‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 115 sur 186 · AAA T · texte numérisé non relu

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. .Mus + Du Paradis.

| 4 à + : d à 20 ce que le paradis P Que faut-il faire pour lé mériter? j | |

L. Le paradis est le séjour de la magnificence et de la gloire de Dieu, la demeure qu’il a préparée à ses anges etrà ceux qui oût vécu dans sa crainte, et qui meurent dans son amour. C’est le lieu le plus beau, le plus riche, le plus délicieux, le plus ar le plus

istesen un mot le chef-d'œuvre de la puissance du

Nous pouvons dire ce qui n’est pas dans le paradis ; nous poñvons dire quelque chose de ce qui y est; mais pe que nous en disons, c’est comme si nous n’en

isions. rien: Ji n’y à rien dans le ciel de tout ce qu’on voit icisbas. I n’y a ni faim, ni soif, ni ot ni chaud, ni adversités, ni maladies, ni lassitude, ni enuissles plaisirs, les honneurs qui y sont, l’éclat et les richesses qu’on y voit, n’ont rien de semblable à tout ce qu'on voit sur la terre.

Le paradis surpasse tellement nos pensées, que saint Paul, à qui Jésus-Christ en fit voir quelques rayons, ne nous en peut dire autre chose, sinon que l'œil n’a rien vu, Voreille n’a point entendu, l'esprit de l’homme n’a point conçu ce que Dieu a préparé à ceux quil'aiment : Ocublus non vidit, nec auris audivitynecincor hominis ascendit, que prœæparavit Deus. üs qui diligunt illém. Nos corps y seront plus brillans que le soleil : immortels et impassibles, 1ls ne pourront ni souffrir, ni vieillir, ni mourir :ils seront tous doués d’une santé, d’une beauté, d’une agilité incorruptibles : ils seront inondés de délices, et goûteront. des plaisirs si purs et si saints, que notre imagination ne peut rien y comprendre ici-bas.

Mais le bonheur souverain de l’ame dans le ciel , c’est de voïriet de posséder Dieu. Ce bonheur , ne füt-il que pour ua moment, est quelque chose de si élevé aus

259 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS 1 dessus des mérites d’une créature , que, quand vous auriez souffert Les tourmens des martyrs pour le mériter, ce serait une présomption d'y prétendre sans la promesse que Dieu nous en a faite, Etre dans le ciel, et y voir Dieu pendant un quart-d'heure , est un plus grand bonheur que de posséder tous les royaumes de la terre pendant un siècle. Que sera-ce dé voir et de posséder Dieu pour toujours ? bete at

Il n’est aucun bien dans le ciel qui n’y soit dans un souverain degré : la gloire, les plaisirs , la santé ‘tout ce qui peut reudre heureux , y est infini, Le cœur yest toujours dans une douce extase, dans le ravissement ; toujours inondé de ces torrens de délices. et de joie qui découlent de la vue de Dieu, sans interruption et sans dégoût. | TL

Si un damné était assuré qu'après cent ans de tourmens il jouirait, pendant une heure, des délices du ciel et de la possession de Dieu , il serait consolé..Nous espérons de posséder Dieu et de jouir de sa felicité, Don pas pour quelques momens, mais pour toujours. Loin de travailler pour acquérir ce bonheur , nous ny Pensons même pas. Où sont notre raison et notre foi

IT: Si nous ne pouvons comprendre ce que c’est que le paradis, nous pouvons du moins nous disposer à le mériter. Je dis nous disposer, car personne ne peut le mériter par soi-même en rigueur. Nous nous y dispo- Sons par nos bonnes œuvres, et nous l’obtenons par les mérites du Sauver.

La porte en est étroite , dit Jésus-Christ; faites vos efforts pour y entrer. Quelque grands que doivent être ces efforts, ils sont peu de chose, en comparaison d’un si grand bien, Nous ne devons pas nous afiliger de la peine qu’il faut prendre pour l’obtenix; les Bienheureux regardent comme un rien tout ce qu’ils ont fait et souffert pour acquérir un bien si désirable. Ce ne Serait pas trop, dit saint Augustin, d’une éternité de travaux pour s’assurer une éternité de: bonheur : Æterna requies æterno labore reclè emilur.

Le ciel est une récompense > 11 faut donc travailler pour le gagner ; c’est une couronne, il faut combattre pour l'obtenir : c’est une conquête, il faut la violence

© DE LA RELIGION. 253 pourlamériter: Ceux qui savent'se vaincré eux-mêmes, sont les héros qui l’emportent : V’iolenti rupiunt illud.

Le ciel est un séjour de sainteté ; les portes de cette cité sainte. ne sont ouvertes qu’à l'innocence ou à la are Si vous n'êtes occupe que des vanités, des

iens et des plaisirs de cette vie, vous n’êtes ni innocent, ni pénitent ; vous êtes donc indigne d'entrer dans le ciel ; vous êtes même indigne de porter le nom de chrétien. Vous vivez comme si vous ne croyiez point : car peut-on dire que vous croyez le paradis, lorsque vousne travaillez pas à le mériter ? Un homme croiraitil qu'il y a un trésor dans ses fonds, s’il ne voulait pas seulement se donner la peine d'y faire creuser pour le trouver ?

Si vous étiez assuré qu’un puissant roi enrichit ceux qui vont habiter dans ses terres, vous quitteriez tout pour aller vous y établir. Voilà ce que vous feriez pour aller vous enrichir dans un royaume où vous n’auriez tout au plus que vingt ou trente ans à vivre, tandis

ue vous ne faites rien pour vous établir pour toujours ds le ciel. En vérité, avez-vous la foi ? La marque qu'un chrétien croit et espère le ciel, c’est quand il méprise les choses de la terre, et tout ce qui passe en celle vie, dit saint Grégoire. Que sert-il de croire qu’il y a un paradis, si l’on ne fait rien pour le gagner. et si l'on fait tout ce qu’il faut pour le perdre P

RÉSOLUTIONS

1. Tous les matins je me dirai, en m'habillant: Voici une journèé que Dieu m’accorde pour travailler à mériter la place qu'il m’a marquée dans le paradis ; je dois donc accomplir tous mes devoirs, et me préserver du péché, 1

2. Je regarderai le paradis comme ma patrie, vers laquelle je dois tendre de toutes mes forces.

Mon Dieu, aidez-moi du secours de votre grâce, afin que jé marche avectarit de précaution , pendant mon court pélerinage sur la terre, que j’aie le bonheur d’aller un jour régner avec vous dans le séjour immortel de la gloire,

254 PENSÉES .SUR LES yÉRIrÉS

| sanre bee dec bersue cp T 1060 SONRNIENS SAC OR CMASITER XUVE OU L'espérance du paradis nous console el nous en=

| courage à servir Dieu: : pi 2 j ‘ ; re ù te | LI est consolant detravailler pour per up récompenser abondamment. Dieu , le meilleur de tous les maîtres, récompense avec tant de magnificence les moindres services , que rien ne se perd de t ue nous faisons pour sa gloire : il nous tent même compte de nos bons désirs. Le moindre degré du bonheur qu’il promct à l’homme juste, est infiniment plus estimable que tout l'or de la terre. sauts if

Tout ce que nous faisons pour Dieu est comme un dépôt, un trésor que nous lui confions. Un home qui ouvre un trésor qu’il a amassé pendant vingt an$, re= trouve dans ce trésor tout ce qu'il ÿ a mis jusqu'aux plus petites pièces de monnaie. De même ; à notre mort, nous trouverons dans le trésor de la bonté de Dieu tout ce que nous aurons fait pour lui. La moindre aétion faite en état de grâce pour sa gloire, ne-fät-cé qu'un verre d’eau donné pour l’amour de Jésus-Christ, -ou-ur acte de patience, aura une récompense au-dessus detout Ce que nous pouvons comprendre. H nous demande pét, et nous rendra beaucoup, dit saint Pierre Chatsalguer Parva petit, maxima redditurus.

Quelle perte ne faisons-nous pas, lorsque nous négligeons les occasions de vertus qui se présentent chaque jour ! Si les saints dans le ciel étaient capables de tristesse, ils gémiraient d’avoir laissé échapper tant d’occasions de plaire à Dieu, et d’augmenter , par les plus petites choses, leur mérite et leur gloire, Consolez-vous, chrétiens, vous pouvez, dans vos disgrâces, dans vos travaux et dans vos occupations, remplir. vos années de mérites pour le ciel, par la résistance aux tentations, par de fréquens retours de votre cœur à Dieu, par des actes de patience, de charité, d’obéissancés etes

Si vous étiez pénétré de ces vérités, les œuvres de piété, l’aumône, la mortification seraient vos délices ; votre ame s’élèverait souvent à Dieu pour l'aimer et

PE DR LA RELIGION. 255 ein de charité vet de zèle, vous seriez en ous; vous n’auriez point de plus douce con-

tion. que de vivre dans l'espérance de posséder bientôt wotre Dieu dans sa gloire. Que les choses de la terre me paraissent méprisables lorsque je contemple la gloire du ciel, disait saint Ignace : Quäm sordet + dm cœlum aspicio ! x Fee

1 -Mütant l'espérance u ciel nous console, autant elle none ppt de courage. Si la peine qu’il faut prendre pou igner vous .effraie, dit saint Augustin, que la récompense vous. anime : $2 Labor terret, merces invitets Gette- récompense n’est pas éloignée : bientôt vos travaux finiront, mais votre bonheur et votre joie neñiniront point. Je #ravaille pour le ciel, disait un martyr ; Cette pensée vous remplira de force. Les saints vous crient du haut du ciel : Oh ! que vous êtes heureux A de pouvoir gagner Îe bonheur dont nous jouissons ! Les ames dans les feux du purgatoire vous crient: Oh ! que vous êtes heureux de pouvoir éviter ces flammes pour aller bientôt jouir de Dieu! Les damnés dans leurs tourmensvous.crient : Oh ! que vous êtes heureux de pouvoir gagner le ciel que nous avons pres LAde! si-nous avions le temps que vous avez!

Ven perdez pas un moment ; faites-vous sages à nos dépens. Votre ame elle-même vous crie : Oh ! que vous étesmalheureux de mabandonner, de ne rien faire pour me procurer le ciel, tandis qu'on se donne tant de peines pour des vanités !

En effet, un soldat ne craint point les fatigues, quand il s’agit du service de son prince ; il va au combat pour acquérir une fumée de gloire : pourquoi vous épargneriez-Vous, quand il s’agt de servir Dieu et d’acquérir une gloire éternelle ? JU quidem ut corrupübilem coronam accipiant, nos autem incorruptam. X, Corinth:9. Le marchand travaille, s'expose à mille dangers pour faire une fortune dont il ne jouira que peu de temps, où dont il ne jouira même jamais : pourquoi vous plaindriez-vous en travaillant pour acquérir dans le ete he Baneut sans fin ?

Oh ! que nous sommes ingrats et misérables, si pous nous épargnons en servant un Dieu qui nous aime,

256 PENSÉES, SUR LES VÉRITÉS x

qui récompense si libéralement! Quelques momens

tribulation seront payés par une gloire. immense :

Momentaneum et leve tribulationis nostræ, supra

modum in ‘sublimitate œternum gloriæ pondus

operaltur in nobis. IL. Cor. 4. | RÉSOLUTIONS. pre

1. Je me rappellerai souvent cette pensée : Je puis encore pré: tendre au ciel. % . BA

2. Je considèrerai aussi que, si j'ai le bonheur d’être en grâce avec Dieu, de faire mes actions, d’endurer mes souffrances , de pratiquer les devoirs de mon état, d’exercer des actes de vertu, en vue de plaire à Dieu , je mériterai par tous ces efforts une récom-. pense éternelle.

3. Je ne craindrai rien tant que de perdre l'amitié de Dieu par le péché mortel, et le fruit de mes œuvres, en les faisant par des motifs humains ou mauvais. |

Que votre bonté pour nous est grande, ô mon Dieu ! puisque

vous récompensez si largement ceux qui vous aiment et qui vous servent avec fidélité ! :

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