‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 116 sur 186 · CHAPITRE XCVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVII

Du zèle pour procurer le ciel aux ames.

- Ï. Sr nous connaissions le prix d’une ame, que ne ferions-nous pas pour l'empêcher de périr et pour lui procurer le ciel P C’est ce qui faisait dire à sainte Thérèse : J'aile cœur percé d douleur , quand je pense à la multitude des ames qui périssent. Un chrétien qui aime Dieu aime sincèrement les ames, et voudrait les sauver toutes : il porte, pour ainsi parler, l'univers dans son cœur. Aimer les ames pour les tirer du péché: et les sauver, c’est le parfait amour du prochain. Il est bien plus avantageux d’aimer ainsi les hommes, que d’en être aimé. L'amour que les autres ont pour nous ne nous rend ni meilleurs ni plus saints; mais le zèle que nous avons pour leur salut nous rend agréables à Dieu, el nous procure le ciel.

On ne peut rien faire de plus avantageux pour soimême que de travailler pour le bonheur d’autrui : 82 amas te, proxinum (diliae : nihil magis commodis

DE LA RELIGION. 257 tvuis dabis | quûm quod contuleris alienis. De verb. Sab:"Celui, dit saint Chrysostôme, qui macère son corps parles austérités , a moins de mérite que celui qui gagne“une äme à Dieu; c’est quelque chose de plus grand de sauver ses frères que de faire des miracles.

Quand vous ne procureriez le salut que d’une seule ame, vous donneriez plus de gloire à Dieu que par vos autres bonnes œuvres, parce que vos bonnes œuvres sont äimparfaites et bornées , au lieu que cette ame glorifiera Dieu parfaitement et sans fin pendant l'éternité. Par la même raison, empêcher la damnation d’une ame, c’est empêcher, en un sens, plus de mal que les hommes ne pourraient en faire pendant la durée du monde ‘parce qu'il n’y a point de comparaison des péchés qui secommettenten ce monde, avec les blasphèmes exécrables qu’un damné vomira contre Dieu pendant l'éternité. Il n’est donc point de sacrifice plus agréable à Dieu que le zèle des ames, dit saint Grégoire : Nullum Deo tale est sacrificium , quäm zelus animarum.

II. C’estune erreur de croire que les pasteurs soient les seulsvobligés à procurer le salut des autres : tous peuventset doivent y contribuer. Dieu a commandé à chacun lesoin de son prochain, dit le Sage : Mandavit unicuique de proximo suo. Eccli. 17. Vous vous croiriez coupable , si vous laissiez périr par votre faute l'animal de votre voisin ; êtes-vous moins coupable de laisser périr son ame ?

On a du zèle pour l’entretien des hôpitaux, pour la guérison des malades : ce zèle est louable et saint; mais a=t-on le même zèle pour la guérison des ames ? On s’empresse de secourir les habitans d’une ville infectée dewpeste,, et tous les jours des ames infectées de péches périssent et se perdent, et nous n’y pensons pas !

Il n’y a personne qui ne puisse contribuer au salut desautres par quelques-uns des moyens suivans : 1. Partlesprières, les communions, les sacrifices. SainteWhérèse a établi son ordre particulièrement pourwprier-pour la conversion des pécheurs. Sainte Monique , aprés dix-sept ans de prières et de larmes, obtint la conversion de son mari et de son fils.

2. Par les pénitences. Saint François Xavier dés éhirait son, corps par des diseiplines pour-ebtenir.la conversion ju pécheur, Combien de personnes et de pasteurs zélés ont jeüné et. pleuré plusieursvannées , pour obtenir le pardon à une.ame! 4 muse où 1, 3. Par l'instruction et par: les. bons eoriseils, Si vous yoyiez un Voyageur s’égarer et prendre une route meurtrière, vous l’avertiriez. Pourquoi ne dités-vous rien à vos enfans, à vos amis, à vos. com > à vos Compagnes qui s’égarent dans leivice.? 4 irait que les hommes n’ont d’amitié et de société les un avec les autres que pour se perdre : on n’a-quetrop.de zèle pour le mal, pour inspirer la licence, la chicang et les querelles, et l’on ne daigne pas dire une parole pour inspirer la patience , la pudeur .et la erainte de Dieu ! +

4. Par les aumônes. Quelques secours, avec-urn mot de salut à une pauvre famille, à quelquesmalades , à des prisonniers , à des chrétiens captifs ehéz les-bars bares, à qui on fait souffrir des suppliceswpour-leur faire perdre Ja pudeur et la foi, arréteraientleursplaiites et leur désespoir, leur feraient souffrir leur infortune avec résignation. Mais, sans aller porterdes secours au-delà des mers , combien parmi nous de jeunes orphe= lins, d’enfans abandonnés, de filles vaga ondes , qui, sans retraite et sans instruction, sont dans.le danger de se perdre ! Quelle charité de.les retirertettde les occuper, de leur procurer l'éducation: ! grg v1

IL. C’est ce zèle des ames, qui animait la piété d’un saint Louis, d’un saint Charles , d’une-sainte-Élisabeth ; de tant de seigneurs et de princesses, vetiquitaninie encore aujourd'hui, à la campagne et dans leswilles, tant de personnes de qualité qui s'appliquent autsoulagement et à la conversion de ceux. quel Providence abandonne à leur charité. | cest & va À

Oh !' combien d’ames les riches pourraient-ilssauver{ Les richesses leur mettent en maïn la clef duvciels -àis peuvent louvrir pour eux-mêmes en Pouvränt-aux autres. Que de consolations pour le mament de la mort, s’ils employaient une partie de leurs biens à faire instruire la jeunesse dans une paroisse, s'ils gépandaient

ÉLA RELIGION. 259 des livres Ad on les familles, S'ils procuraient lés'ouvriers évangéliques à tant de peuples ignorans ; si, par crédit, lS méttäïent en paix des plaideurs ui se ruirént ! Oseraient-ils plan de Éhétent our des œuvres si saintes ?

es dépenses qu'ils En vérité, Pattachement aux biens de la terre rend V'Hom ne bien aveugle. On est avare À l'égard de Dieu, rodigue pour le monde ét pour le crime ; on fait de mes’ dépenses pour la vanité et le luxe, et l'on nt de faire la moindre dépense pour celui de qui on a tout reçu; rien ne coûté pour la débauche, et tout pe 58 il'faut-empéchier la perte d’une ame; on n divertissement de hasarder de grosses somines iu jeu, ét lon épargne une obole qu’on refuse à l’instrüction d'un ignorant !

Un repas somptueux pour des ingrats coûte plus ul ne faudrait pour faire instruire cent personnes, doute prières nous ouvriraient le ciel. Un amusement 4 heures fait souvent perdre plus d'argent due faudrait pour faire glorifier Dieu des années entières. Que penser d’une telle conduite dans des personnes qui se piquent d’avoir de la religion, qui, par quelques dépenses modiques , pourraient se sauver en cobtribüant au salut d’un millier d’ames ?

N'emvoit-on pas même qui emploient leurs biens et leurs talens à inspirer l'erreur et l’impicté, à distribuer des livres pernicieux aux fidèles ? Aurons-nous moins de zèle pour sauver nos frères, que les partisans duwice.et de l'erreur n’en ont pour les pervertir ? On s’empresse pour obtenir des emplois dans l'Eglise etdans l'Etat, afin d'établir sa fortune; mais a-t-on

le même empressement pour établir le règne de Dieu ?

Les peuples s'intéressent à la gloire de leur prince, on exposewsa vie pour des rois mortels; mais pour la gloire du Roi du ciel, en trouve-t-on qui fassent quel-

ues"dépenses ; ou qui retranchent de leurs plaisirs ? Dieu veuille qu’on ne traverse pas les vues d’un pasteur quintravaillet à bannir les abus, qu’on ne blâme pas son zèle, loin de le soutenir !

ouleur-pour ceux qui aiment Dieu, de voir

que lesvintérêts de Jésus-Christ sont Jes seuls oubliés ,

"260 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS et que le salut des ames, de toutes les affaires la plus importante, est la plus négligée ! On ne devrait épargner ni dépenses, ni travaux pour sauver les ames ; et le monde est rempli de gens qui les perdent!

Les apôtres s’exposaient aux tourmens pour convertir les nations ; les missionnaires vont aux extrémités de la terre, au péril de leur vie, pour gene uelques peuples à Jésus-Christ, tandis que des chrétiens riches et puissans voient d’un œil tranquille leurs frères périr ; loin d’en être touchés, ils autorisent même quelquefois le libertinage et Le crime.

Il est étrange, dit saint Bernard, qu’un animal étant tombé, on s’empresse de le relever, et que tant d’ames étant dans le péché, personne ne leur tende la main : Cadit asinus , et invenit qui sublevet ; cadit anima , el non est qui manum apponul.

RÉSOLUTIONS

t. Afin d'exercer le zèle dont je suis capable, je contribuerai aux bonnes œuvres, en y consacrant ce que je pourrai de mes revenus;

2. Je répandrai quelques livres excellens, comme Pensées.sur les vérités de la Religion. age

3. Je donnerai volontiers des avis àceux qui me paraîtront en avoir besoin, mais avec douceur , saisissant les momens propices, ét après avoir recommandé à Dieu mon entreprise.

4. Enfin, je prierai davantage pour la conversion des pécheurs, et j'édifierai autant que je le pourrai. :

Mon Dieu , faites-moi la grâce de contribuer au salut de mon prochain, .

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