CHAPITRE XCIIE
De la rigueur des peines de l'enfer.
:L’enrenestun si grand malheur, que detousles hommes, cage il n’y en aurait qu’un seul qui dût y être conamné, nous devrions tous ic d’être ce malheureux. Deux sortes de peines sont en enfer : celle du sens , principalement causée par le feu , et la peine du dam , causée par la perte de Dieu. L'une et l’autre sont incompréhensibles. | 1. I n’y a point de proportion entre le feu de l’enfer et celui des fournaises embrasées : les feux d'ici-bas, en comparaison, ne sont que comme une ombre ; il fait souffrir tous les tourmens; il fait souffrir également l'ame dans toutes ses puissances , et le corps dans tous
les sens. Il n’y à point de supplices qu’un réprouvé W’endure : Omnis dolor irruet super eum. Job. 20. Les Néron, les Dioclétien, tout ce qu'il y a jamais eu de monstres en cruauté, n’ont rien inventé qui lui soit comparable. C’étaient des hommes , et ici c’est un Dieu qui punit en Dieu , et qui, dans sa fureur, emploie sa toute-puissance : Zgnis succensus est in furore meo.
L'esprit humain ne peut rien imagimer de plus horrible que l’état d’un réprouvé. Représentez-vous des corps ‘embrasés, infects, couverts de lèpre, d’ulcères, de pourriture, plongés dans un gouffre de feu et de souffre brûlant ; des corps vivans déchirés, écorchés, disloqués, entassés les uns sur les autres, dont l’odorat, la bouche, les yeux, tous les membres, tous les sens seuffrent en particulier le plus violent supplice, sans adoucissement et sans relâche : Congregabo super eos mala.
Leurs cris sont si perçans, qu'ils seraient capables de fendre les rochers ; leurs douleurs si cuisantes et st vives, qu’une heure de ces tourmens est plus insupportable que vingt ans en ce monde de la maladie la plus aiguë; la puanteur de ces corps est si horrible, que saint Bonaventure assure qu’un seul serait capable d’infecter l'univers. |
Tout ce qui se presente à eux les toumente. Ils ne voient que du feu ; ils ne sentent que du feu; ils ne touchent que des objets pénétrés de feu. Tout les remplit d'horreur et d’effroi: ils ne voient que des figures hideuses, des monstres horribles, des démons cruels sous des formes épouvantables : ils n’entendent
e dés lamentations , des hurlemens, des cris de rage, se grincemens de dents: Zhi erit fletus et stridor dentium. O Dieu ! quel état ! quelle vie !
Voilà le tombeau < ra délices du monde, le terme de la volupté et de l'ambition. Oh ! que la délicatesse avec laquelle on flatte aujourd’hui son corps sera cruellement payée un jour ! que ses plaisirs, ses intempérances lui coûteront cher !
Vous frémissez à cette seule peinture de l'enfer: hélas !'ce n’est qu’une légère ébauche de ce qu'on y souffre. Si la gloire du ciel est au-dessus de nos pensées,
246 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS... M uv les tourmens de l'enfer sont au-dessus de notre intlligence : l'esprit de l'homme est trop borné pour se:
former une idce de la justice du Tout-Puissant. Lorsqu'il châtia l'Egypte par des fléaux qui la désolèrent, ce n’était, dit Ecriture, que le doigt de Dieu qui frappait; mais, pour punir Lucifer et les réprouves, il emploie sa toute-puissance. et RE ee: son bras : Fecit potentiam in brachio suo. kue..t: Malheur
à vous si vous attendez de le croire lorsque vous l’éprouverez ! AÈS VUE Si vous craignez les disgrâces et les maux de cette vie, qui durent peu de temps, pourquoi ne prévenezvous pas des maux extrêmes qui ne finiront. jamais ? Vous auriez peine de souffrir la piqûre d’une abeille, comment souffrirez-vous l’activité d’un feu dévorant ? Que votre aveuglement est déplorable, si vous ne pensez pas au terme où doivent aboutir votre attachement aux plaisirs, aux vanités, aux biens .de.la terre, et l'abus. que vous faites des grâces du Ciell… L’homme sage agit bien autrement; il sait qu’on re peut être heureux en ce monde et en l’autre, jouir de tous les plaisirs de la terre et de ceux du ciel: c’est pour cela qu'il ne s'attache point aux biens et. aux plaisirs de ce monde ; qu’il tâche de s'assurer ceuxdu ciel ; qu'il pleure ses fautes , qu’il fait pénitence, pour ne pas pleurer éternellement : Je châtie mon corps, disait saint Paul, pour ne pas devenir un. éprouvé. Je me suis réduit comme un prisonnier dans.um désert, disait saint Jérôme, de peur de tomber dans l'enfer, et de me perdre avec les mondains : Oh gehennæynedum, talime earcere damnaveram. … Dur: L C’est donc avec raison que Gui le Chartreux a dit que, si la pénitence et les tribulations descetté vie sont la semence d’une joie et d’une gloire ‘immortelles, les plaisirs du temps, l’attache aux. biens ,.sont aussi une semence de douleurs et de regrets, .qui.poussent leur germe dans l’éternité : Temporalia gaie durerum sunt semina dolorum. De ran..e. 4.
Regrets désespcrans, qui, comme un, ver rongeur, déchirent sans relâche le cœur d’un réprouvé LY/ermis eorum non moritur. Je pouvais gagner le ciel ; j'en
4 DE LA RELIGION. 247 aieu Je temps et les moyens; mais j'en ai abusé : de mo me servent à pe les plaisirs , tout ce que j’ai ait et possédé sur la terre ? Quid profuit nobis P
IL. Mais la peine la plus vive et la plus cruelle d’une : te, c’est d’être séparée de Dieu, de savoir
‘que jamais’ elle ne jouira de son Dieu. J'étais faite our Dieu, et jamais je ne le verrai ; il devait faire non bonheur, etjamais je ne le posséderai; je l'ai
perdu par ma Le je l'ai perdu pour peu de chose, je l'ai perdu sans ressource. JA PERDU Dieu L O pensée accablante ! et que le supplice qu’elle De insupportable !
Nous ne comprenons pas en cette Yie ce que. c’est que Dieu, et ce que c’est que de le perdre; mais le réprouvé le comprend, et ressent si cruellement la perte
qu'il en a faite, que si, au milieu de ses brasiers, il
pouvait espérer de voir son Dieu, et de le posséder
seulement pendant une heure après chaque mille ans, il serait content et souffrirait ses tourmens avec consolation.
quoi pensez-vous, lorsque vous perdez Dieu en perdant sagrâce par le péché mortel ? Et vous, ames tièdes, que faites-vous, lorsque, par tant de fautes légères,
que vous traitez de bagatelles, vous vous exposez à
tomber dans le péché mortel, et à perdre Dieu? Les
damnés pleurent Ja perte qu'ils ont faite de Dieu, et vous y êtes insensibles ! | PE damnés voudraient retua à Dieu , mais il n’est plus temps, ils nele peuvent. plus: vous en avez le temps, et vous le pouvez, cependant vous ne le voulez pas ; vous avez donc le cœur plus dur qu’un réprouvé. Cherchez Dieu dans le temps que vous, pouvez le trouver ; retournez à lui à présent qu il Vous rappelle:dans l'éternité, vousne le pourrez plus.
RÉSOLUTIONS
3." Je fémirai de l’aveuglement que j'ai eu jusqu'à ce jour, de "Si peu aux châtimens épouvantables que j'ai mérité de
affrix en enfer.
2. Je medirai souvent: Si, par-un miracle qui n’aura jamais lieu, un réprouvé était rappelé sur la terre , et que Dieu luiac- “cordâtletemps et les moyens que sa bonté veut bien me donner, pour
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248 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS + : é #4 à { £
réparer le passé et gagner le ciel, que ferait ce répri Ahffee
qu’il ferait, il faut que je le fasse moi-même, et dès ce jour. JA
O mon Dieu ! préservez-moi de l'enfer. + Pont" di Moi
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