froid montre aussi bien la grandeur de l'ardeur de la fièvre que le chaud même. Les inventions des hommes de siècle en siècle vont de même. La bonté et la malice du monde en général en est de même' : Plerumque gratœ principihus vices^,

Il faut avoir* une pensée de derrière', et juger de tout par là , en parlant cependant comme le peuple ^

La force * est la reine du monde , et non pas l'opinion ; mais l'opinion est celle qui use de la force.

[Le hasard' donne les pensées, le hasard les ùte; point d'art pour conserver ni pour acquérir.]

' « En est de même. « C'est-à-dire, il en est de même de la bonté et de la malice du monde, — 11 n'y a que trop de vérité dans cette pensée de Pascal ; elle n'est pas cependant, nous l'espérons, toute la vérité. Si la nature de l'homme n'est pas d'aller toujours; si, à mesure qu'il avance, il recule ensuite, du moins il ne recule pas toujours autant qu'il avance. La cause de la raison et de la justice avait bien gagné déjà dans le monde au temps de Pascal , elle a gagné depuis davantage. Que ceux qui emploient leurs forces à servir cette cause ne se flattent donc pas , mais qu'ils ne désespèrent pas non plus.

'■' « Principibus vices. » Horace, OcI., III, xxix , 13 : « Les grands se » plaisent à essayer tour à tour des contraires. >■ Le texte dit, les riches, dioUibus. C'est la seconde citation d'Horace que nous trouvons dans Pascal.

3 « 11 faut avoir. » En titre, Raison des effets (voir l'article v).

' « De derrière. « Cf. v, 2. On lit encore, à un autre endroit du manuscrit : >i J'aurai aussi mes pensées de derrière la tête. »

' « Le peuple. » Sur ce que Pascal entend par le peuple, voir les notes sur V, 2.

"^ « La force. » Pascal contredit ici ou du moins modifie ce qu'il avait dit ailleurs (v, 5).

' n Le hasard. » Pascal avait barré ce fragment.

AlUlCLt XXIV. ^ .17

Est fait prêtre qui veut l'être, comme sous Jéroboam'. C'est une chose horrible qu'on nous propose la discipline de l'Kglise d'aujourd'hui pour tellement bonne, qu'on fait un crime de la vouloir changer. Autrefois elle était bonne infailliblement, et on trouve qu'on a pu la changer sans péché; et maintenant, telle qu'elle est, on ne la pourra souhaiter changée! Il a bien été permis de changer la coutume de ne faire des prêtres qu'avec tant de circonspection, qu'il n'y en avait presque point qui en fussent dignes^; et il ne sera pas permis de se plaindre de la coutume, qui en fait tant d'indignes' !

* a Jéroboam, i» 111, floi's, xii, 31 : « El il prit des prêtres dans les » derniers du peuple, qui n'étaient pas des enfants de Lévi. »

^ « Qui en fussent dignes. » QnW n'y avait presque point de fidèles qui fussent dignes d'être prêtres.

■^ « Tant d'indignes. » Ce fragment appartient encore à la polémique contre la religion relâchée. Les jansénistes reprochaient à la discipline ecclésiastique de leur temps d'avoir abaissé et comme dégradé, avec la grjce même de Jésus-Christ , les instruments de cette grâce, la direction des consciences, les sacrements de la Pénitence et de l'Eucharistie, et le caractère auguste du préire, dispensateur de la parole, des sacrements, de la grâce même. Il faut voir dans le Port Hoyal de M. Sainte-Beuve, t. I, page 454 et suivantes, l'idée que le maître du jansénisme français, Saint-Cyran , se faisait du sacerdoce. Il croit que c'est à peine si on peut trouver un bon prêtre sur di.x mille. Le prêtre est iilus qu'un aivje ; combien donc doit-il être pur ! Les hommes de Port Royal ne redoutaient rien tant que ce fardeau de la prêtrise; ils ne le recevaient que forcés. Voici enfin ce qu'on lit daus l'interrogatiore de Saint-Cyran à Vincennes ( Hecueil d'i'trechi, p. 1 38, n» 207 ) : « Interrogé s'il n'a pas dit qu'un homme « qui a une fois péché contre la chasteté ne doit point se porter au sa- » cerdoce, a d.t... qu'il sait assez ([u'il y a des canons ciui veulent qu'on » reçoive des pénitents lorsqu'on ne trouve pas des innocents. Avoue avoir 1) dit à que'ques-uns , afin de tempérer l'ardeu^ qu'ils avaieril de si faire » prêtres, que l'Eglise n'a reçu, jusqu'au septième siècle, que ceux qui » avaient conserve leur innocence (a)... et c'eut peut-Hre un des sujets » pour lesquels il a tant relevé ta puieté de l'Iùjliae en ses premiers siècles, mais..., » etc. Pascal n'est que l'écho de ces oracles.

(a) Saint-Cyran a-t-il pu oublier tant de pénitents devrnus prêtres ut saints, et saint Augustin avant tous!

On ne consulte* que l'oreille, parce qu'on manque de cœur.

Il faut^, en tout dialogue et discours, qu'on puisse dire à ceux qui s'en offensent : De quoi vous plaignez-vous ?

Les enfants* qui s'effrayent du visage qu'ils ont barbouillé, ce sont des enfants; mais le moyen que ce qui est si faible, étant enfant, soit bien fort étant plus âgé! On ne fait que changer de fantaisie ^

Incompréhensible que Dieu soit, et incompréhensible qu'il ne soit pas; que l'âme soit avec le corps, que nous n'ayons pas d'âme ; que le monde soit créé, qu'il ne le soit pas% etc.; que le péché originel soit, et qu'il ne soit pas.

' « On ne consulte. » Cette phrase se trouve parmi des notes qui se rapportent aux critiques que les Jésuites avaient faites des Provinciales, en essayant d'en détruire l'effet. 11 paraît qu'entre autres remarques, on avait relevé dans le style de Pascal quelques phrases dures et désagréables à l'oreille, et Pascal répond dédaigneusement que ceux qui s'attachent à ces minuties et qui mesurent par là l'éloquence sont des gens qui ne sentent rien. Le P. Daniel, qui dans ses Entretiens de Cléandre et d'Eudoxe, en 1694, a sans doute fondu ces anciennes réponses aux Provinciales, signale , dans son quatrième Entretien , une phrase de la première Lettre où il y a trois qu'il tout de suite qui sont bien rudes. Cf. vu, 21 .

- « Il faut. » 427. Ce fragment se rapporte sans doute encore, dans la pensée de Pascal, à la justification des Provinciales.

^ a Les enfants. » On a vu déjà cette image (iv, 1, page 64), que Pascal a empruntée à Montaigne, et Montaigne à Sénèque. Sénèque ajoute, comme Pascal, que les hommes sont encore des enfants : hoc nobis quoque majusculis pueris evenit.

'' « De fantaisie. » C'est-à-dire d'imagination, d'illusion. On lit encore à la même page du manuscrit ; « Tout ce qui se perfectionne par progrès » périt aussi par progrès. Tout ce qui a été faible ne peut jamais être )) absolument fort. On a beau dire : 11 est cru, il est changé. 11 est aussi u le même. »

* « Qu'il ne le soit pas. » Ce sont précisément les antinomies de Kant (ou lois contraires de la raison). Voir la Critique de la raison pure-

ARTICLK XXIV 419

Les athées doivent dire des choses parfaitement claires ' î or il n'est point parfaitement clair que l'àme soit matérielle*.

Incrédules*, les plus crédules. Ils croient les miracles de Vespasien*, pour ne pas croire ceux de Moïse.

Écrire contre ceux qui approfondissent trop les sciences. Descartes.

[Il faut dire* en gros : Cela se fait par figure et mouvement , car cela est vrai. Mais de dire quels, et composer la machine, cela est ridicule; car cela est inutile, et incertain' et pénible. Et quand cela serait vrai , nous n'estimons pas que toute la philosophie vaille une heure de peine'.]

' « Parfaitement claires. » Puisque le reproche qu'ils font aux croyants est celui de croire ce qui n'est pas clair.

- « Matérielle. « On volt bien que celte phrase de Pascal est ad hominem ; c'est comme s'il disait qu'ils sont bien obligés d avouer eux-mêmes que cela n est pas parfaitement clair.

^ a Incrédules. « La phrase complète serait: Les incrédules sont précisément les gens les plus crédules.

' « De Vespasien. » Rapportés par Tacite, Suétone et Josèphe. Tacite raconte {Hisl., IV, 81) comment Vespasien guérit à la fois dans Alexandrie, sur leur demande, un paralytique, et un aveugle, en mouillant de sa salive les yeux de l'ayeugle, et foulant sous son pied la main du paralytique. Il ajoute : « Ces deux prodiges, des témoins oculaires les attestent » encore aujourd'hui, qu'il n'y a plus rien à gagner à mentir. • Grolius dit (IV, 8J que si ce miracle est vrai, il peut être l'effet d'une permission divine, qui avait pour objet de rendre Vespasien vénérable aux peuple», et de le faire arriver plus facilement à l'empire, pour remplir les desseins do Dieu sur les Juifs. La critique de Pascal est, comme on voit, moins timide.

' a 11 faut dire. » En titre. Descaries. Cette pensée est barrée dans le manuscrit.

• o Et incertain. » On lit encore, p. 415 du manuscrit : « Descartes * inutile et incertain. »

' « Dne heure de peine. » Il est clair que cela s'applique à la phUo-

Athéisme' marque de force d'esprit, mais jusqu'à uu certain degré seulement.

Sophie physique de Descartes, et surtout au livre De principiis philosophiœ, auquel s'attaque déjà un des fragments les plus célèbres et les plus considérables de Pascal (I, 1 , p. 9, etc.). Mais il n'estimait guère plus sa métaphysique, comme on l'a vu par les fragments dont se compose l'article xxii.

On lit dans les mémoires de Marguerite Périer {Lettres, opuscules, etc., p. 4-58) : « M Pascal parlait peu de sciences; cependant, quand l'occasion » s'en présentait, il disait son sentiment sur les choses dont on lui parlait. » Par exemple, sur la philosophie de M. Descartes, il disait assez ce qu'il » pensait. 11 était de son sentiment sur l'automate, et n'en était point sur " la matière subtile , dont il se moquait fort. Mais il ne pouvait soufi'rir sa » manière d'expliquer la formation de toutes choses ; et il disait très-sou- » vent : Je ne puis pardonner à Descartes ; il aurait bien voulu, dans toute » sa philosophie, pouvoir se passer de Dieu, mais il n'a pu s'empccher de » lui faire donner une chiquenaude, pour mettre le monde en mouvement : » après cela, il n'a plus que faire de Dieu. »

Mais est-ce donc peu de chose, que ce que Pascal accorde à Descartes, (ju'il est vrai que tout se fait par figure et par mouvement? Une pareille conclusion ne vaut-elle pas qu'on prenne la peine de faire une philosophie? Et si Descartes, au risque de se tromper souvent, n'avait pas essayé de composer, avec telles figures et tels mouvements particuliers, une machine i|ue lui-même ne donne que pour ime hypothèse , aurait-il aussi bien convaincu de son principe et le monde et Pascal ? Il n'y a cjue les détails ((ui rendent les ii^'uiéralités sensibles , et qui les fassent pénétrer dans l'esprit.

* « Athéisme. » Cette pensée manque dans P. R., et dans la plupart des éditions. Elle avait été publiée par le P. Desmolets, mais gravement altérée; il avait écvit : Athéisme, manque de force d'esprit. M. Cousin a rétalali la véritable leçon.

Montaigne avait dit (1 , 54, p. 273) : « Des esprits simples, moins » curieux et moins instruicts , il s'en faict de bons chrestiens, qui par re- » verence et obéissance, croyent simplement, et se maintiennent soubs » les loix. En la moyenne vigueur des esprits , et moyenne capacité, s'on- » gendre l'erreur des opinions... Les grands esprits, plus rassis et clair- » voyants, font un aultre genre de biencroyants , » etc. Voilà bien le.î degrés de Pascal: d'abord la simplicité qui se laisse bonnement aller à croire; puis l'incrédulité, qui est déjà de la force; puis une force supérieure qui donne une croyance savante et rétîéchie. On peut douter que Montaigne, qui se range lui-môme, un peu plus loin, parmi les gens d'entre deux, soit aussi sincère que Pascal dans l'hommage qu'il rend aux esprits arrivés au dernier eslage. Du moins, son disciple Charron, dans un passage du chapitre 3 du premier de ses Trois licres pour la

AHTICLh XXV. 4il

AKTICLE WV.

PENSÉES l'IBLlÉES DEPUIS I8i3.

Quand notre passion nous porte à faire quelque chose , nous oublions notre devoir. (]omme on aime un livre, on le lit, lorsqu'on devrait faire autre chose. .>rais, pour s'en souvenir, il faut se proposer de faire (jucUiue chose qu'on hait ; et lors on s'excuse sur ce qu'on a autre chose à faire, et on se souvient de son devoir par ce moyen.

Quel dérèglement de jugement, par lequel il n'y a personne qui ne se mette au-dessus de tout le reste du monde, et qui n'aime mieux son propre bien , et la durée de son bonheur, et de sa vie , que celle de tout le reste du monde!

Il y a des herbes- sur la terre; nous les voyons; de la lune ou ne les verrait pas. Kt sur ces herbes, des poils; et dans ces poils de petits animaux : mais après cela, plus

reli'jion ca'UoUque j cité ici par M. Faugèrej, dit iiue l'athéisme absolu ne peut loger qu'en une âme extrc^mement forte et hardie, et qu'il faut autant et peut-être plus de force pour se jeter dans une incrédulité entière que i)our se tenir toujours bien ferme dans la foi : que ce sont la les deux extrémités opposées, toutes deux trùs-rares et très-dilTiciles, mai» la premiire encore ijIu». Pascal ne pouvait accepter l'orgueil de ce langage : celui de Montaigne lui convenait mieux Cf. m, 18, et les notes.

' a Article XXV. » Tous les fragments compris dans cet article étaient incooDus avant M. Cousin et .M. Faugère.

' « 11 y a des herbes. » Ce fragment est une réponse aux objections que soulèvent les idées do Pascal sur l'infini en petit dans la nature. Voir I, I , piigc ij. et les notes.

i22 PASCAL. — PENSÉES.

rien*. — 0 présomptueux! — Les mixtes sont composés d'éléments; et les éléments, non^ 0 présomptueux! Voici un trait délicat ^ Il ne faut pas dire qu'il y a ce qu'on ne Yoit pas '; il faut donc dire comme les autres, mais non pas* penser comme eux.

... Non-seulement* nous regardons les choses par d'autres côtés, mais avec d'autres yeux ; nous n'avons garde de les trouver pareilles.

II n'est pas honteux à l'homme de succomber sous la douleur, et il lui est honteux de succomber sous le plaisir. Ce qui ne vient pas de ce que la douleur nous vient d'ailleurs, et que nous recherchons le plaisir; car on peut rechercher la douleur, et y succomber à dessein, sans ce genre de bassesse. D'où vient donc qu'il est glorieux à la raison de succomber sous l'effort de la douleur, et qu'il lui est honteux de succomber sous l'effort du plaisir? C'est que ce n'est pas la douleur qui nous tente et nous attire'. C'est nous-mêmes qui volontairement la choisissons et voulons la

' « Plus rien. » Ce n'est pas Pascal qui parle, c'est quelqu'un de ceux qui résistent à ses hypothèses, qui ne veulent pas voir tout ce qu'il prétend faire voir dans un ciron ; c'est le chevalier de Méré par exemple (cf. p. 5, note 1). Et Pascal répond : 0 présomptueux!

2 '« Les éléments, non. » Voir l'opuscule intitulé De l'esprit géométrique.

3 a Un trait délicat. » Est-ce comme il a dit ailleurs , un point très-délicat (p. 2), c'est-à-dire très-délié? Voici un point imperceptible : y a-til encore une multiplicité, un infini dans ce point?

^ « Ce qu'on ne voit pas. » S'il ne faut pas le dire, pourquoi donc l'at-il dit si hautement (p. 6)?

' « Mais non pas. » Voir xxiv, 90.

* « Non-seulement. » Pascal veut sans doute expliquer comment les jugements que portent les hommes changent suivant leurs intérêts et leurs affections.

' « Et nous attire. » Même dans le cas où c'est nous qui Talions chercher.

faire dominer sur nous; de sorte que nous sommes maîtres de la chose; et en cela c'est l'homme qui succomhe à soimême* : mais dans le plaisir, c'est l'homme qui succombe au plaisir. Or il n'y a que la maîtrise et l'empire qui fait la gloire, et que la servitude qui fait la honte.

Ceux qui*, dans de fâcheuses affaires, ont toujours bonne espérance , et se réjouissent des aventures heureuses ; s'ils ne s'affligent également des mauvaises, sont suspects d'être bien aises de la perte de l'affaire ; et sont ravis de trouver ces prétextes d'espérance pour montrer qu'ils s'y intéressent, et couvrir par la joie qu'ils feignent d'en concevoir celle qu'ils ont de voir l'affaire perdue.

Notre nature ' est dans le mouvement ; le repos entier est la mort.

Nous nous connaissons si peu, que plusieurs pensent aller mourir quand ils se portent bien , et plusieurs pensent se porter bien quand ils sont proche de mourir, ne sentent pas la fièvre prochaine, ou l'abcès prêt à se former.

La nature' recommence toujours les mêmes choses, les

' a A soi-même. « Mais si ce n'est pas lui iiiii est allé chercher la douleur? Dans ce cas c'est bien à une force étrangère (|u'il succombe ; mais il succombe en résistant, et non pas en cédant et en se livrant, comme au plaisir. 11 est abattu, mais non vaincu; il n'obéit pas.

' n Ceux qui. » Triste vérité amèrement relevée. Pascal a eu dans sa vie assez de fâcheuses affaires pour apprendre à connullro les amis dont il parle ici.

^ « Notre nature. » Cf. iv, I, pa^e 62. ' I.n n.ntiire n Voir O-t.

ans, les jours, les heures; les espaces de même et les nombres sont bout à bout à la suite l'un de l'autre. Ainsi se fait une espèce d'infini et d'éternel. Ce n'est pas qu'il y ait rien de tout cela qui soit infini et éternel , mais ces êtres terminés* se multiplient infiniment; ainsi il n'y a, ce me semble, que le nombre qui les multiplie qui soit infini.

Quand on dit que le chaud n'est que le mouvement de quelques globules ^ , et la lumière le cotiatus recedendi que nous sentons*, cela nous étonne. Quoi? que le plaisir* ne

• « Ces êtres terminés. » Quels êtres? il n'a parlé que de temps , d'espace et de nombre. Les parties de l'espace ou de la durée ne sont pas des êtres, ni les nombres non plus. Apparemment il entend parler des existences successives et limitées qui se peuvent compter dans l'espace et dans le temps. Je pense qu'il veut aboutir à ceci , que la matière n'est pas infinie, mais seulement le'nornbre qui la nniltiplie ; et, sous cette abstraction du nombre , il prétend sans doute saisir un infini réel , une substance des choses, un Dieu.

^ « De quelques globules. » C'est ce que soutient Descartes dans ses Principia philosophiœ, IV, 29. Sur la philosophie physique de Descartes, que Pascal suit dans tout ce fragment, cf. xxiv, 100.

■• « Que nous sentons. » Conalus recedendi (a ccntro), l'effort pour s'éloigner du centre, c'est ce que nous appelons force centrifuge. Descartes établit que la force centrifuge qui anime toute masse en rotation, et par conséquent celle du soleil, agissant de tous les points de la surface de cet astre sur la matière répandue dans l'espace entre le soleil et nous, produit sur £ette matière une pression qui se continue jusqu'au nerf optique, et dont le sentiment n'est autre chose que la sensation de la lumière [Princip. philos., III, 55, sqq.]. 11 donne ailleurs (IV, 80, sqq.) des explications analogues sur la lumière du feu terrestre. Cette théorie cartésienne de la lumière, après avoir paru quelque temps abandonnée, prévaut aujourd'hui de nouveau, sous le nom de doctrine de l'ondulation ou des ondes lumineuses. On regarde la pression communiquée par le point lumineux au lluide subtil ou éther répandu dans l'espace comme y produisant des ondes pareilles à celles qui se forment autour d'une pierre jetée dans l'eau j et ces ondes portent dans l'œil l'ébranlement qui donne la sensation de la lumière.

'' « Quoi? q\ie le plaisir. » Ce tour est un latinisme: Quid? qnod... C'est comme si on disait : Et ceci, que le plaisir ne soit, etc.; qu'en penserons-nous?

ARTICM. XXV. ',95

soit autre diose que le balkt des esprits'? Nous en avons conçu une si différente idée ! et ces sentiments-là nous semblent si éloignés de ces autres que nous disons être les mêmes que ceux que nous leur comparons-! Le sentiment du feu , cette chaleur qui nous affecte d'une manière tout autre que l'attouchement, la réception du son et de la lumière\ tout cela nous semble mystérieux, et cependant cela est grossier comme un coup de pierre'. Il est vrai que la petitesse des esprits qui entrent dans les pores ^ touchent d'autres nerfs, mais ce sont toujours des nerfs touchés.

Si un animal* faisait par esprit ce qu'il fait par instinct, et s'il parlait par esprit ce qu'il parle par instinct, pour la

' « Des esprits. » Cf. xxiv, 59, premier fragment. On croyait alors à l'existence de ce qu'on appelait les esprits animaux, ou simplement les e-iprili ; c'est-à-dire les parties les plus subtiles du sang qui circulait dans les nerfs , et qui étaient les principes de la sensibilité et du mouvement (voir Descaries, des Passions, I, 10). Cette hypothèse était si accréditée et si populaire qu'elle a donné certaines expressions à la langue, comme reprendre ses esprits. Une certaine agitation douce des esprits, agitation comparée ici à celle d'une danse, cause le plaisir {Princip. phil.^ IV, 80, et Traité des Pasfioiis, 11, 91).

- 1 Comparons. » La phrase est embarrassée, mais elle s'entend. Le sentiment des esprits en mouvement, par exemple, nous semble si éloigné de ce sentiment du plaisir, que nous disons pourtant être le même que celui que nous lui comparons.

•^ a Du son et de la lumière.» Princip. philos., IV, 194-195.

* « Coup de pierre. » Le fond de la pensée est de Descaries (voir tout le premier chapitre de la Dioptrique), mais Descartes n'a pas ce ton vif et brusque et ce style original.

* a Dans les pores. » Les esprits n'entrent pas dans les pores; les nerfs qui nous font sentir la chaleur, la lumière, etc., s'épanouissent à la surface même du corps comme tous les autres. 11 est vrai seulement qu'il n'y a que les nerfs de l'œil qui reçoivent l'impression de la lumière, ceux de l'oreille celle du son, etc.

" » Si un animal. « Ce fragment se rapporte aux débats que soulevait le système de Descartes sur les animaux, qu'il considérait comme des machines. Pascal était de ion teutiment sur l'automate, au témoignage des Mémoires de .Marguerite Périer. Voir X. 4, page 190, note 4.

42f. PASCAL. — PENSÉES.

chasse , et pour avertir ses camarades que la proie est trouvée ou perdue , il parlerait bien aussi pour des choses où il a plus d'affection, comme pour dire : Rongez cette corde qui me blesse , et où je ne puis atteindre *.

Nous ne nous soutenons pas dans la vertu par notre propre force, mais par le contre-poids de deux vices opposés, comme nous demeurons debout entre deux vents contraires: ôtez un de ces vices, nous tombons dans l'autre^

Ils disent que les éclipses présagent malheur , parce que les malheurs sont ordinaires; de sorte qu'il arrive si souvent du mal, qu'ils devinent souvent; au lieu que s'ils disaient qu'elles présagent bonheur , ils mentiraient souvent. Ils ne donnent le bonheur qu'à des rencontres du ciel rares ; ainsi ils manquent peu souvent à deviner.

La mémoire' est nécessaire pour toutes les opérations de l'esprit.

' « Atteindre. » A un autre endroit du manuscrit, on trouve : « L'his- » toire du brochet et de la grenouille de Liancourt. Ils le font toujours, et » jamais autrement, ni autre chose d'esprit. )> J'ignore l'histoire de ce brochet et de cette grenouille, mais il paraît que le duc de Liancourt, ami de MM. de Port Royal, avait coutume d'opposer des exemples de ce genre aux raisonnements de ceux qui tenaient pour le système des bêtes automate?. On lit dans les Mémoires de Fontaine, t. II, p. 470 : « M. Ar- » nautd... qui était entré dans le système de Descartes sur les bêtes, sou- » tenait que ce n'était que des horloges... M. de Liancourt lui dit : J'ai B là-bas deux chiens qui tournent la broche chacun leur jour; l'un s'en trouu vant embarrassé, se cacha lorsqu'on l'allait prendre, et on eut recours à » son camarade pour tourner au lieu de lui. Le camarade cria, et fit signe » de la queue qu'on le suivît. Il alla dénicher l'autre dans le grenier et » le houspilla. Sont-ce là des horloges? dit-il à M. Arnauld, qui trouva cela si plaisant, qu'il ne put faire autre chose que d'en rire.

^ 't Dans l'autre. » Ainsi tel ne met dos bornes à sa cupidité, ou à son ambition, que par paresse ou par crainte; tel autre au contraire ne résiste à l'attrait de la paresse qu'à force de cupidité.

* « La mémoire. » Buffon, dans le Di-^rom-s sur la nature des animaux.

Instinct et raison*, marques de deux natures.

Quand je considère^ la petite durée de ma vie, al)Sorbée dans l'éternité précédant et suivant ' ; le petit espace que je remplis, et même que je vois*, abîme ^ dans l'infinie immensité des espaces que j'ignore et qui m'ignorent * ; je m'effraie , et m'étonne de me voir ici plutôt que là ; car il n'y a point de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Qui m'y a mis? par l'ordre et la conduite de qui ce lieu et ce temps a-t-il été destiné à moi ? — Memoria hospUis xinius diei prœtereuntis'' .

Combien de royaumes * nous ignorent I

pose lo mt}me principe. Ensuite il soutient que les animaux, quoiqu'ils aient une faculté de réminiscence, n'ont pas véritablement la mémoire; parce qu'en se rappelant le passé, ils ne se le rappellent pas comme passé, et ne font pas entrer dans leur souvenir l'idée du temps. Il en conclut que les animaux n'ont point la puissance de réfléchir, l'entendement, la pensée. Je serais porté à croire que, quand Pascal écrivait cette phrase, c'était aussi pour arriver à cette conclusion.

' « Instinct et raison. » La raison témoigne d'une nature divine; l'instinct, d'une nature dégradée jusqu'à l'animalité.

■' « Quand je considère. » On a déjà vu la même pensée non moins éloquemmcnt rendue (ix, pages 1C0-IC1).

' a Précédant et suivant. « Qui précède et qui suit, qui est avant et après. Cf. ix, page 161, note 1.

* a Que je vois. » C'est-à-dire, combien est petit l'espace que je remplis, et même l'espace que je vois.

* « Abîmé. » Ce petit espace est abtmé dans l'immensité, comme cette petite durée est absorbée dans l'éternité. La phrase est parfaitement symétrique. Do même plus bas : Pourquoi ici plutôl que là, pourquoi à présent plutôt que lors.

'' « Et qui m'ignorent. » Voir au paragraphe 17.

' a Pr;etereuntis. » Sayesse, v, 1 o : o L'espoir de l'impie est comme le « duvet qui vole au vent, comme l'écume .., comme la fumée..., comme » le souvenir d'un hôte d'un jour qui ne fait que pcuser. »

' n Combien do royaumes. ■> Voir le paragraphe précédent. Cette pensée

Le silence éternel * de ces espaces infinis m'effraye. ,

Je porte envie ^ à ceux que je vois dans la foi vivre avec tant de négligence, et qui usent si mal d'un don duquel il me semble que je ferais un usage si différent.

Chacun est un tout à soi-même , car lui mort , le tout

est mort pour soi. Et de là vient que chacun croit être tout

à tous^ II ne faut pas juger de la nature selon nous, mais

selon elle".

Le monde ordinaire a le pouvoir de ne pas songer à ce qu'il ne veut pas songer ^ Ne pensez pas aux passages du Messie*, disait le Juif à son fils. Ainsi font les nôtres' souest développée magnifiquement dans le Songe de Scipioii , mais Cicéron voulait seulement exprimer le peu qu'est la gloire humaine. L'idée de Pascal ne va-l-elle pas plus loin?

' « Le silence éternel. « Ainsi ailleurs, en regardant tout l'univers muet (xi, 8J ; et encore (xiv, 1, deuxième fragment) : La nature ne m'offre rien qui ne soit matière de doute et d'inquiétude. Mais ces paroles sont peu de chose auprès de ce grand cri, que Port Royal avait étouffé.

^ « Je porte envie. » 11 parle au nom de celui qui ne croit pas encore; il se suppose dans cette situation d'esprit.

•' « Tout à tous. » Non pas dans le sens où Paul disait qu'il s'était fait tout à tous pour sauver tous (1, Cor., ix, 22). Saint Paul tâchait de satisfaire à toutes les exigences des autres ; l'homme de Pascal prétend avoir sur les autres tous les droits.

* « Mais selon elle. » Cette phrase serait une épigraphe excellente pour un livre de philosophie.

* « Veut pas songer. » C'est comme s'il eût dit, le monde ordinaire n'est pas philosophe. On n'est ni philosophe ni critique quand on peut s'empêcher de songer; et il y a des hommes distingués, et même de grands hommes, qui sont dans ce cas.

'■ « Du Messie. » C'est-à-dire aux passages de l'Ecriture qui prouvent que le Messie est venu.

' « Les nôtres. » Les catholiques. Us disent : Ne pensez pas aux difficultés de l'Ecriture, aux objections qu'on peut faire sur les dogmes, les mystères, etc.

ARTICLK \\V. 429

vent. Ainsi se conservent les fausses relij;ions; et la vraie même', ù i'éjiartl de beaucoup de gens. Mais il y en a qui n'ont pas le pouvcir de s'empcclier ainsi de songer, et qui songent d'autant plus ([u'on liur défend. Qux-là se dcfont des fausses religions; et de la Maie même, s'ils ne trouvent des discours solides.

Ou'il y a loin- de la connaissance de Dieu à l'aimer!

... Quand la force» attaque la grimace, quand un simple soldat prend le bonnet carré d'un premier président, et le fait voler par la fenêtre''.

Ks-tu moins esclave*, pour être aimé et llattê de ton

maitre? Tu as bien du bien, esclave : ton maitre te llatte.ll

te battra timtot.

Ce n'est pas dans Montaigne, mais dans moi, que je trouve tout ce que j'y vois.

' « Et la vraie même. » Cf. x, 4, p. l'.M, note 4.

• a Qu'il y a loin, u Cf. xxii, page 319.

' « Quand la force. » Cf. m, 3, page 39. Pascal avait signalé l'illusion qui nous fait respecter un bonnet carré comme représentant à l'imaginaiion quelque chose de respectable. 11 montre ici la force, chose plus réelle, dissipant cette illusion.

• a Par la fenêtre. » Cela s'était vu au tennps des Seize,

- « Es-tu moins esclave? » A qui s'adresse cette apostrophe originale" (juel est cet esclave? J'imagine que c'est le mondain, esclave des sens, et qui dit qu'il ne s'aperçoit pas de sa servitude, qu'il se trouve bien de son état, que la vie lui est douce; Pascal répond : Ton maitre te flatte (co maître, c'est la créature, c'est l'objet sensible), il le battra tantôt. Pour avoir été l'esclave volontaire et satisfait du plaisir, tu seras l'esclave contraint et désespéré de la douleur. Car on n'a pas de force pour supporter si on n'en a pas eu pour s abstenir. Au contraire la souffranfc est sans pouvoir sur celui sur qui la vciliqité n'a \m rii-n : celiii-l;i est un homme libre.

Devinera La part gueje prends à votre déplaisir. M. le Cardinal ^ ne voulait point être deviné.

ff J'ai l'esprit* plein d'inquiétude. » Je suis plein d'inquiétude , vaut mieux.

« Eteindre le flambeau' de la sédition, » trop luxuriant. « L'inquiétude de son génie; » trop, de deux mots hardis^

' « Deviner. » Ce fragment a été expliqué par M. Fr. Collet dans l'écrit intitulé : Fait inédit de la vie de Pascal , par le rapprochement d'un passage du chevalier de Méré (Discours de la Conversation, p. 72) : « Les » choses qui n'ont rien de remarquable ne laissent pas de plaire quand » elles sont du monde... Il ne faut pourtant pas qu'elles soient si com- « munes que celle-ci, que tout le monde sait par cœur, la part que je prends » à votre déplaisir. J'ai vu parier, en ouvrant une lettre de consolation, » que cela s'y trouverait ; et une dame fort triste qui l'avait reçue ne put s'empêcher d'en rire. « Pascal veut donc dire qu'il ne faut pas écrire de ces banalités qu'on peut deviner.

' « M. le Cardinal. » Mazarin, qui avait beaucoup d'esprit, et qui causait très-bien.

' « J'ai l'esprit. » Ce fragment et le suivant paraissent être des notes prises sur quelques phrases d'un écrit que Pascal lisait. Je ne sais quel pouvait être cet écrit.

"* « Eteindre le flambeau. » Luxuriant est une expression latine qui se dit proprement d'un luxe de végétation , et par suite de toute espèce de surabondance. — La vraie élégance, même en littérature, n'est pas si éloignée de cette élégance des mathématiciens, qui consiste à exposer la vérité de la façon la plus simple et la plus nette.

' « Mots hardis. » Excellente leçon de style. Le mot à'inquiétude est en effet d'une grande force, d'après l'étymologie; il signifie proprement l'impossibilité de demeurer en repos. C'est le sens qu'il a dans les vers de Racan :

Vallons , fleuves , rochers , aimable solitude, Si vous fûtes témoins de mon inquiétude, Soyez-le désormais de mon contentement.

De mon inquiétude, c'est-à-dire de l'agitation perpétuelle de ma vie. C'est celui du mot inquiet dans ce passage de Bossuet (Or. fun. de la Reine d'Angl.) : « Ils ont dans le fond du cœur je ne sais quoi d'inquiet, qui » s'échappe si on leur ôte ce frein nécessaire. « Et dans les vers de La l-diitaiiic (Fables, IX, 2) :

l"aut-il que faut d'objets si doux et si charmants ^te laissent vivre au gré de mon âme inquiètel V'iuit ^^l mur nénie, 'e irôiiio (i'mi hnmmo ii'o*;! pns siMilomPut son naturel,

lUtii ii'cal ^i iiiiupporlablc' a l'hoiniuf qui.' d'être dans uu pUin repos, sans passion, sans affaire, sans divertissement^, sans applieation. Il sent alors son néant, sou abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira' du fond de son àme l'ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir*.

Quand un soldat' se plaint de la peine qu'il a, ou uu laboureur, etc. , qu'on les mette sans rien faire ^

son caractère, c'est comme une puissance mystérieuse qui réside en lui , et qui le fait ce qu'il est. Néron confie à Narcisse (Drilannicus, II, 2) qu'il est las de subir l'ascendant d'Agrippinc, et qu'il fait tout ce qu'il peut pour y échapper :

Mais enfin mes efforts no me servent de rien;

Mon génie étonné tremble devant le sien.

Il suffit d'un pareil vers pour faire sentir tout ce qu'il peut y avoir dans un mot. Si maintenant on prodigue ces termes expressifs, on leur 6tc leur effet, pour vouloir faire trop d'effet. Si on dit l'iiK/uiétude de son génie, quand ce serait assez do dire, l'inquiétude de son esprit, ou même peutêtre, la mobilité de son esprit, on ctonne plutôt qu'on ne touche, et bientôt on n'étonne même plus. Pour qu'une expression soit vraiment forte, il faut qu'elle ne soit employée qu'à propos. Mais plus on a écrit dans une langue, plus ceux qui écrivent craignent d'avoir un style faible et commun; ils mettent partout les mots les plus vifs, et ils les usent par cela même; de sorte qu'ils restent faibles et communs, et qu'ils sont de plus ampoulés et fatigants.

' « Rien n'est si insupportable. » En titre. Ennui.

' t Sans divertissement, a Voir tout l'article iv sur le divertissemenl.

' « Il sortira. » Surgit amari aliquid. Lucn., IV, 1130.

* « Le désespoir. » Plus le style de Pascal est sobre d'habitude, et plus nous sommes accoutumés à ne lui voir dire chaque chose qu'une seule fois et dune seule fa(,on ; plus il nous accable ici par ces synonymes multipliés. Il nous fait mieux mesurer l'abîme, en se reprenant à tant de fois pour le creuser devant nous. — Montaigne, ApoL, p. 42 : « Car de là » naist la source principale des maulx qui le pressent: péché, maladie, » irrésolution, trouble, desespoir. «

' « Quand un soldat. » En titre. Agitation.

* a Sans rien faire. » N'est-ce pas comme s'il disait : quand un homme se plaint de manger des choses mauvaises et rebutantes, qu'on le mette sans manger?

4j2 PASCAL. — PENSÉES.

L'homme n'agit point' par la raison, qui fait son être^.

Bassesse de l'iiomme*, jusqu'à se soumettre aux bètes, jusqu'à les adorer.

...Tous leurs principes sont vrais, des pyrrhoniens, des stoiques, des athées, etc. Mais leurs conclusions sont fausses, parce que les principes opposés sont vrais aussi '.

Les philosophes ont consacré les vices , en les mettant en Dieu même; les chrétiens ont consacré les vertus.

' « L'homme n'agit point. » En titre, Nature corrompue.

* a Son être. » Son essence , ce par quoi il est homme. Puisque la nature est la raison, et qu'il s'écarte toujours de la raison, il est donc déchu de sa nature ; le péché originel est donc prouvé. — Sur le peu de raison que l'animal raiso7inable montre dans sa conduite; voir Montaigne, ApoL, pages 93 et suivantes, et la huitième Satire de Boileau (qui est de 1667).

"' « Bassesse de l'homme. « Voir encore Montaigne, ibid., page 155, et Boileau, ibid.

' <i Sont vrais aussi. » L'homme est incapable de savoir cerlaineinenl {i,A, p. 12); c'est le principe des pyrrhoniens, et ce principe est vrai , selon Pascal Mais l'homme est également incapable .d'ignorer absolument (ibid.); c'est le principe opposé, et il est vrai aussi. Cf. viii , 1 , p. i40 et lîjl. De même le principe stoïcien est vrai, que l'homme est essentiellement raisonnable , et que sa loi est l'ordre. Mais le principe opposé est vrai aussi, que l'homme est essentiellement animal, et que sa loi est le plaisir. Le principe des athées est vrai, que le mal qui est dans Ihomme et dans la nature, témoigne que le monde n'obéit pas à une volonté divine. Mais le i)rincipe opposé est vrai aussi que le bien qui est dans l'homme et dans la nature témoigne que le monde obéit à une volonté divine. La conciliation de toutes ces contradictions est, suivant Pascal, dans le péché originel. L'homme était fait pour la connaissance du vrai et pour la pratique du bien; mais il est déchu, et livré à l'ignorance et au mal. La main d'un Dieu créateur était sur l'homme et sur le monde ; mais, par suite du péché originel , Dieu s'est retiré, et les élus seuls le retrouvent.

ARllCLl. \.\V. 433

Immatérialité' de l'âme. Les philosophes qui ont dompté leurs passions, quelle matière l'a pu faire?

La belle chose", de crier à un homme qui ne se connait pas, qu'il aille de lui-même à Dieu! Et la belle chose de le dire à un homme qui se connaît ' 1

Le commun ' des hommes met le bien dans la fortune et dans les biens du dehors, ou au moins dans le divertissement. Les philosophes ont montré la vanité de tout cela, et l'ont mis où ils ont pu.

Pour les philosophes^ 288 souverains biens.

il sis contcnlus^ Icmelipso et ex te nasccntibus bonis. Il y a contradiction, car ils comeillent enfin de se tuer'. Oh! quelle vie heureuse , dont ou se délivre comme de la peste!

' « Immatérialité. » Il faut comprendre la phrase comme s'il y avait, quelle matipre a pu faire cela en eux?

* <i La belle chose. » En titre, Philosophes

' <t Qui >e connaU » S'il ne se conn.ilt pas , il est à plus forte r.iison incapabl ■ de coniiaitre Dieu El s'il -e ronnalt, il ronmit donc romhi- n il est fdibl«' et mi.sérai'le, et par consé(iuPMi incapable e.icore d'ailor a Dieu de lui-méint, et «an* le secuurs d^ lu jiiàcp. Ainsi la rdigi 'n seule, cl n ai aucune i'h!l')S(iphie, peut nou- conduiie jusqu'à Dieu.

* « Le commun « En tèlre. RerUerrhe du vrai bien. V.ùr l'art c'e iv. ' • Pour les philosnphe-*. » MnntMitjne, Ap>l., page 280 : « Il n'est

» point lie combat si violi-nt entre les phil'>sop(ies, et si aspre, quH celuy u qui se dresse sur la que-lion du souverain bien de riininnip ; diKpicl, u par 11- Cidcul 'le Varro [dans saint Aui;u lin. de Cic Dei, Xl.\, 2], nas- « quirent deux cents quatre vingts huict sectes. »

* n Ut sis contenlus. » En litre. Le souverain bien Dispute du souverain hicn. — n (Ju'il vous suffise de vou,— même, cl di-s biens que vnus trouvez » en vous-même. » C'est un passaj^e de Sén<^quo.

« De se tuer. » Voir Montaigne, M, 3, page 332 , d'après Sénèquc, ép. Lxx. Les mêmes idées sont dins Kpictèle, IV, 10, et ailleurs.

431 PASCAL. — PElNSÉES.

II est bou d'être lassé et fatigué par l'inutile recherche du vrai bien , afin de tendre les bras au libérateur.

Mon Dieu , que ce sont de sots discours 1 « Dieu aurait-il fait le monde pour le damner? demanderait-il tant de gens si faibles? » etc.Pyrrhonisme est le remède à ce mal, et rabattra cette vanité*.

Dira-t-on que pour avoir dit que la justice est partie de la terre ^ les hommes aient connu le péché originel ? — Nemo ante obilumbeatus esl\ —Cest-Si-àh'e qu'ils aient connu qu'à la mort la béatitude éternelle et essentielle commence?

Ils sont contraints' de dire : Vous n'agissez pas de bonne foi ; nous ne devrions pas, etc. Que j'aime à voir cette superbe raison humiliée et suppliante ^ 1 Car ce n'est pas là le

' « Cette vanité. » La vanité de prétendre avoir des idées a«sez claires et assez sûres pour juger de ce qu'il éiait juste ou ronvenHble que l'ieu fit — Mais que faisait Pascal de son pyrrhoir.snie quand il disait : « Dieu » doit aux hommes... Il est imp 'SSihle par le deonir de Dieu; etc. (xxiii, 3). » Il s'appuyait alors sur celte terme base des i lées morales, et ne croyait p.is faue un sot discours. — On lit encoie ailleurs dans le manuscrit : « Le pyrrhonisme seri. a la religion. »

' « Pitrtie de la terre. » Virgile, Géorg., II, 474, d'après Hésiode (les Travaux, 1 95).

•'' « Beatus est. .> « Nul n'est heureux avant la mort » Il fallait mettre : Nul ne doit être dit heureux avant sa mort, car c'est ce que disent les vers d'Ovide, cités par Montaigne (I, 18, p. 97), que Pascal n'a fait que

mettre en prose :

dicique bi atiis Ante obitum nemo suprumuque funera débet.

La pensée est prise du discours de Selon à Cn sus d.ms Hérodote, I, 23. Voir Montaigne, à l'endroit cité, et I, 3, page 22. Si Pascal av.iit reproduit la pensée exactement, il n'aurait pas eu besoin d'avertir de ne pas y attacher le sens qu'il va indiquer.

* « Ils sont contraints. » En titre. Le bon sens.

' « Suppliante. » Cette étrange invective contre Iv Jion sein s'adresse à

AHTRLi; WV. 'i.ji

langage d'un homme à qui on dispute son droit , et qui le défend les armes et la l'orée a la main. Il ne s'amuse pas à dire qu'on n'agit pas de bonne foi, mais il punit eette mauvaise foi par la force '.

L'Ecclesiaste '^ montre que l'homme sans Dieu est dans l'ignorance de tout', et dans un malheur iné\itable*. Car c'est être malheureux que de vouloir et ne pouvoir. Or il veut être heureux, et assuré de quelque vérité, et cepen-

une certaine justesse d'esprit commune, par l<u|uellc la plupart des hommes se refusent à suivre jusque dans leurs conséquences paradoxales cl troublantes des raisonnements philosophiques qu'ils ne sauraient pourtant réfuter. Ainsi quand les pyrrhoniens, et après eux De.-cartes et Pascal (voir VIII, 1), soutiennent qu'on ne peut établir aucune distinction fondée entre la veille et le sommeil, ceux à qui on tient te langage se bornent à répondre qu'on ne parle pas de bonne foi , qu'on ne devrait pai faire de telles suppositions, etc. On connaît les sophismes subtils des dialecticiens grecs, par cxomt^lc; te sorite, par lequel on prouvait q'ic nos idées ne portent sur aucun fondement réel , et qui puisse être ciairenient défini. Par exemple, disait-on, qu'est-ce qu'un chauve? Un homme qui n'a qi'uu cheveu est chauve sans doute : et s'il en a deux? il l'est encore. S'il en a trois, q'iatre, cinq , etc. ? il lest toujours. Mais s'il en a cent mille? il ne l'est plus. A quel chiffre a-t-il cessé de l'être? On ne saurait le déterminer : donc quand nous parlons de chauve, nous ne savons de quoi nous parlons; ce n est qu'un niot sans vuleur réelle, et il en est de mênie de tous les mois (Ju'- réjiond à tout cela la raison de la plupart des hommes? Rien; elle ne résiste qu'en reculant, elle demande grâce; et c'est alors que Pascal la prend en pitié II s'écrie qu'elle ne gouverne l'esprit bumain que pir tolérance , qu'elle n'a ni droit, ni force à l'appui.

' « Par la force. » La force ici, où il s'agit de raison, c'est une argumentation rigoureuse; les armes sont des syllogismes.

' a L'Ecclésiastc. » L'Ecclésiaste parle de l'homme, sans ajouter, l'homme sans Dieu. Celte addition contient tout le christianisme , la lédempiion et la grâce. Du reste on lit à la lin de ce livre extraordinaire : • Crains Dieu, et observe ses comman'lements, car cesi là tout l'homme. » Et Bossnei a développé magnifiquement, au commencement de la seconde partie de l'Oraison fun^^bre de la duchesse d'Orléans, ce dernier texte, où il voit le secret de l'Ecrlésiasle.

' n Dans l'ignorance de tout. » Ecclésiasle, passim, et particulièreincnt VIII, 17.

* « Inévitable. " L'Ecclésiaste s'étend bur les vanités et le» niisèie» de la vie, mais ce raisonnement qui conclut de lignorance au malheur n'est pas dans le livre saint . il est de Pabcal.

dant il ne peut ni savoir, ni ne désirer point de savoir ^ 11 ne peut même douter.

On a bien de l'obligation à ceux qui avertissent des défauts, car ils mortifient. Ils apprennent qu'on a été méprisé, ils n'empêchent pas qu'on ne le soit à l'avenir^, car on a bien d'autres défauts pour l'être. Ils préparent l'exercice de la correction, et l'exemption d'un défaut.

Nulle secte ni religion n'a toujours été sur la terre que la religion chrétienne*.

Il n'y a que la religion chrétienne qui rende Thomme aimable et heureux tout ensemble. Dans l'honnêteté'', on ne peut être aimable et heureux tout ensemble ^

La foi est un don de Dieu. Ne croyez pas que nous disions que c'est un don de raisonnement. Les autres religions ne disent pas cela de leur foi; elles ne donnaient que

' « Ni ne désirer point de savoir. » Cela est encore de Pascal, ainsi que le dernier trait : Il ne peut même douter (cf. viii, 1 , p. < 40).

* « A l'avenir. » Aucun autre que Pascal ne pouvait s'aviser d'un pareil motif pour nous obligera aimer le blâme et les reproches. Tous les moralistes humains auraient dit : Si la censure nous chagrine comme signe du mépris que nous av(ms encouru, nous lui devons du moins cela qu'elle nous corrige, et nous garantit ainsi de ce même mépris pour l'avenir.

3 « Chrétienne. » Car elle est la même qu'était autrefois celle des Juifs, voir l'article xxi.

■• « L'honnêteté. » Ce mot exprime l'ensemble des qualités qui font l'honnête homme, l'homme accompli selon le monde. C'est cette hoiméteté (jui est au-dessus de tout, disait Méré (voir ci-dessus, page 364, dans la note).

^ « Tout ensemble. » Car pour être aimable , il faut se sacrifier aux autres, et pour être heureux, sacrifier les autres à soi. 11 n'y a que le chrétien qui mette lo bonheur dans le sacrifire même.

ARTICLE XXV. ia:

le raisonnement pour y arriver, qui n'y mène pas néanmoins'.

Les figures- de la totalité de la rédemption , comme que le soleil éclaire à tous', ne marcjucnt iju'une totalité* ; mais les figurantes des exclusions, comme des-luifsélusà l'exclusion des Gentils', marquent l'exclusion*.

« Jésus-Chhist rédempteur de tous'. » — Oui, car il a offert; comme un homme qui a racheté tous ceux qui voudront venir à lui. Ceux qui mourront en chemin, c'est leur

' n Ni'anmoins. » On lit encore dans le manuscrit : « Lettre qui marqve » iuliliié des preuves par la machine. [Nous avons léjà cité ce titre, p. 192, » note *.] La foi est diiïéiente de la preuve; l'une est humaine, l'a'itre est « un don de Dieu. Justus ex fide rivit (a) : c'est de celte foi que Dieu lui- V m(^me met dans le cœur, dunt la preuve est souvent l'in^irument, fidm u ex audiiu (b), mais celte foi est dans le cœur, et fait dire non »cio, mais » credo. [N n, Je sais, m:<is. Je crois.' »

' «< Les fiiiures. « Ce fragment a pour objet d'établir que Jésus-Chriit par sa mort n'a pas racheté tous les hommes , mais seulement les prédestinés. Les figures de la loinlilé de la rédemption , cela signifie les fi:iurcs de la rédemption qui paraissent la représenter comme totale, comme s'appliquimt à tous.

* «■ Eclaire à tous. » ErcWsiaslique. xlii , 16 : « Le soleil a porté par- » tout ses regards et sa lumière, et les œuvres du Seigneur sont pleines u de sa gloire. ». Et Jean, i, 9, en parlant du Verbe : « Il était la vraie » lumi<*re, qui éclaire tout homme venant en ce monde. •

* « Qu'une totalité » C'est à-dire marquent la totalité en général, san> dire positivement qiie celte totalté soit sans exceution.

* « Des Genlils. « Les Juifs choisis à l'exclusion des Gentils pour ôtre le peuple de Dieu ne sont pour Pascal qu'une tigure, la figure des prédestinés élus à l'exclusion des réprouvés.

" « L'exclusion. « L'exclusion, que les premières figures ne marquent pas, il est vrni, m;iis qi'elles ne ment pas non plus expressémeut , taudis que les autres l'établissent expressément.

* « De tous. B

Jesu redemptor O'nnium.

C'est le premier vers de l'hyini e des vêpres de NoOl. Ces paroles consacrées par l'Eglise sont une objection a laquelle Pascal va répondre.

(n) Rom., I, 17, et Gai.. III, 11, d'après Habaciic, il, 4: «Le juste vit de fui. n ( 4) Rom., X, 17 : u La foi entre par l'oreille. >>

malheur; mais quant à lui, il leur offrait rédemption. — Cela est bon * en cet exemple , où celui qui rachète et celui qui empêche de mourir sont deux , mais non pas en Jésus- Christ, qui fait l'un et l'autre. — Non, car Jésus-Christ, en qualité de rédempteur, n'est pas peut-être maître de tous - ; et ainsi, en tant qu'il est en lui, 11 est rédempteur de tous.

Les pi'ophéties' citées dans l'Évangile, vous croyez qu'elles sont rapportées pour vous faire croire. Non, c'est pour vous éloigner de croire.

Les miracles ' ne servent pas à convertir , mais à condamner.

' « Cela est bon. » Nouvelle objection que se fait Pascal.

- « Maître de tous. » Jésus-Christ étant Dieu , est maître de tous sans aucun doute; mais peut-être, dit Pascal , qu'il ne l'est pas comme rédemp' leur. Comme rédempteur, il fait niiséricoide; mais comme juge, il faut ([u'il fasse justice; et peut-être que sa justice limite nécessairement sa miséricorde, et que le Père refuse d'appliquer à tous le sang du Fils, quoique celui-ci l'offre pour tous.

' « Les prophéties. » « Il est difficile, dit M. Faugère , de comprendre » le véritable sens de cette réflexion de Pascnl. » Je crois que cela devient facile, quand on rapproche ce fragment de ceux qui composent notre article XX, et d'autres semblables. Voir surtout le deniier fragment de l'article XX (p. 310), et la note. Cf. xx. 1 . p. 303 : « Il y a assez de clarté )• pour éclairer les élus .. Il y a assez d'obscurité pour aveugler les ré- » prouvés. » Et XX, 7, quatrième fragment: « Mais, dit-on, il y a des » obscurités. — El sans cela, on ne se serait pas aheurié à Jésus-Christ, 1) et c'est vn des desseins formels des prophètes, » etc. Les prophéties donc, selon Pascal, sont rapportées dans 1 Evangile de mani'>re a faire croire les élus, mais aussi de manière à aveugler les réprouvés, et à les éloigner de croire. Et c'est aux réprouvés que Pascal s'adresse dans ce fragment.

' « Les miracles. » Cette pensée doit s'entendre comme la précédente , mais elle paraît se rapporter en particulier à la polémique sur le miracle de la Sainte Epine. Obligé d'avouer que ce miracle n'a pas converti le monde au jansénisme, Piiscal répond qu'il n'a |ias rté fait [loiir convertir les ennemis de la vraie doctrine, mais jiour les condamner. Ainsi les miracles de Jésus-Christ n'ont pas converti les Juifs, mais ils les condamnent. Voir 60.

AP.Tirr K \\v. n9

Ouand Kpiott'te aurait vu parfaitement bien le chemin, il dit aux hommes, ^'ous en suivez un faux ; il montre que c'en est un autre', mais il n'y mène pas. C'est celui de vouloir ce que Dieu veut^; .Tésls-Chrtst seul y mène ; Via, vcrilas^.

Je considère Jésus-Christ en toutes les personnes et en nous-mêmes*. Jésus-Christ comme père en son père, Jésus-Christ comme frère en ses frères \ Jésus-Christ comme pauvre en les pauvres, Jésus-Christ comme riche en les riches , Jksus-Christ comme docteur et prêtre en les prêtres, Jésus-Christ comme souverain en les princes, etc. Car il est par sa gloire tout ce qu'il y a de grand , étant Dieu , et est par sa vie mortelle tout ce qu'il y a de chétif et d'abject : pour cela il a pris cette malheureuse condition, pour pouvoir être en toutes les personnes, et modèle de toutes conditions*.

' « Un autre. » Et cet autre, il dit quel il est.

■ « ^e que Dieu veut. » C'est précisément ce que dit Epiotète : voir le dernier paragraptie de l"E-;;[f.fiSiov. Que veut donc dire Pascal? qu'Epictète nous dit bion de vouloir ce que Dieu veut, mais qu'il ne nous le fuit pas vouloir; qu'il nous donne le précepte, mais non pas la grâce.

■' • Via, venias. « Jean , xiv, 6 : » Je suis la voie, la vérité et la vie. » Nul ne va à mon Père que par moi. u

* a Et en nous-mêmes. » On doit entendre comme s'il y avait : Je considère que non» retrouvons Jésus-Christ en toutes les personnes et en noii3-ménies.

* « En ses frères. » Son père, ses frères, ce n'est pas le père de Jésus- Christ ou les frères de Jésus-Christ; ce* pronoms se rapportent à un on sous-entendu, comme s'il y avait; On relroine Jésus-Cliri.<t commis [1ère en ton père, comme frère en ses frères; c'e^t-;i-diro que chacun do nous , dans son père ei dans ses frères, retrouve Jésus-Christ.

* « ToutPS conditions. » Des conditions élevées comme Dieu, des conditions bassi's comme homme misi>raljle. Mais les conditions humaines les plus hautes tiennent-elles plus do Dieu que les plus humbles?

',iO PASCAL. - PENSÉES.

Les psaumes* chantés par toute la terre.

Qui rend témoignage de Mahomet ? Lui-même. Jésus- Christ veut que son témoignage ne soit rien^

La qualité de témoins fait qu'il faut qu'ils soient* toujours et partout, et, misérable, il est seul\

Ce n'est pas* une chose rare qu'il faille reprendre le monde de trop de docilité ; c'est un vice naturel comme l'incrédulité, et aussi pernicieux. Superstition.

Il y a peu* de vrais chrétiens, je dis même pour la foi. Il y en a bien qui croient , mais par superstition ' ; il y en a bien qui ne croient pas, mais par libertinage* : peu sont entre deux.

Je ne comprends pas en cela ceux qui sont dans la véritable piété de mœurs , et tous ceux qui croient par un sentiment du cœur.

' « Les psaumes. « En titre, Différence entre Jésus-Christ et Mahomet. Cf. XIX, 7, 8, 9, 10.

- « Ne soit rien. » Jean^ v, 31 : « Si c'est moi-même qui rends témoi- » gnage de moi, mon témoignage n'a point de vérité. »

^ « Qu'ils soient. » Les témoins en général. Si on a des témoins, il faut qu'en qualité de témoins ils soient toujours et partout.

■* « 11 est seul. » Mahomet. Mais quelle émotion inattendue dans ces paroles! Qui trouverait aujourd'hui dans sa foi de pnreils accents?

^ « Ce n'est pas. » C'est encore le sectaire qui parle ici. Cf. xiii, 3, et XXIV, 47.

■^ « Il y a peu. » Même intention qu'au paragraphe 46.

' « Par superstition » Et alors ils croient, non-seulement ce qui est de foi , mais ce qui n'est pas de foi , comme par exemple que Jansénius et les jansénistes sont hérétiques.

* » Par libeitinngp. « Et alors ils refusent de croire, non-seulement ce qui n'est pas de foi ou y est contraire, en quoi ils font bien, mais aussi ce qui est de foi. en quoi ils font mal.

ARTICLK X\V. 'l'il

Ceux (jui n'aiment pas* la vérité prennent le prétexte de la contestation- de la multitude de ceux qui la nient. Et ainsi leur erreur ne vient' que de ce qu'ils n'aiment pas la vérité ou la charité* ; et ainsi ils ne sont pas excusés.

Tant s'en faut' que d'avoir oui dire une chose soit la règle de voire créance , que vous ne devez rien croire sans vous mettre en l'état comme si jamais vous ne l'aviez ouï *. C'est le consentement de vous à vous-même, et la voix constante de votre raison, et non des autres, qui vous doit faire croire '.

Le croire est si important 1 Cent contradictions seraient vraies '.

Si l'antiquité était la règle de la créance, les anciens étaient donc sans règle*. Si le consentement général*"; si les hommes étaient péris?

' i< Ceux qui n'aiment pas. » Même intention. La vérité, c'est la vérité janséniste.

^ « De la contestation. » Prennent prétexte, pour la contester, de la multitude, etc.

' « Leur erreur ne vient. » En réalité , puisque l'objection prise de la multitude de ceux qui nient n'est qu'un prétexie. Cf. xxiu, 6.

* « Ou la charité. » Cdr la vérité dont il s'agissait entre Pascal et ses adversaires, c'était, suivant lui, la charité, le vrai amour de Dieu. Voir les Provinciales.

' a Tant s'en faut. » En titre , L'autorité. Ce fragment parait s'adresser encore aux J-^siiites, et se rapporter aux querelles du temps. Mais il contient des princijies généraux qai s élèvent beaucoup au-Jessiis de celte polémique.

•" a L'aviez oui. u Lisons : que vous ne devez croire aucune chose sans vous melire, etc.

' • Faire croire. » Pascal parle ici comme tous les philosophes , comme tous les sages

' « seraient vraies » Si 1 1 régie était l'autorité. Car il y a sur toutes ihoses dtN autorités en >-ens contraire.

* n Sans règle. » Belle parole. Miis ailleurs il rejetait dodoigneusemont la raison nniurelle. pour invoquer contre te» adversaires l'antiquità et la tradition (xxiv. 4l ).

'" « Général. » Si le consentement général était la règle, alors qu'ar-

442 PASCAL. — PENSÉRS.

Fausse humilité, orgueil. Levez le rideau^ Vous avez beau faire; si faut-il ou croire, ou nier, ou douter. jN'aurons-nous donc pas de règle ' ? Nous jugeons des animaux qu'ils font bien ce qu'ils font : n'y aura-t-il point une règle pour juger des hommes " ? Nier , croire , et douter bien sont à l'homme ce que le courir est au cheval ^

Notre religion est sage et folle. Sage, parce qu'elle est la plus savante, et la plus fondée en miracles, prophéties, etc. Folle, parce que ce n'est point tout cela qui fait qu'on en est; cela fait bien condamner ceux qui n'en sont pas, mais non pas croire ceux qui en sont^ Ce qui les fait croire, c'est la croix, ne evacuala sit crux^. Et ainsi saint Paul, qui est venu en sagesse et signes , dit qu'il n'est venu ni en sagesse ni en signes ', car il venait pour convertir. Mais

riverait-il si les hommes avaient péri tous? Il n'y aurait donc plus de règle.

' « Orgueil. » Cette humilité, qui n'ose rien décider par elle-même, qui dit qu'elle ne peut que s'en rapportera l'autorité, est fausse. C'est réellement un orgueil, qui ne veut pas se soumettre à la raison.

- « Le rideau. » Le rideau que vous mettez sur la vérité, pour ne pas la voir.

■■ « De règle. » Pour déterminer quand il faut croire, quand nier, quand douter.

* « Pour juger des hommes. » Pour juger s'ils font bien aussi ce qu'ils ont à faire, qui est de croire , nier et douter.

' « Au cheval. » Voir i, 10. Nier, croire et douter bien, c'est la logique tout entière. La logique est donc l'art essentiel de l'homme, suivant Pascal , parce que Pascal est avant tout un raisonneur , un esprit. — Il est clair que Pascal en veut à ceux qui tâchaient d'accabler le jansénisme par l'autorité et par le nombre, et qui ne trouvaient d'autre réponse aux objections que de dire : Il n'est pas question de juger, mais de s'en rapporter à ceux qui ont jugé.

* « Ceux qui on sont. » Voir le paragraphe 42 de cet article. '' « Sit crux. » Voir le paragraphe 42 de l'article xxiv.

" « Ni en signes. » 1 Cor., i , 22 : « Les Juifs demandent des signes » [des miracles], et les Grecs de la sagesse. Nous, nous prêchons le •> Christ frucifié, «candale pour les Juifs, folie pour Jps fJentils, »> Cppon-

ceux qui ne viennent que pour convaincre' peuvent dire qu'ils viennent en sagesse et signes.

La loi obligeait* à ce qu'elle ne donnait pas. La grâce donne ce à quoi elle oblige.

Ce que les hommes, par leurs plus grandes lumières, avaient pu connaître , cette religion l'enseignait à ses enfants.

Que je hais* ces sottises, de ne pas croire l'Eucharistie, etc.! Si l'Évangile est vrai, si JÉsi s-Christ est Dieu, quelle difficulté y a-t-il là?

Le juste agit par foi dans les moindres choses : quand il

il.inl le texte ajoute : o Mais pour les élus d'entre les Juifs et les Grecs, >' le Christ est la vertu même de Dieu [cette vertu divine dont les signes » ne sont que la manifestation], et la sagesse de Dieu. « L'expression <\'flre tenu en sagesse est prise du verset premier du chapitre suivant : r«i», non m sublimilale sermonis aut saitienliœ. Dans la seconde épitre aux Corinthiens, xii ,12, Paul dit au contraire : « Les marques de mon » apostolat ont paru parmi vous, en patience à tout souffrir, en signes, en » prodiges et en vertus surnaturelles. »

' 0 Pour convaincre. » Comme Pascal lui-même, et en général les apoliigistes de la religion. C'esi-a-dire que l'apôtre, qui v. ut convertir, ne peut compter que sur la grâce, et non sur les miracles ni sur les raisons; mais le chrétien n'en a pas moins des raisons et des miracles a faire valoir, quand il ne s'agit que de confonilre les incrédules.

' « La loi obligeait. » Ce fragment s'explique par le chapitre vu do l'épUre aux Romains , où Paul oppose ainsi la Ici du Judai>nic à la grdre ■io Jésus-Christ. Voir surtout le \ersel 7 : « La loi est-elle donc péché? " non cerle?, mais je n'ai connu le péché que par la loi. La concupiscence .■ me restait inconnue , si la loi ne m'eut dit : « Tu n'auras pas de concu- " pisf eiice. » Ainsi la loi , en créant l'oblijiation , créait le péché ; la grâce détruit le iiéché , en donnant l.i force de rcnplir l'obligation.

' « Que je hais. » Nul , plus (pie <c grand ii gicien, ne devait dédni' pner ceux qui croient ft mn"'»^, ^nniaio le* protetUntMi

ii PASCAL. — PENSEES.

reprend ses serviteurs , il souhaite leur conversion par l'esprit de Dieu, et prie Dieu de les corriger, et attend autant de Dieu que de ses répréhensions , et prie Dieu de bénir ses corrections. Et ainsi aux autres actions.

...De tout ce qui est sur la terre, il ne prend part qu'aux déplaisirs , non aux plaisirs. Il aime ses proches , mais sa charité ne se renferme pas dans ces bornes , et se répand sur ses ennemis, et puis sur ceux de Dieu.

Pourquoi Dieu* a établi la prière. — 1° Pour communiquer à ses créatures la dignité de la causalité^ 2° Pour nous apprendre de qui nous tenons la vertu. 3° Pour nous faire mériter les autres vertus ^ par travail. — Objection. Mais on croira qu'on tient la prière de soi. — Cela est absurde , car puisque , ayant la foi , on ne peut pas avoir les vertus', comment aurait-on la foi^? Y a-t-il pas* plus de distance de l'infidélité à la foi que de la foi à la vertu?

' « Pourquoi Dieu. » Il est également vrai, d'après la doctrine janséniste, premièrement, que Dieu donne sa grâce à qui la demandej secondement, qu'il ne la donne qu'à qui il lui plaît, qu'aux prédestinés à qui il a résolu de toute éternité de la donner. Donc nul ne peut la demander quf les prédestinés, ou en d'autres termes, que ceux qui l'ont déjà. Mais alors pourquoi faut-il qu'ils la demandent, et à quoi bon la prière? Voila la difficulté.

^ « De la causalité. » Car le juste se trouve ainsi être cause, dans une certaine mesure, du bien qu'il fait, puisque la grâce de le faire ne lui est donnée que par suite de sa prière. Dieu l'associe à la dignité de la causalité.

2 « Les autres vertus. » Les autres que la prière , car la prière est déjà une vertu , puisqu'elle est un acte de foi , d'espérance et d'amour. — « Par travail. » Par le travail même de la prière.

* « Avoir les vertus. » C'est ce que les Jésuites reconnaissaient.

* « Aurait-on la foi? » Et par conséquent comment prierait-on?

* 'i Y a-t-il pas, i> Uacine a dit encore, contraint par la gène du vers U «st vrai :

Vûis-jepas, au travers de snn saisissement.

Un ccBur dans ses douleurs content de son amant^

Dieu ne doit que suivant ses promesses. II a promis d'accorder la justice aux prières* : jamais il u'a promis les prières qu'aux enfants de la promesse ^

M. de Roannez disait : Les raisons me viennent après, mais d'abord la chose m'agrée ou me choque sans en savoir la raison , et cependant cela me choque par cette raison que je ne découvre qu'ensuite. Mais je crois , non pas que cela choquait par ces raisons qu'on trouve après , mais qu'on ne trouve ces raisons que parce que cela choque ' .

Il n'aime plus ' cette personne qu'il aimait il y a dix ans. Je crois bien : elle n'est plus la même, ni lui non plus. 11 était jeune et elle aussi ; elle est tout autre. Il l'aimerait peut-être encore, telle qu'elle était alors.

Craindre la mort^ hors du péril, et non dans le péril, car il faut être homme.

• « Aux prières. » € Demandez et vous recevrez. » Mallh., vu, 7.

•■ n De la promesse. » Aux élus. Expression de saint Paul, Rom., XI, 8. Dieu a promis d'adopter les fils d'Abraham, mais non pas ses fils selon la fhair. Les vrais fils d'Abraham, ce sont ceux qui suivent Jésus-Christ. C'est à ceux-l.i que s'appli(iuait la promesse faite à Abraham, ils sont les fils de la promesse , (ilii proviiasionU. 11 y a opposition entre ces deux mots, \a jualice , la ]iromes$e. Dieu ne doit la justice qu'à ceux à qui il a lionne, par pure faveur, de la mériter. Nous sommes au plus profond des obscurités de la grâce.

•" a Cela choque. » Cette pensée est bien sceptique. Si on eût dit à Pascal : Vous êtes janséniste, parce que celte duie doctrine flatte votre liumeiir; vous croyez ensuite trouver des raisons à l'appui, vous vous trompez; vous ne trouvez ces raisons que parce que la passion n pris les devants , comment Pascal eiil-il répondu ?

' M 11 n'aime plus, p 11 faut rapprocher cette pensée de celle du paragraphe V, 17.

' u Craindre la mort, o U explique dan» quel sens la religion veut qu'on craigne la mort. // faut être liomme, c'est-i-dire, homme de cœur.

Mort soudaine seule à craindre, et c'est pourquoi les confesseurs demeurent chez les grands.

Il faut se connaître^ soi-même : quand cela ne servirait pas à trouver le vrai^ cela au moins sert h régler sa vie', et il n'y a rien de plus juste ''.

Quand notre passion nous porte à faire quelque chose , nous oublions notre devoir. Comme on aime un livre on le lit, lorsqu'on devrait faire autre chose. Mais pour s'en souvenir % il faut se proposer de faire quelque chose qu'on hait; et lors on s'excuse sur ce qu'on a autre chose à faire, et on se souvient de son devoir par ce moyen \

Que je hais ceux' qui font les douteurs de miracles 1 Montaigne en parle comme il faut dans les deux endroits. On voit en l'un combien il est prudent', et néanmoins il croit en l'autre ' et se moque des incrédules.

1 « Il faut se connaître. » C'est le célèbre principe de la philosophie grecque, rv«Oi oeauiôv.

^ « Trouver le vrai. » Comme les philosophes en ont la prétention.

^ « Régler sa vie. » Mais comment peut-on régler sa vie si on n'a pas une vérité pour servir de règle? Pascal essayait-il donc, comme Kant l'a f:iit depuis, de séparer la raison pratique et la raison pure? 11 se montre .Tilleurs plus conséquent et plus absolu , quand il pense que l'homme n'a que faire de la science de l'homme non plus que de toute autre science (vi, 23.)

^ « De plus juste. » Que de prétendre à régler sa vie.

■"' « Pour s'en souvenir. » Ue .^on devoir, comme si la phrase , Comme on aime un livre, était entre paremhèses.

'■ « Par ce moyen » Pour s'analyser si bien, il ne faut pas seulement, je crois , être un observateur tres-fin ; il faut encore avoir une conscience très-scrupuleuse, qui fait la chasse aux mauvaises pensées obstinément.

' « Que je hais ceux. » En titre, Miracles « Prudent. » C'est-à-dire circonspect, ne croyant pas légèrement. Voir le chapitre 1 I du livre III des Essais.

■* •' lÎM l'autre. « Voir le chapitre 96 du premier livrp-

ARTICLF. XXV. ii7

Quand on veut poursuivre les vertus jusqu'aux extrêmes de part et d'autre, il se présente des vices qui s'y insinuent insensiblement, dans leurs routes insensibles, du cAté du petit infini * ; et il s'en présente, des vices, en foule du côté du grand infini, de sorte qu'on se perd dans les vices, et on no voit plus les vertus.

fis.

La tbéologie- est une science, mais en même temps combien est-ce de sciences! Lu homme est un suppôt' : mais si on l'anatomise, sera-ce la tète*, le cœur, l'estomac, les veines, chaque veine, chaque portion de veine, le sang, chaque humeur du sang ?

Une ville, une campagne, de loin est une ville et une campagne; mais à mesure qu'on s'approche, ce sont des maisons, des arbres, des tuiles, des feuilles, des herbes% des fourmis, des jambes de fourmi, à l'infini. Tout cela s'enveloppe sous le nom de campagne

' » Du petit infini. » 11 faut se rappeler ce principe dominant de la philosophie de Pascal, que tout dans la nature est placé entre deux infinis, l'un de petitesse, l'autre de grandeur (voir i, \). Il applique cela maintenant aux choses morales. Soit par exemple le courage : au-dessous de cette vertu, et à mesure qu'elle diminue, il y a la trop grande pruilence , la faiblesse, la pusillanimité , la poltronnerie, la lâcheté, et ainsi à l'infini, en décroissant; c'e^t le petit infini. Au dessus, ou au delà, il y a lj trop grande hardiesse, la témériié , l'emportement, l'extravagance; c'est le côté du grand infini.

' a La théologie. » En titre, Dhersiié. C'est encore pour montrer ipi on retrouve l'infini partout. Cf. i, I, page 4.

^ « Un suppôt. " Expression de l'école : Un homme est un sujet, une unité pour la penspe.

* n Sera-ce la tête. » Sera-ce la t^te qui sera l'élément, l'unité? '■ « Des herbes. » Voir le paragra[)he 3.

• M Do rampaijne. » On lit encore ailleurs : « La diversité est si ample, u que tous les tons de voix , tous li-s marchers . toussera, moucher?, éter- » nuers... On di:<tingue fies fruits les riiisms, et entre ceux-là les mu^- " eut», pt puis Coindrieu [tic'', et puis Deforpue^ ?', et puin.i. 'iillKiMe .

Deux sortes* de gens égalent les choses, comme les fêtes aux jours ouvriers, les chrétiens aux prêtres ^ tous les péchés entre eux, etc. Et de là les uns concluent que ce qui est donc mal aux prêtres l'est aussi aux chrétiens ; et les autres, que ce qui n'est pas mal aux chrétiens est permis aux prêtres.

La nature s'imite'. Une graine, jetée en bonne terre, produit. Un principe, jeté dans un bon esprit, produit. Les nombres imitent l'espace , qui sont* de nature si différente. Tout est fait et conduit par un même maître : la racine, la branche , les fruits ; les principes , les conséquences.

» Est-ce tout? en a-t-elle jamais produit deux grappes pareilles? et une » grappe a-t-elle deux grains pareils? etc.

» Je n'ai jamais jugé d'une même chose exactement de même. Je ne » puis juger de mon ouvrage en le faisant ; il faut que je fasse comme les » peintres , et que je m'en éloigne ; mais non pas trop : de combien donc? « Devinez [Cf. m , 2.] »

' « Deux sortes. » Les jansénistes n'inclinaient-ils pas vers l'un des deux excès que signale ici Pascal, et leurs adversaires vers l'autre excès".

^ « Aux prêtres. » 11 aurait pu dire également ; Les uns concluent que ce qui est défendu les jours de fête, est liéfendu les jours ouviiers; et les autres, que ce qui est permis aux jours ouvriers l'est aussi aux jours de fête? etc.

^ « La nature s'imite. » Voir le paragraphe 9.

■* « Qui sont. » Les nombres, qui sont d'une nature si différente de celle de l'espace. Ils l'imitpnt pounant. en ce que, comme l'espace, i! • s'ajoutent à l'infini et se divisent à l'infini : en ce que les lignes géométriques se mesurent par les nombres simples ou à la première pui~i>anco , les surfaces se mesurent par la seconde puissance des nombres, et les solides , par la troisième. C'est du principe énoncé ici qu'est née toute une science, l'application do l'algèbre à la génmétne, où on voit la loi d'un lieu géométrique exprimée par une équation. Mais en quoi \ci nombres et l'espace sont-ils de nature si dif^rente? Si\iit-ce des choses réellement existantes, et qui aient une nature? Le nombre est en génér.i! l'expression d'un rapport de quantité ; et la première et la plus f-ensiblo des quantités n'est-elle pas l'étenUie? — Ce q'i il y a de vrai et de l'rofond, ici et au par'^graphe 9, c'est que dans le monde phy.*ique comme dans le monde moral tout se lient, tout est un; la nature est un continu sans solution.

L'admiration* gâte tout dès l'enfance. Oh! que cela est bien dit! qu'il a bien fait! qu'il est sage! etc. Les enfants de Port-Royal , auxcfuels on ne donne point cet aiguillon d'envie et de gloire, tombent dans la nonchalance^.

L'expérience nous fait voir une différence énorme entre la dévotion et la bouté.

Quel dérèglement' de jugement, par lequel il n'y a personne qui ne se mette au-dessus de tout le reste du monde, et qui n'aime mieux son propre bien, et la durée de son bonheur et de sa vie que celle de tout le reste du monde !

On aime à voir ' l'erreur, la passion de Cléobuline, parce

' « L'admiration. « En titre, La gloire.

' « La nonchalance. » Voir, pour le commentaire de ce fragment, Sainte-Beuve, t. m, Ecoles de Port Royal, paç^e 406. Voir aussi, page 402, ce passage des Mémoires de Fontaine : « Quand il y avait quelque bien » dans quelqu'un de ces enfants, il 'M. de Saci] me conseillait toujours « de n'en point parler, et (l'étoufTer cela dans le secret. « Quintilieii au » contraire : « Je veux un enfant que la louange excite, qui aime la » gloire, qui pleure d'être vaincu '1, 3]. » Quiutilien prépare un artiste en éloquence, et Saci un solitaire. Si nous voulons un honnête homme, suivons la nature en la tempérant.

^ <• Quel dérèglement. » Ce fragment, qu'on a déjà vu sous le numéro 2, est répété ici par erreur.

* « Ou »ime à voir. » On roman intitulé : Cléobuline, ou la veuve ùirnnnuit, avait paru en IfiiiS; je ne l'ai pas lu, mais la Cléobuline de Pareil n'e>t pas celle-l.i. Un mot de madame de/Sévigné nous met sur la voie. Elle écrit a sa fille, en lui p. niant d'une madame des l'entes, rjui a été aimable comme un ange : » .Ma lemoiselle de Scudcri l'adurail ; •> c'était la princesse Cléobuline [c'psl-a-dire c'étai» elle que mademol^elle 1) de Scudon av;iii re|irésentée dans la princesse Cléobuline]; elle avait un i> pniH-e 'lhi\is\ bille en ce temps-la; c'est la plax yilif histoire de (yrus >< [ I 3 mai I67i ]. o Cléobuline, princesse , puis teine de Connthe, figure en divers endroits dans Artamène, ou le grand Cyrus. Mais ou trouvera

qu'elle ne la connaît pas. Elle déplairait, si elle n'était trompée ^

Prince à un roi ^ plait, parce qu'il diminue sa qualité.

On ne s'ennuie point' de manger et dormir tous les jours,

particulièrement l'histoire de sa passion au livre second de la septième partie. Elle est amoureuse d'un de ses sujets, Myrinthe, qui n'est pas même Cormihien d'origine ; mais « elle l'aimait sans penser l'aimer, et elle « fut si longtemps dans cette erreur que cette affection ne fut pins en état » d'être surmontée lorsqu'elle s'en aperçut. » Toute cette histoire, beaucoup moins charmante aujourd'hui qu'elle ne le semblait, alors (ainsi que le roman tout entier), ne parait pas cependant indigne d'avoir intéressé madame de Se vigne et Pascal (a). On sait d'ailleurs que mademoiselle de Scudéri était en très-bons terme» avec MM. de Port Royal, qu'elle avait flattés dans la Cléiie : cf. Sainte-Beuve, t. il, page 259 et suivantes. Mais quand on a lu le fragment de Pascal , on est un peu étonné de voir la manière dont il s'exprimait à la tin de la quinzième l^rovinciale : « Que » doit-on répondre de même à tous les discours vagues de cette sorte qui » sont dans vos livres, et dans vos avertissements sur mes lettres, par >• exemple.... que je suis aussi pensionnaire de Port-Royal, et que je fai- » sais des romans avant mes lettres, moi qui n'en ai jamais lu aucun,» etc. Il faut bien avouer qu'il y a ici quelque chose de cet entraînement oratoire, que les amis nomment hypeibole, et que les ennemis appellent mensonge. Pascal avait lu au moins le Cyrus.

' « Trompée. » Trompée par elle-mômo, sa trompant elle-même.

-' « Prince k un roi. » 441 . Le sens naturel de cette phrase, qui est que le prince diminue la qualité du roi, ne parait, pas sati-fai>ant. Cela pourrait se d.re, a la ngueui, mais qu'y a-t-il la qui puis-e plaire au roi? Je pense donc qu'il f.iut rapporter il au roi , et sa au prince. Le roi diminue, par sa grandeur incompaiable , la grandeur du prince; il le met presque de niveau avec le reste des sujets , et cela même est une jouissance pour son orgueil.

Mais aiijoiird'liui, seigneur, que ses yeux dessillés... "Verront autour de vous les ToU sans oiidèine, Inconnus dans la toute, et son amant lui-même, Attachés sur vos yeux, s'honorer d'un regard Que vous aur.ez stir eux fait tomber par liasard....

I Drilnnnicus, II, 2.) ■■' « On ne s'ennuie point. » Le sermon sur la montagne {Mallh., v, 1J s'ouvre par ce qu'on appelle les huit béatitudes : « liienheureux les pauvres

(n) Remarquons .seulement, au sujet du passage do madame de Sévigné, quelle mêle un p^u ses souvenirs, et que le princ- Thras\buif, qui ^st aussi un des lu-ros de Cyrvs, n'y est pas l'amant de Cléobulii.e. L'tiittoire de ses amours avec la belle Alcionide se trouve dans la troisième partie , au livre IH.

AHTICI.K XXV. kH

car la faim renait, et le sommeil : sans cela on s'en ennuierait. Ainsi, sans la faim des ohoses spirituelles, on s'en ennuie. Kaim de la justice; béatitude huitième.

Il n'y a que deux sortes d'hommes : les uns justes, qui se croient pécheurs; les autres pécheurs, qui se croient justes.

I! n'est pas bon d'être trop libre. Il n'est pas bon d'avoir tout le nécessaire.

L'espérance* que les chrétiens ont de posséder un bien infini est mêlée de jouissance aussi bien que de crainte: car ce n'est pas comme ceux qui espéreraient un royaume, dont ils n'auraient rien étant sujets^; mais ils espèrent la sainteté, l'exemption d'injustice, et ils en ont quelque chose.

Scaramouche', qui ne pense qu'à une chose. Le docteur,

» d'esprit, parce que le roy ume dos cieux est à eux. Bienheureux ceux » qui bont doux, parce qii'ils posséderont la terre, » etc. Lu huitième est celle-ci : a Heureux ceux qui soullVent pers'^cuimn pour Id justice, car » le royaume des cieiix est ii eux. u II pouv.nt citer aussi lu qudtrirme : ■ Heureux ciux qui ont faim et smf de la justice, car ils seront rassj.-<iés.»

' a L'espérance. » Cette pensée est une espèce de supplément à celle qui forme le second fragment du parai^raphe I de l'article x, page 184.

' « Etant sujets. » C cst-a-dire. (pu espéieraient pour l'avenir une royauté dont ils ne jouiraient en aucune manière dans le pré.-ent, tant qii lU ne seraient pas rois, mais sujets. Il n'en est pas ainsi de la royauté s[>i>ituelle des lidcles : ils no seront saints que dans le ciel, mais ils sont déjà fidèles sur la terie; ils ont donc en eux déjà quelque chose de la s.iintcté. Il y a pour eux un gain présent, une jouissance; jouissance mêlée de crainte, parce qu'ils ont toujours à crainJre, tant qu'ils vivent, de tomber dans le péehe et dans la réprobnlion.

•• « Scaramouchc. « P.isral veut peindre la préoccupation, et il en rassemble d ver» exemples Scara-nouche » st un des rùles traditioi nels de la comédie italienne, et ce nMe était rempli alors avec le plus grand éclat par

qui parle un quart d'heure après avoir tout dit, tant il est plein du désir de dire ^ Le bec du perroquet, qu'il essuie^ quoiqu'il soit net.

Comminutum cor '. Saiint Paul. Voilà le caractère chrétien. « Albe vous a nommé, je ne vous connais plus. » Corneille. Voilà le caractère inhumain. Le caractère humain

est le contraire*.

Symétrie S est ce qu'on voit d'une vue. Fondée sur ce qu'il n'y a pas de raison de faire autrement. Et fondée aussi sur la figure de l'homme, d'où il arrive qu'on ne veut la symétrie qu'en largeur, non en hauteur ni profondeur.

Morale* et langage sont des sciences particulières, mais universelles.

l'acteur Tibeiio Fiiirelli. Il est clair que Pascal l'avait vu jouer, et qu'il l'avait vu en philosophe.

' « Du désir de dire. » C'était encore là un personnage et un jeu de théâtre consarrés dans les farces italiennes. Molière avait r'^produit cela dans une des ébauches de sa jeunesse, la Jalousie du Barbouillé , et il en a tiré depuis rad'nirable scène du docteur Pancrace, dans le Mariage forcé. Mais cette comédie est postérieure à la mort de Pas'-al.

' « Qu'il essuie » Jl, c'est le permqiiet lui-même. — Pascal appliquait-il tontes ces imcges à quelqu'un de ses a.lversaires?

■■ « Comminutum cor. » Ces expressions ne sont ni dans sant Paul ni nulle part dans la Bii le; mais on lit dans le Miserere { Ps i , 19) : Sacrificium Deo spirilus contribulafus ; cor contritum et humili tum , Deus. non despicies. « Le sacrifice qu'il fa'it à Dieu est imip àine abattue; vous ne » mépriserez point, ô Dienl un cœur hriié cl liumilié. n

■* « Le contraire. » Corneille nous a montré aussi ce contraire {Horace, 1 1 , 3 J :

Je vous connais encore, et c'est ce qui me tue. Ainsi Pascal di>tingiie trois états de l'âme, sainteté, nature, férocité.

'•" « Symétrie, i' Cf. le fiai^ment vu , 22.

* « Morale. » En titre • Unicersel. Pascal vent dire que comme il y a diverses langu' s suivant ks p.iys , il y a aussi des morales .lifferei.tes selon les conditions ; le laïque , par exemple , n'a pas les mêmes devoirs

ARTlCLi: XXV. ioi

... Mais il est impossible' que Dieu soit jamais la fin, s'il n'est le principe. On dirige sa vue en haut, mais on s'appuie sur le sable : et la terre fondra, et on tombera en regardant le ciel.

... L'ennui qu'on a de quitter les occupations ou l'on s'est attaché. Un homme vit avec plaisir en son ménage : qu'il voie une femme qui lui plaise, qu'il joue cinq ou six jours avec plaisir; le voilà misérable s'il retourne à sa première occupation. Rien n'est plus ordinaire que cela.

C'est une chose - déplorable de voir tous les hommes ne délibérer que des moyens, et point de la fin. Chacun songe comment il s'acquittera de sa condition ; mais pour le choix de la condition, et de la patrie, le sort nous le donne. C'est une chose pitoyable, de voir tant de Turcs, d'hérétiques, d'infidèles, suivre le train de leurs pères, par cette seule raison qu'ils ont été prévenus chacun que c'est le meilleur. Et c'est ce qui détermine chacun à chaque condiiion, de serrurier, soldat, etc. C'est par là que les sauvages n'ont que faire de la Provence'.

que le prêtre, etc. Mais de nn*me qu'une langue étant donnée, les règles de celle ianijHe sont les mômes pour tous ceux qui la pHrlein ; amsi ch.'quc moi aie aussi est uiiivcrseile dans um- condition donnée , cl elle ne vjrie I as avec les consi iences et les opinions. C'est pour combattre la doctrine -le la pribahilné.

' « M^is il e^t imposs ble « Pascal attaque ici encore cette fausse dévotion, qui prétend travailler |)nur Dieu, niais qui n'emploie pour cela (jue des moyens humains. L'ima.ïO qui tcrmirie co fragment est bien belle.

- Il C'est une chose. » En lilrc : La pncetilion induisant en erreur.

« De \,\ Province » Cependant les barbares du nord de l'Europe et

de l'Asie ont eu affaire et de la Provence, et de l'I'alie, et de I E>pasiie.

— On a déjà vu ailleurs les idées que présente ce fragment. Cf. m, 4 et

X, i. On lit encore dans le manuscrit <• Pensces. Tout est un, tout est di-

Description^ de l'iiomme. Dépendance, désir d'indépendance, besoin.

On n'est pas misérable sans sentiment : une maison ruinée ne l'est pas. 11 n'y a que l'homme^ de misérable. E(jo vir videns^.

La nature de l'homme est toute nature, omne animal''. Il n'y a rien qu'on ne rende naturel ; il n'y a naturel qu'on ne fasse perdre.

... La vraie nature étant perdue, tout devient sa nature; comme , le véritable bien étant perdu, tout devient son véritable bien.

La juridiction ^ ne se donne pas pour [le] juridiciant, mais

» vers. Que de natures en celle de l'homme 1 que de vocations ! Et par quel » hasard chacun prenrl d ordinaire ce qu'il a ouï eslinierl Talon bien » tourné. » Ces derniers mots s'expliquent par un autre fragment : « Talon » de soulier. Oh 1 qu^ cela est bien tourné 1 que voilà un habile ouvrier 1 » Que ce soldai e?t harJi ! Voila la source de nos inclinations, et du choix » d^s conditions. Que celui-là boit bienl que Celui-là boit peul Voilà ce » qui fait les gens sotires et ivrogn-s. soldats, poltrons, etc. »

' « Description » Dépendance d'abord, désir d'indétiendance ensuite, puis beso ns qui contrarient ce ilésir, et nous font retomber dans la dépendance primitive.

^ « 11 n'y a que l'homme. » Cf. i, 4.

^ « Ego vir videns. » Jérém Tliren., m , 1 : E'jo vir videns paupertalein meam. « Je sui-. un homme qui vois quel est mon dénùment. »

^ « Omne animal. » Ces mots sont-ils pris du verset de la Genèse, oii il est dit qu'il y avait dans l'arche avec Noé et ses fiU , toute espèce d'animal : Ipai et omne aninial secundum gi-nus suuin (vu, 14)? Sur la pensée de ce fragment, cf. m, 13.

* « La juridiction. » En titre : Injustice. On entend bien ces mots de juridiciant et de juridiciè , quoiqu'ils ne soient point dans le dictionnaire ni dans l'usage.

ARTICLE XXV. ijj

pour le juridicié. 11 est danfiereux de le dire au peuple' : mais le peuple a trop de croyance en vous^; cela ne lui nuira pas*, et peut vous servir. Il faut donc le publier. /*flsfc vi'cs meas'', non trias. Vous me devez pâture'.

La Sagesse' nous envoie à l'enfance : nisi efjïciamini sicut parvxili''.

La vraie religion* enseigne nos devoirs, nos impuissances (orgueil et concupiscence), et les remèdes (humilité, mortification],

L' écriture' a pourvu de passages pour consoler toutes les conditions, et pour intimider toutes les conditions. La nature semble avoir fait la même chose par ses deux

' « Au peuple. » Au grand nombre. Parce que ce serait l'autorisera se révolter quand les chefs gouvernent dans leur iulérèt et non dans le sien. Or, Pascal, à aucur) prix, ne vcui autoriser la révolte.

^ u Eu vous. » A qui parle-t-il? Aux pasteurs, d'après ce. qui suit, c'est-à-dire aux évoques, ou mi^me au pape.

' n Ne lui nuir.1 pus. » C'est-à-dire ne le détachera pas de l'obéissance qu'il vous doit. Pascal le croyait.

* n Oves meas. » C'e^t la parole de Jésus à Pierre [Jean, xxi, 17) : « Pais mes brebis. « Il ne dit pas : Pais les brebis.

' « Pâture. » Celte pâture, c'est la vérité, la saine doctrine On voit bien que, lorsqu'il attaque en général Vinjusdcc que la loi ou l'autorité ont souvent en elles, Pascal pi'n>c en pariiculicr aux sentences qui frap-^ paient le jansénisme, aux décisions du pape, à celles de l'assemblée du clergé.

* « La Saeesse » La sagesse divine, Dieu même.

' « Sicut parvuli » HattU., xviii , 2 : " Jésus, appelant un petit en- » fanl, le plaça au milieu d'eux et leur dit Je vous le dis en vérité, si » vous ne changez et si vous ne devenez comme de pvtiU enfants, vous - n'eutrciez pas dans le royaume des cieux. »

' o L,i vraie religion. » Cf. xii , \.

' " L'Ecriture. » Sur leb deux infinis naturels, >oii i , I ; 't sur l';» d'^ux infinis moraux , x\v. rtj.

infinis , naturels et moraux : car nous aurons toujours du dessus et du dessous % de plus liabiles et de moins liabiles, de plus élevés et de plus misérables, pour abaisser notre orgueil, et relever notre abjection.

L'Être éternel est toujours, s'il est une fois.

La corruption de la raison paraît par tant de différentes et extravagantes mœurs. Il a fallu que la vérité soit venue, afin que l'homme ne véquit^ plus en soi-même.

La coutume^ est notre nature. Qui s'accoutume à sa foi, la croit, et ne peut plus ne pas craindre l'enfer, et ne croit autre chose. Qui s'accoutume à croire que le roi est terrible...., etc. Qui doute donc, que notre âme étant accoutumée à voir nombre, espace, mouvement, croie cela et rien que cela?

... Que me promettez-vous '^ enfin, sinon dix ans d'amourpropre, à bien essayer de plaire sans y réussir, outre les peines? Car dix ans, c'est le parti.

' « Et du dessous. » C'est-à-dire qu'il y aura toujours quoique chose au-dessus île nous et quelque chose an-iiessous.

^ « Ne véquU. » On dirait aujourd'hui : ne vécûl. — « Eu soi-niéme. » Mais bien en Dieu.

•^ « La coutume. » Se reporter au fi'agment x , 1 , et surtout aux premières lignes de ce fragnietit, page 170.

* « Que me promettez-vous. » Pascal s'adresse aux mondains, aux honncles yens de l'école île Méié ou de Milon (cf. vi, '20), qui au heu de se proposer pour fin de la vie Dieu et le s;dut, ne se proposaient que Vlionnc'teté [d. 39), c'est-à-dire un certain art de se plaire parmi les hommes ou leur plaisant, et d'être heureux par l'amour-proprc. Voilà donc le souverain bien de l'homme, dix ans passés ainsi! car les probabilités établissent qu'à un moment donné on n'a pas à espérer plus de dix ans do vie. C'est là la chance offerte, c'est le parti. Voir page 177, note 3.

Fausseté des autres relij^ions. Ils n'ont point de témoins, ceux-ci en ont'. Dieu délie les autres religions de produire de telles marques : Isaïe, XLtii, O; xliv, 8.

i>es doux plus anciens livres du monde sont Moïse et .lob, l'un juif, l'autre païen-, qui tous deux regardent JÉsus- CuuisT comme leur centre commun et leur objet : Moïse, en rapportant les promesses de Dieu à Abrabam, Jacob, etc., et ses prophéties' ; et .Tob : Quis miln det ut % etc. Scio enitii i/uod redemplor meus vivi(, etc.

.le ne serais pas chrétien * sans les miracles , dit saint Augustin.

On n'aurait point péché en ne croyant pas Jésus-Christ, sans les miracles : Vide an inenliav^.

11 n'est pas possible de croire raisonnablement contre les miracles.

' » Ceux-ci en ont. » lU, ce sont les païens; ceux-ci, sont les Juifs.

' a L'autre païen. » Job ctiit de la terre Je llus, dit la Bible. Lu tradition place cette terre en Arabie, et regarde Job comme un Arabe.

' « Et ses prophéties. » Ses se rapporie-l-il à Dieu , ou à Moïse luimôme?

* o Quis mihi det ut « Job, xix. 23-2fi ; « Qui me donnera de tracer dans u un livre m^s paroles?... Oui , je sais qu'il existe pour moi un Rédemp- » leur, et que je me relèverai de la terre au dernier jour. »

* « Je ne serais pas chrénen. » Je ne sais si on peut trouver ces paroles textiieilemi-nt dans saint Augustin, mais il revient souvent sur l'importniice des miracles pour établir la foi. Voir parlirulieremcnl le chapitre 9 du livre XXII de la Cité de Dieu, et le livre De ulititale credendi. où il dit positivement que la religion du Christ s'est établie par les miracles.

* « Vide an mentiar. » " Waya si je mens. « Videle an merttiar, dit Job il to9 nmis (vi, ?«'

i58 l'ASCAL. — PLAStLS.

Ubi est Deus tinis^l Les miracles le montrent, et sont un éclair.

Pour les religions, il faut être sincère; vrais païens '^ vrais juifs, vrais chrétiens.

... Que Jésus-Christ* sera à la droite, pendant que Dieu lui assujettira ses ennemis. Donc il ne les assujettira pas luimême*.

Si ne marque pas ^ l'indifférence : Malacliie, Isaïe. h., Si volumus, etc. In quacunque die.

Adam forijia fuluri^. Les six jours pour former l'un', les

' « Ubi est Deus tuus. » « Où est ton Dieu? » Ces paroles sont apparemment prises de l'Ecriture, mais je ne sais pas précisément en quel endroit. On trouve au psaume cxiii : Ubi est Deus eorum ?

- « Vrais chrétiens. » C'est-à-dire jansénistes.

•* « One Jésus-Chiist. » En titre : Prophéties. Voir le psaume cix, Dij.it Domi7iiis.

* « Lui-même. » Donc le Messie te sera pas un roi temporel.

* « Hi, ne marque pas. » Je crois que ce fragment obscur se rapporte aux discus>ions sur la giâce et la ])rédestination. Les adversaires de la précfestination s'appuyaient de certains passages tels que Cr-ux-ci : « Si

«vous voulez m'enteiidre, vous goûterez les biens de la terre ; si vous » ne voulez pas,... le glaive vous dévorera. » Isaïe, i, 19. Et encore : «Si » vous ne voulez pas m'enten'ire, j'enverrai sur vous la misère, etc. » AlwlacUie , II, 2 Donc, disaienl-ils , Dieu subordonne sa sentence à la résolution des hommes , il ne les a point faits prédestinés; il n'a point par lui-ménic de parti pris, il est indifféreni entre leur s.ilut et leur ilanmalion, cl s'en rapporte du chviix à e "X-mêmes. Pascal répond que le si ne marque pas cette indilîérence, qu'il n'est fia-* picp eoient conditionnel, qi;e si Kolueriiis équivaut à in quacunque die tolaeritis, c'est-à-dire : le jour oii vous m'aurez obéi, vous serez recompensés, comme vous serez punis le jour où vous m'aurez désobéi.

" « Forma futuri. » C'est-à-dire, figure de celui qui était à venir. fUjni., V, I 4.

' « Pour former 1 un. » Adam. L'autre est Jésus-Chrifct. On peut voir

ARTICLK XXV. i59

six Ages pour former l'aulre. Les six jours que Moïse représente pour la formation d'Acîam , ne sont que la peinture des six âges pour former Jksis-Cmrist et l'Kglise. Si \dam n'eut point peohé, et que .Iksi s-Chiust ne fût point venu, il n'y eut ou qu'une seule alliance, qu'un seul âge des hommes, et la créiition eût été représentée comme faite en un seul temps ' .

Ne timeas- pusillus grex. — Timoré et tremore^. — Quid ergo^l Ne timeaSy modo timeas : Ne craignez point, pour\u que vous craigni( z ; mais si vous ne craignez pas, craignez.

Qxii me recipH^, non me recipit ., sed cum qui me nmit. —

rlans la Chronologie sacrée, placée à la suite de la Bible de Saci , qu'on divisait l'histoire du monde en sept âges, savoir : 1° de la création au déluge; 2» du déluge à la vocation d'Abraham; 3° d'Abraham à la sortie d'Egypte; 4" de la sortie d" Egypte à la fondation du Temple; o" de la foudition du Temple a sa restauration par Cynis; 6'' de Cyrus à la naissance du Christ; et 7" de la naissance du Christ à la fin du monde. Bossuet a enc ire indiqué celte division «ians son Discours sur l'histoire universelle, mais sculenient en marge et sans s'y arrêter. Bossuet surtout se garde bien de comparer les six âges aux six jours, car le rapprochement pèche esseniiellemeiit. En efTet, Adam a été forme au sixième j'<ur, tandis que Jésus-Christ ne piraU qu'au soplicmeùge; il y a donc six âges avant Jésus- Christ, il n'y a que cin([ jours avant Addm.

' « Eli un seul 'cmcs. ■ On lit encore ailleurs : « Les si\ âges. Les six

Pères des six âges. Les six merveilles à l'entrée des six â.;es. Les six... » illisthU] à l'ei'trée des six âges » yucis sont ces six Pères et ces six m»*rveillos? Peut-étie Ad.im , Noc , Abraham, Moïse, Silomon . Esdras. Peut-être la créiition, le déluge, la destruction de Sodome , le passige de la mer Rouge, la grandeur extraordinaire de Salomon , la grandeur non moins extraordinaire de ''yrus.

•' « Ne tim> as. » a Ne craienez pas, chctif troupeau. » Lw , xii, .32.

■■ o Et treniiirc. « Ces paroles se trouvent plusieurs fois , mais P.iscal a sans doute dam* la pensée ce passage de saint Paul : Cum mclu el Iremnrc leslrnm satuiem operamini. tlphés.. Il, I 2 : « Travaillez a l'œuvre de votre • salut avec crainte et tremblement »

* « Quid ergo. » C'est Pascal ui-même qui commente en latin ces textes latins : « Qu'est-ce que cela veut dire? Ne craignez point, etc. » Voilà ce (|iii concilie la contradiction apparente.

* " Qui nie recipit. u « si un me reçoit, ce n'est pas moi qu'on reçoit , i> mais > elui qui m'a envoyé. » C'est à trés-peu près le texte de Marc, ix, 36. Voir aussi les autres évangiles.

Nemo scit^, neqiie Filius. — Nuhes lucida ubumbravit ^.

Saint Jean devait convertir les cœurs des pères aux enfants*. Et Jésus-Christ met la division*. Sans contradiction ^

Les effets *, in communi et in parliculari. Les semipélagiens errent en disant in communi , ce qui n'est vrai que in partlculari'' ; et les calvinistes, en disant in parliculari, ce qui est vrai in communi^, ce me semble.

Joh, , VIII : MuUi * credidei'unt in eum. Dicehat ergo Je-

' « Nemo scit. » « Personne ne le sait, pas même les anges, pas » même le Kils, mais le Père seul. » Marc, xiii, 32. Ici Jésus se sépare de son père; là il se confondait avec lui. Autre contradiction qu'il faut concilier.

* « Nubes lucida obumbravit. » « Une nuée lummeuse s'étendit sur eux [il » s'agit des trois apôtres qui ont suivi Jésus sur le Thabor] , et de la nuée » SOI tit une voix qui disijit : C'est ici mon fils bien-aimé. » 3/(////t., xvii, 6. Nuée lumineufe, ombre et clarté à la fois, voilà ce que Pascal trouve quand son regard s'attache à la personne de Jésus, l-es difficultés de lEcriture le lui voilent, mais Dieu lui-même se fait entendre pour le lui révéler.

^ « Aux enfants. » Luc, i , 17. Il s'agit de saint Jean Baptiste, le Précurseur. Convertir, c'est-à-dire ramener.

■* « La divi.sion » Luc, xii, 51 : « Croyez-vous que je suis venu mettre » la paix sur la terre? Non, en vérit», mais la division. Car désormais, » s'il y a dans une maison cinq personnes, elles seront divisées, trois » contre deux et deux contre trois. Le père sera en division avec le fils, » et le fils avec le père, et la mère avec la fille, et la fille avec la » mère, etc. »

' « Pans contradiction. » C'est-à-dire qu'il faut aimer son prochain , même infidèle, et ne rompre de cœur qu'avec l'intidélité. Mais si la doctrine pure concilie la contradiction, qu'il est difTicile de la concilier dans la pratique 1

* « Les effets. » C'est-à-dire : les choses peuvent s'entendre en un sens général ou en un sens particulier

' « Que in particulari. » lorsqu'ils disent que la grâce est di^nnée aux hommes, tan iis qu'elle ne l'est, suivant Pascal, qu'aux prédestinés.

" « Vrai in communi. » Q'ian'l ils disent que les justes seuls reçoivent le Christ rians la communion. Cf. xxiv, "iS.

^ « Multi. » (( Beaucoup crweiit en lui. Et Jésus dis.nit : Pi vous de- » meurez fidèles a ma (lar le. vous serez mes vrais disciples, et la vérité » vous rendra libres. Us répondirent : Nous sommes enfants d'Abraham,

AHTlCLt: XXV. '«fil

SUS : Si manserids..., vere mei disci/ndi eritis, et veiitas liborabit vos. Besponderunt : Scmen Abra/iœsumus,et nemini ■<terviiiius nnqiiain.

Il y a bii'ii eie In différence entre les disciples et les vrais disciples. On les reconnaît en leur disant que la véiité les rendra libres. Car s'ils répondent qu'ils sont libres*, et qu'il est en eux de sortir de l'esclavage du diable , ils sont bien disciples, mais non pas vrais disciples.

Ne vivre ^ que de son travail, et régner sur le plus puissant État du monde, sont choses très-opposées. Elles sont unies dans la personne du Grand Seigneur des Turcs'.

... Les vrais chrétiens^ obéissent aux folies néanmoins, non pas qu'ils respectent les folies; mais l'ordre de Dieu, qui pour la punition des hommes, les a asservis à ces folies. Omnis creatura^ subjecta est vanitati. Liierabitur.

» et nous n'avons jamais été esclaves [serrii-imus, dans le texte]. Commen » donc peux-tu nous dire : Vous serez libres? Et Jésus rcpondit : Je vous » le dis en vérité, quiconque commet le péché est esclave du péché. » Jean, viii, 30 et sqq.

' « Libres. » On voit que cela s'adresse aux adversaires de la grâce nécessitante, à ceux que Pascal appelle pélagiens.

* a Ne vivre. » En titre. Inconstance et bizarrerie. Inconstance veut dire ici inconsistance, incohérence, désaccord.

■* « Des Turcs. » Je ne sais où Pascal a pris cette tradition : si elle est dans Montaigne, je ne me le rappelle pas. Rousseau la rappelle et la commente dans VEmile, vers la fin du livre 111. Mais déjà en loGO, Guillaume Poste! , dans son livre de la République des Turcs, troisième partie, avertissait ses lecteurs de n'en rien croire : « Et n'e?t |>as ainsi que dirent « quelques-uns, qu'il laboure, puis envoie une poire ou autre fruit à un >' bai-chia, et lui mande qu'il lui donne mille écus : ce sont folies, etc. p

* u Les vrais chrétiens. » Voir v, 7, second fragment. Ces folies ce sont les lois du monde, le* pouvoirs cl les rangs établis parmi les hommes.

' « Omnis creuiura, » flom,, vin , 80 : o La créalure est asscrvio à la u vanité [c'est*à-dire k l'illusion , au né^nt, aux déceptiong du moiido], <) nou par ta volonté, mais par celle de celui qui l'a usiujeltie à co joug ,

Ainsi saint Thomas' explique le lieu de saint Jacques sur la préférence des riches, que, s'ils ne le font dans la vue de Dieu, ils sortent de l'ordre de la religion-,

Abraham ne prit rien ^ pour lui , mais seulement pour ses serviteurs; ainsi le juste ne prend rien pour soi du monde, ni des applaudissements du monde; mais seulement pour ses passions, desquelles il se sert comme maître, en disant à l'une, Va \ et [à l'autre], Viens. Suh te erit^ appetitus tmis. Les passions ainsi dominées sont vertus. L'avarice, la jalousie, la colère. Dieu même [se] les attribue'; et ce sont aussi bien vertus que la clémence, la pitié, la constance, qui sont aussi des passions. Il faut s'en servir comme d'esclaves, et leur laissant leur aliment, empêcher que l'àme n'y en prenne; car quand les passions sont les maîtresses,

» en lui donnant l'espérance. Car la créature sera délivrée un jour do » l'esclavage de la corruption. »

' « Saint Thomas. » Dans son Commentaire sur l'Epltre de saint Jacques.

* « De la religion. » Jac, ii, 1 : « Mes frères, ne faites point acception » de personnes, vous qui avez la foi de la gloire de N. S. J.-C. Car s'il » entre dans votre assemblée un homme avec un anneau d'or et une robe r> blanche, et qu'il y entre aussi un pauvre avec un méchant habit, si vous » ne faites attention qu'à celui qui est richement vctu , et que vous lui » gisiez : Toi , prends ici ce siège d'honneur , tandis que vous dites au » pauvre : Toi, reste là debout, ou assieds-toi au-dessous de mon mnrw chepied; vous faites donc tntre eux une distinction, et vous suivez » des pensées contraires à la justice. » Saint Thomas et Pascal n'osent prendre ce passage à la lettre, et supposent que l'apôtre ne défend pas réellement d'accorder au riche ces préférences honorifiques, mais qu'il veut qu'on ne le fasse que dans la vue de Dieu, et non suivant des pensées mondaines.

' « Ne prit rien. » Quand il eut vaincu le roi de Sodome. Gen., xiv, 2'i-.

* a A l'une. Va. » Comme le centurion de T Evangile à ses soldats : /."' dico hvic, Va(h' , et vatlit, et alii , Veni, et venit Matth., vm , 9.

' « Sub te erit. » Gen., iv, 7 : « Tu tiendras sous toi tes désirs. »

* " Attribue. » Pour la jalousie et la colère, voir xvi, 12. Quant à 1'.'- Yarice, voir dans Matthieu, xxv, la parabole des talents d'argent.

elles sont vices, et alors elles donnent à l'àme de leur aliment, et l'Ame s'en nourrit et s'en empoisonne*.

On ne s'éloigne [de Dieu] qu'en s'éloignant de la charité*. Nos prières et nos vertus sont abomination devant Dieu, si elles ne sont les prières et les vertus de .Tésus- CuRisT. Kt nos péchés ne seront jamais l'objet de la miséricorde, mais de la justice de Dieu, s'ils ne sont ceux de .lÉsis-CunisT. 11 a adopté nos péchés, et nous a admis à son alliance; car les vertus lui sont propres, et les péchés étrangers; et les \crtus nous sont étrangères, et nos péchés nous sont propres.

Changeons la règle que nous avons prise jusqu'ici pour juger de ce qui est bon. Nous en avions pour règle notre volonté, prenons maintenant la volonté de Dieu : tout ce qu'il veut nous est bon et juste, tout ce qu'il ne veut pas nous est mauvais ?

Tout ce que Dieu ne veut pas est défendu. Les péchés sont défendus par la déclaration générale que Dieu a faite ([u'il ne les voulait pas. Les autres choses qu'il a laissées sans défense générale, et qu'on appelle par cette raison

' « Et s'en empoisonne. » Quand Pascal écrivait les Provinciales, il ne pouvait empiVhcr que son amour-propre no jouit des applaudhaemenls du monde. Il .«entait encore d'autres passions (lattces en lui, comme la colère et l'amour delà vengeance Que faire à cela? Laisser à ces passions leu"- Hliment et lu lorce qu'elles en tirent, pour tourner cette force au profit de l'œuvre qu'il préti'ndait accomplir, la défense de la grûce de Jésus- Christ. Car hi passion donne unn grande puissance. Mais en même tomps , .■«'etrorc' r de dominer ces sentiments, au lieu d'en éire dominé, et conserver la rharilf au fond de siin Ame. Vojl;^ re qii(> je nois apercevoir dans ce fragment curi.-ux et subtil. — .M'i» de Scudori écrivait de d Andilly dans un portrait cité par M. Sainte-Beuve, t. Il, p. 260) : « Il se sert » mémo de la colère pour défendre In justice, quand il ne le peut faire » autrement. »

' » La charité » C'est ii.ujour^, dnns le sens théologique du mot, l'o-» •nnur de Dieu dani le Christ.

permises, ne sont pas néanmoins toujours permises. Car quand Dieu en éloigne quelqu'une de nous, et que par l'événement, qui est une manifestation de la volonté de Dieu, il paraît que Dieu ne veut pas que nous ajons une chose, cela nous est défendu alors comme le péché, puisque la volonté de Dieu est que nous n'ayons non plus l'un que l'autre. Il y a cette différence seule entre ces deux choses, qu'il est sûr que Dieu ne voudra jamais le péché, au lieu qu'il ne l'est pas qu'il ne voudra jamais l'autre. Mais tandis que Dieu ne la veut pas , nous la devons regarder comme péché; tandis que l'absence de la volonté de Dieu, qui est seule toute la bonté et toute la justice, la rend injuste et

mauvaise * .

« Je m'en suis^ réservé sept mille, i' J'aime les adorateurs inconnus au monde , et aux prophètes mêmes,

lOT.

Les hommes' n'ayant pas accoutumé de former le mérite, mais seulement le récompenser où ils le trouvent formé, jugent de Dieu par eux-mêmes.

' « Et mauvaise. » Cette chose que Dieu ne veut pas , serait-ce le succès du jansénisme dans le monde, la fortune de Port Royal? 11 semble que l'ardent sectaire par ces paroles gourmande l'impatience de son parti, qui ne peut plus se contenir. Mais au lieu de dire avec Pascal, que le péché n'est péché que parce que Dieu le défend , ne vaut-il pas mieux croire que Dieu ne le défend que parce qu'il est péché?

- « Je m'en suis. » « Je me suis réservé sept mille hommes dans Israël, 1' qui n'ont point fléchi le genou devant Baal. « C'est la réponse que Dieu f<iil aux plaintes du prophète Elie dans l'épître aux Romains, xr, 4, où saint Paul altère et détourne le texte d'un passage du troisième livre des Rois, XIX, 18. C'est là pour Pascal une figure de la petite église janséniste perjicciitcc et fidèle.

^ (' Los hommes. » Pascal lùche de s'expliquer pourquoi les hommes en général répugnent si fûrt à la doctrine ds la grâce nécessitante et toute gratuite,

AftlICLt XXV. ^0a

... J'aurais bien pris' ce discours d'ordre comme celuici : pour montrer la vanité de toutes sortes de conditions, montrer la \anité des vies communes, et puis la vanité des vies philosophiques (pyrrhoniennes, stoïques"-); mais l'ordre ne serait pas j^ardé '. Je sais un peu ce que c'est, et combien peu de gens l'entendent. Nulle science humaine ne le peut garder \ Saint Thomas ne l'a pas gardé *. La mathéma-

' !i J'aurais bien pris. » En titre, Ordre. Il semble qu'il faille construire, J aurais pris d'ordre, comme on dirait bien, J'aurais pris do biais. J'aurais pu prendre ce discours d'après un ordre, suivant un ordre tel que celui-ci.

* u Pyrrhoniennes, stoïques. » C'est la grande division des philosophies : voir l'Entretien avec Saci sur Epictètc et Mont:iigne.

' « Pas gar lé. » Pourquoi? La suite du r.iisonnemcnt i-erait alors celleci : La vie du commun des hommes n'et.t que vanité; la philosophie, soit pvrrhonicnne. soit stOKiiie, u'e^l aiis>i que vanité; donc ce qui est de l'homme n'est que vanité ; donc, ?i on veut quelque chose de solide, il faut chercher ailleurs, c'e.st-à-dire en Dieu. Où est le défaut de ce plan? C'est que pour comprendre les efforts dis philosophes, et entendre leurs systèmes, il faut drjà avoir reconnu , d'une part le vide de l'homme, de l'autre son besoin de plénitude : c'est alors ([u'on se rend compte, et du désespoir de ceux q li n ont été fiapfiés que de ce vide (les pyrrhoniens). et de l'i'r^ueil de ceux (les stoïqup>) qui ont cru que l'homme pouvait trouver en soiiném.e de quiu le remplir. C'est alors aussi qu'au-dessus des uns et des autres, on voit avec admiration la rel i^inn alliint dans un Dieu hon>nic l'iiifîiii néant et l'être infini. Voici donc quel sera le vrai ordre : Vanité de la vie humaine : be>oin que l'homme a de quelque chose de substantiel et de solide, c'esi-à-dire d'un Uieu. Kecf'erihe de ce l'ifu par la philosophie. Illusion des stoïques qui croient le trouver dans leur sagesse. Ab.iltemeni des pyrrhonitiis, qui renoncent à le trouver. Jesus-Christ, consolation et I miére. — On lit en ellél ailleurs dans le manuscrit : « Lettre « pour p rtcr a rechercher Dieu, tt pui> le faire cherci cr chez les (hiloso- » phes, p\ rrhoiiieiis et doj;mati>les,qiii travaillent celui qui le rechinhent. »

* « Ne h- peut ga'der. u Parce que dan-* la scieiue hiimaiiie tout e.-Nl si complexe <t si m>'lé. que pour eniendre pleinement ce qm est au commencement. il fjii 'rait déj 1 savoir ce qui vie (Ira eiisuil>'. Pascal , en se vantant d'avoir plus d ordre que personne , n'esperait donc pas lui-même un ordre pal fait.

' • Pas g^rdé. » Il fall.iit peut-être en ce temps-la la phrase précédtnte pour frtire passer la haritiesse de celle-ci. Mais les élèves d'Au^ustiti, de JanM nius cl de Saiiit-C\raii g ùtaieiit (leii la scl.olasnque, m<*nie daus les livres ue l'Ange de l'Ecole (voir Sainte-Beuve, t. Il, pages 3o, 9t5, ICJ.j.

tique le garde, mais elle est inutile en sa profondeur'.

Ordre par dialogues. — Que dois-je faire? Je ne vois partout qu'obscurités. Croirai -je que je ne suis rien? croirai-je que je suis dieu ?

Toutes choses changent et se succèdent. — Vous vous trompez, il y a...'^

... Une lettre', de la folie de la science humaine et de la philosophie. Cette lettre avant le divertissement.

Dans la lettre', de l'Injustice, peut venir la plaisanterie des aines qui ont tout. Mon ami, vous êtes né de ce côté de la montagne ; il est donc juste que votre aîné ait tout.

TI faut mettre ^ au chapitre des Fondements ce qui est en

Il n'y a en effet dans saint Thomas qu'un ordre extérieur et objectif, qui suppose la science toute faite, et qui l'impose à l'e^i rit arbitrairement; tandis que l'ordre intérieur et subjectif que Pascal demande est celui n)om.' qu(j suit notre intellii;ence pour arriver à la vérité. Saint Thomas commence par la notion 'le Dieu, Pa«cal par la connaissance ce soi-même. Mais à qui devait-il cet ordre, sinon à Descaries, qui savait si bien ce que c'est, qup c'est lui qui l'a enseigné aux hommes de son temps?

' (I En sa profondeur. « Remarquons ces derniers mots. Les éléments de la science sont utiles, mais ces conclusions reculées où elle mène l'esprit par des voies si abstruses et si sûres paraissent ne l'être plus. L'analyse mathématique, pour servir aux appUcatioiiSj doit abandonner de sa rigueur.

^ « Il y a. » Il faut sans doute suppléer : 11 y a quelque chose de permanent et d'immuable.

^ « Une lettre. » Sur le divertissement , voir tout l'article iv. Ce fragment , où Pascal parait vouloir écrire sur la folie de la philosophie avant h divertissement , ne semble pas d'accord avec celui du paragraphe 108.

' « Dans la lettre. » A la fin de ce fragment, le manuscrit ajoute : «Pour- » quoi me tuez-vous? » Voir vi, 3.

■'■ « H faut mettre. » II s'agit sans doute des fondeint-nts de l'interpréta-

AllIKLl. \\^ . ib7

celui des 1- i<iuratifs touchant la cause des Figures : pourquoi .lÉsis-CiiitisT proplu'tisé en son premier avènement' ; pourquoi prophétisé obscurément en la manière ^

Nous implorons' la miséricorde de Dieu, non afin qu'il nous laisse en paix dans nos vices, mais afin qu'il nous en délivre.

Si Dieu nous donnait des maîtres de sa main, oh! qu'il leur faudrait obéir de bon cœur! La nécessité et les événements en sont infailliblement.

Eritis ' sicut dii, scientes honum et malum. Tout le monde fait le dieu en jugeant, cela est bon ou mauvais ; et s'afUigeant ou se réjouissant trop des événements.

IIG.

Faire les petites choses comme grailles, à cause de la majesté de JtsLs-CmusT qui les fait en nous, et qui vit notre vie; et les grandes comme petites et aisées, à cause de sa toute-puissance.

tioD des Écritures. Les Figuratifs sont les auteurs qui interprètent la Bible figuroment. On lit tncore ailleurs : « Parler contre les trop grands figu- " ratifà. «

' u Avènement. » Cf. xv , 8.

« En la manière. » Voir xx , 7, cinciuième fiagment.

■ « Nous implorons. » Il faut sous-enlendre : Ne nous plaignons donc pas, si nous avons à souiïrir.

♦ « Eritis. D « Vous serez comme des dieux, sachant le liion et le mai. " Gen., III , 5. C- sont les [jaroles par Icstiuellcs le serpent tcuie la fenini". Voir \ .Uujustinus , I, iv. 22.

JÉSUS souffre dans sa passion les tourments que lui font les hommes ; mais dans l'aunnie il souffre les tourments qu'il se donne à lui-même : turhavil semctipsum-. C'est un supplice d'une main non humaine, mais toute-puissante, et il l'aut être tout-puissant pour le soutenir.

JÉSLS cherche quelque consolation au moins dans ses trois plus chers amis', et ils dorment. Il les prie de soutenir * un peu avec lui , et ils le laissent avec une négligence entière, ayant si peu de compassion qu'elle ne pouvait seulement les empêcher de dormir un moment. Et ainsi Jésls était délaissé seul à la colère de Dieu.

JÉSUS est seul dans la terre, non-seulement qui ressente et partage sa peine , mais qui la sache : le ciel et lui sont seuls dans cette connaissance.

JÉSUS est dans un jardin % non de délices comme le premier Adam, où il se perdit, et tout le genre humain; mais dans un de supplices, où il s'est sauvé, et tout le genre humain.

' « Le Mystère de Jésus. » Ce morceau précieux a été publié pour la première fois par M. Faugère. Oa doit le regarder comme faisant partie des Peniêes. Nous le rattachons à l'article xxv.

^ « Semetipsum. » Jean, xi , 33, en parlant de l'cmotion que Jésus ('•prouve à la vue de ceux qui pleurent sur Lazare mort. Il y a seipsum dans le texte.

' a Plus chers amis. » Pierre et les deux fils de Zébédée (Jacques et Jean), Matih. xxvi, 37.

* n De soutenir. » Pascal traduit mol à mot l'expression latine : Susliiiele hic (patientez ici). /bi((., 38.

^ « Dans un jardin, u Le jardin des Ulivicr:>. lUid., 30.

Il souffre cette peine et cet abandon dans l'horreur de la nuit.

Je crois que Jésus ne s'est jamais plaint que cette seule fois ; mais alors il se plaint comme s'il n'eût plus pu contenir sa douleur excessive : Mon âme est triste jusqu'à la mort.

JÉSUS cherche de la compagnie et du soulagement de la

part des hommes. Cela est unique en toute sa vie , ce me

semble. Mais il n'en reçoit point, car ses disciples dorment.

JÉSUS sera en agonie jusqu'à la fin du monde : il ne faut

pas dormir * pendant ce temps-là.

JÉSUS , au miUeu de ce délaissement universel , et de ses amis^ choisis pour veiller avec lui, les trouvant dormant, s'en fâche à cause du péril où ils exposent non lui, mais eux-mêmes; et les avertit de leur propre salut et de leur bien avec une tendresse cordiale pour eux pendant leur ingratitude ; et les avertit que l'esprit est prompt et la chair infirme'.

JÉSUS, les trouvant encore dormant, sans que ni sa considération ni la leur les en eût retenus, il a la bonté de ne pas les éveiller, et les laisse dans leur repos.

JÉSUS prie dans l'incertitude de la volonté du père, et craint la mort ; mais l'ayant connue, il va au-devant s'offrir à elle : Eamiis^. ProcessU (Joannes).

JÉSUS a prié les hommes % et n'en a pas été exaucé.

t « Pas dormir. » Cette parole rappelle celle d'Arnauld , quand on le pressait de se reposer enfin, après tant de luttes : Eh! n"aurons-nous pas toute l'éternité pour nous reposer 1

^ « Et de ses amis. » Comme s'il y avait, ce délaissement de la part de tous , et de ses amis.

•* a Et la chair infirme. » Ibid., 41.

* « Eamus. » « Allons. » Ibid., 46. — a ProcessiL » « Il alla au-de- B vant. » Jean, xviii , 4.

* « A prié les hommes. « Ses trois disciples. Voir plus haut.

LE MYSTÈRE DE JÉSUS. 'i71

JÉSLS, pendant que ses disciples dormaient, a opéré leur salut. Il l'a fait à chacun des justes pendant qu'ils dormaient, et dans le néant avant leur naissance, et dans les péchés depuis leur naissance.

Il ne prie qu'une fois que le calice passe, et encore avec soumission; et deux fois qu'il vienne s'il le faut^

Jksi s dans l'ennui. .Ticsrs voyant tous ses amis endormis et tous ses ennemis vigilants^ se remet tout entier à son père.

Jiisis ne regarde pas dans .ludas son inimitié, mais l'ordre de Dieu qu'il aime et.... puisqu'il l'appelle ami'.

JÉSUS s'arrache d'avec ses disciples pour entrer dans l'agonie ; il faut s'arracher de ses plus proches et des plus intimes pour l'imiter.

JÉSUS étant dans l'agonie et dans les plus grandes peines, prions plus longtemps',

Console-toi ' : tu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais trouvé.

Je pensais à toi dans mon agonie ; j'ai versé telles gouttes de sang ' pour toi.

C'est me tenter plus que t'éprouver, que de penser si tu

' « S'il le faut. » Mallh., xxvi, 39-42.

' « 11 l'appelle ami. » Ibid., ^0. 11 y a là dans le manuscrit un mot illisible.

' « Plus longtemps. » Luc , xxir, 43 : « Et étant entré en agonie, il » pria longtemps {prolirius orabat). » Il semble que Pascal fait ici une pause, et passe de la méditation à l'oraison ; à une oraison pareille à celle de Jésus, inquiète et tourmentée.

* « Console-toi. » Quelle admirable reprise, après ce silence de terreur et d'angoisse !

'•^ « Telles gouttes de sang. » Ibid-, 44 : « Et il lui vint une sueur, » comme de gouttes de sang qui découlaient jusqu'à terre. « — Mais l'imagination émue a besoin do traits précis ; Pascal s'attache à telle goutte qu'il s'applique ; il se fait sa part dans le sang de Jésus-Christ.

ferais bien telle et telle chose absente : je la ferai en toi si elle arrive*.

Laisse-toi conduire à mes règles; vois comme j'ai bien conduit la Vierge et les Saints qui m'ont laissé agir en eux.

Le Père aime tout ce que je fais ^.

Veux-tu qu'il me coûte toujours du sang de mon humanité, sans que tu donnes des larmes?

C'est mon affaire que la conversion : ne crains point, et prie avec confiance comme pour moi'.

Je te suis présent par ma parole dans l'Ecriture ; par mon esprit dans l'Eglise, et par les inspirations'* ; par ma puissance dans les prêtres ; par ma prière dans les Fidèles ^

Les médecins ne te guériront pas ^ ; car tu mourras à la fin. Mais, c'est moi qui guéris, et rends le corps immortel'.

Souffre les chaînes et la servitude corporelles; je ne te délivre que de la spirituelle à présent.

Je te suis plus ami que tel et tel ; car j'ai fait pour toi plus qu'eux , et ils ne souffriraient pas ce que j'ai souffert de toi, et ne mourraient pas pour toi dans le temps de tes

' « Si elle arrive. » Si l'occasion arrive de la faire.

- 'i Ce que je fais. » Ce je contient tout un mystère. C'est que le Père et le Fils ne font qu'un.

^ « Comme pour moi. » Puisque je me suis chargé de tes péchés, puisque je me suis substitué à toi pour répondre devant la justice de Dieu.

* « Et par les inspirations. » C'est-à-dire, et dans les inspirations. Voir sur les inspirations le fragment 6.

'■• « Dans les Fidèles. » Car lorsque les Fidèles prient pour les pécheurs, c'est-à-dire pour toi , c'est moi qui prie en eux.

^ « Guériront pas. » Entendez-vous le cri de douleur qui a appelé celte réponse? Reconnaissez-vous dans cet homme, qui s'entretient mystérieusement avec Jésus, Pascal malade, attendant la mort, et souffrant pour ainsi dire tous les jours sa passion et son agonie?

' « Le corps immortel. » Quoique la foi promette non-seulement l'immortalité de l'àme, mais relie du corps , ce n'est pas à celle-ci que s'attache le plus souvent la pensée religieuse. Mais Pascal sentait trop cruellement son corps pour l'oublier. Il avait besoin de penser 71'e celte substance 'Je corrujjtion doit revêtir rincorniplibiliti', et cette substance de mort l'imviortalitc {\ Cor., xv, Ij:]}.

infidélités et cruautés, comme j'ai fait, et comme je suis prêt à faire et fais dans mes élus.

Si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur. — Je le perdrai donc. Seigneur, car je crois leur malice sur votre assurance. — Non, car moi, par qui tu l'apprends, t'en peux guérir, et ce que je te le dis', est un signe que je te veux guérir. A mesure que tu les expieras , tu les connaîtras, et il te sera dit : Vois les péchés qui te sont remis. Fais donc pénitence pour tes péchés cachés^, et pour la malice occulte de ceux que tu connais.

Seigneur, je vous donne tout.

Je t'aime plus ardemment que tu n'as aimé tes souillures. Ut immundus pro lulo^.

Qu'à moi en soit la gloire * et non à toi, ver et terre.

Interroge ton directeur S quand mes propres paroles' te sont occasion de mal, et de vanité ou curiosité.

.Te vois mon abîme d'orgueil , de curiosité , de concupiscence '. Il n'y a nul rapport de moi à Dieu , ni à JÉsus- Christ juste*. Mais il a été fait péché* par moi; tous vos

* « Et ce que je te le dis. » C'est-à-dire, et ceci , que je le le dis.

' « Tes péchés cachés. » Souvenir de ces mots du psaume xviii, 13 : Ab occuUis meis viunda me.

^ « Pro luto. » « Comme l'homme immonde est pour sa fange. » Je ne sais d'où sont prises ces paroles; elles ne sont pas de l'Ecriture.

* « En soit la gloire. » De ta conversion , de ce zèle qui t'a fait dire : Seigneur, je vous donne tout.

' « Ton directeur. » Ainsi dans le papier mystique que Pascal portait sur lui : « Soumission totale à Jésus-Christ, et à mon directeur. »

* o Mes propres paroles. » Non pas les paroles de l'Ecriture , mais celles que Dieu fait entendre dans l'inspiration : voir le fragment 6.

' a De concupiscence. » Ce sont les trois principes de péché. Cf. XXIV, 33.

* « Jésus-Christ juste. » C'est-à-dire . en tant que juste. Ces mots s'expliquent par ce qui suit.

' « Fdit péché. » C'est l'expression de saint Paul, II Cor., v. 21. Cf., dans Pascal, xxv. 105.

fléaux * sont tombés sur lui. Il est plus abominable "^ que moi, et loin de m'abhorrer, il se tient honoré que j'aille à lui et le secoure.

Mais il s'est guéri lui-même , et me guérira à plus juste

raison ' .

Il faut ajouter mes plaies aux siennes, et me joindre à lui, et il me sauvera en se sauvant.

Mais il n'en faut pas ajouter à l'avenir '.

Consolez-vous : ce n'est pas de vous que vous devez l'attendre*; mais au contraire en n'attendant rien de vous, que vous devez l'attendre.

Jésus-Christ était mort% mais vu, sur la croix. Il est mort et caché dans le sépulcre.

Jésus-Christ n'a été enseveli que par des saints.

Jésus-Christ n'a fait aucun miracle au sépulcre.

Il n'y a que des saints qui y entrent.

C'est là où Jésus- Christ prend une nouvelle vie, non sur la croix.

C'est le dernier mystère de la passion et de la rédemption. ' Jést's-Christ n'a point eu où se reposer sur la terre qu'au sépulcre.

Ses ennemis n'ont cessé de le travailler qu'au sépulcre.

' « Tous vos fléaux. » Il s'adresse à Dieu.

^ « Il est plus abominable. « C'est-à-dire qu'il est devenu, qu'il s'est fait tel , en se chargeant non-seulement de mes péchés, mais de ceux de tous les hommes.

■* « A plus juste raison. » Puisque je suis moins malade que lui.

^ « A l'avenir. » 11 ne faut pas faire de nouveaux péchés.

' « L'attendre. » Le salut, la grâce, Dieu.

'' « Jésus-Christ était mort. » En titre : Sépulcre de Jésus-Christ.

LE MYSTKRE DK JÉSUS, /j75

Je te parle et te conseille souvent , parce que ton conducteur' ne te peut parler, car je ne veux pas que tu noianques de conducteur. Et peut-être je le fais à ses prières , et ainsi il te conduit sans que tu le voies. — Tu ne me chercherais pas, si tu ne me possédais^; ne t'inquiète donc pas.

Ne te compare pas aux autres, mais à moi. Si tu ne m'y trouves pas, dans ceux' où tu te compares, tu te compares à un al)ominri)le. Si tu m'y trouves, compare-t-y '. Mais qu'y compareras-tu? sera-ce toi, ou moi dans toi? Si c'est toi , c'est un abominal)le. Si c'est moi , tu compares moi à moi. Or je suis Dieu en tout ^

Il me semble que Jésus-Christ ne laissa toucher que ses plaies, après sa résurrection : Noli me tançfcre^. II ne faut nous unir qu'à ses souffrances.

♦ a Ton conducteur. » C'est-à-dire , ton directeur. Voir plus haut. Pascal est bien loin du mysticisme. Tandis que le mystique, indocile à l'autorité, se flatte d'un commerce intime avec Dieu, et d'une communication de tous les moments, Pascal se laisse conduire habituellement par celui qui a la charge de son àmo, et c'est seulement dans le silence de cette voix autorisée, qu'il croit que Dieu se fait entendre lui-niémo au fond de son cœur. Et il rapporte encore au directeur, en les attribuant à ses prières, les inspirations reçues loin de lui.

' a Si tu ne me pDssédais. » On a vu plus haut la même pensée, mieux rendue encore.

^ « Dans ceux. » C'est l'explication du pronom y.

* « Compare-t-y. » A eux, ou plutôt à moi en eux. Co n'est, comme on va voir, qu'une concession apparente,

' « En tout. » Donc il n'y a jamais lieu à comparaison.

•^ « Noli me tnnpere. » a No mo touche pas. « Jean, x\, 17. Ce s^nt les paroles de Jésus à Mario Magdeleine quand il lui apparaît au sépulcio et qu'elle le :«alue. Mais il fait toucher ses plaies à Thomas Incrédule : iUid., 27.

476 LE MYSTtRE DE .TISSUS.

... Il s'est donué à communier comme mortel en la Cène, comme ressuscité aux disciples d'Emmaiis*, comme monté au ciel à toute l'Église ^

« Priez*, de peur d'entrer en tentation. » Il est dangereux d'être tenté; et ceux qui le sont, c'est parce qu'ils ne prient pas.

Et tu conversas '' confirma fra très tuos. Mais auparavant, conversus Jésus ^ respexit Petrum.

Saint Pierre demande permission de frapper Malchus % et frappe devant que d'ouïr la réponse ; et Jésus-Chkist répond après ',

Jésus-Christ n'a pas voulu être tué sans les formes de la justice ; car il est bien plus ignominieux de mourir par justice que par une sédition injuste.

' « Aux disciples d'Emmaus. » Luc, xxiv, 30.

' « A toute l'Eglise. » Dans le saint sacrement.

•^ « Priez. » Luc, xxii, 46 — Ce sont encore des réflexions sur le récit de la Passion.

* a Et tu conversus. » Ihid., 32. Il y a dans le texte aliquando convenus : a Plus tard, étant retourné à moi, tu raffermiras tes frères. » C'est à Pierre que Jésus parle ainsi.

' « Conversus Jésus. » Ibid., 61. Conversus Dominus , dans le texte. Pierre vient de renier Jésus pour la troisième fois, et le coq a chanté. « Le Seigneur, s'étant retourné vers Pierre, le regarda; et Pierre se sou- » vint des paroles que le Seigneur lui avait dites..., et étant sorti, il » pleura amèrement. » Pascal veut appuyer par ce texte la doctrine de la grâce nécessitante et prévenante : il veut montrer que Pierre ne se tourne vers Jésus qu'après que Jésus s'est tourné vers lui.

* « Do frapper Malchus. » Luc, ibid., 49; et /ea?i, xviii, 10. ' « Répond après. » Voilà ce qui arrive toutes les fois que l'homme pèche, c'est que la grâce ne l'a pas prévenu, que Dieu l'a laissé agir avant de lui parler.

LE MYSTKRE DE JÉSUS. i77

La fausse justice* de Pilate ne sert qu'à faire souffrir Jésus-Christ; car il le fait fouetter par sa fausse justice, et puis le tue. Il vaudrait mieux l'avoir tué d'abord. Ainsi les faux justes. Ils font de bonnes œuvres et de méchantes pour plaire au monde, et montrer qu'ils ne sont pas tout à fait à Jésls-Chkisï; car ils en ont honte. Et enfin, dans les grandes tentations et occasions, ilsletueut^.

' « La fausse justice. » Jean, xix.

'' « Us le tuent. » Ces méditations de Pascal sur les circonstances de la Passion de Jésus-Christ peuvent être rapprochées d'un écrit de sa sœur Jacqueline sur le mystère de la mort de notre Seigneur Jésns-Chrinl, qu'on trouvera dans M. Cousin {Jacqueline Pascal), et dans M. Faugère {Lettres, Opuscules, etc ). Cet écrit fut fait par Jacqueline (en 16olj en conséquence d'un billet de chaque mois que la mère Agnès lui avait envoyé selon l'usage de Port Royal {Manuscrils du P. Guerrier, dans M. Faugère, p. 157). Mme Pericr parle de ces billets dans la Vie de son frère : «■ Cette méditation » l'avait rendu si sensible à toutes les choses par lesquelles on tâche » d'honorer Dieu, qu'il n'en négligeait pas une. Lorsqu'on lui envoyait des » billets tous les mois, comme on fait en beaucoup de lieux, il les recevait » avec un respect admirable; il en récitait tous les jours la sentence. » L'écrit de Jacqueline se compose de cinquante et un paragraphes, qui sont tous faits sur le môme dessein : chacun contient une des circonstances à considérer dans la mort du Sauveur, plus une sentence tirée de cette circonstance, a Jésus meurt tout nu; cela m'apprend à me dépouiller de toutes » choses. » Et ainsi du reste. « 11 est certain que les pensées de la sœur se » soutiennent à côté de celles du frère; elles sont de la même famille; » elles ont la même élévation et h même profondeur de sentiment. Mais » on n'y trouve pas cette véhémence intérieure, qui est l'àmo du style do » Pascal, et lui imprime un mouvement et un coloris extraordinaire. » M. Coi;siN, page 121.

Pascal a laissé un petit écrit, où toutes les circonstances de la Vie de Jésus-Christ sont coordonnées en une seule suite des paragraphes ou versets d'après les récits des évangiles. Cet écrit contient peu de réflexions et n'a pas l'importance du Mystère de Jésus; mais il témoigne combien Pascal s'attachait à méditer la vie du Sauveur.

OPl SCULES DE PASCAL

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