CHAPITRE XCIX
dvis pour l'éducation chrétienne de la jeunesse.
IL est peu d’arts dont les règles soient en même temps plus difficiles, moins connues, et si malheureusement négligées dans la pratique. Il serait à souhaiter que les pasteurs, rassemblant de temps en temps, et à part, ceux de leurs paroissiens qui se trouvent chargés d'élever des enfans , entrassent avec eux dans le détail de leurs principaux devoirs , leur indiquant la manière de les remplir, et d'éviter les défauts qui se commettent communément dans cet important objet. Ne pouvant dire ici tout ce qui serait nécessaire, nous nous contenterons des avis suivans.
Former l'esprit des enfans par l'instruction, leur cœur par les vertus chrétiennes, et les placer dans un état convenable, où ils rendront des services à la société , tout en remplissant les devoirs qu’impose la Religion, voilà en gros à quoi se réduisent les devoirs des parens pour l’éducation religieuse de leurs enfans.
1. Ne pas envoyer les enfans à l’école, n’avoir pas soin qu'ils apprennent le catéchisme, qu’ils assistent à l'explication qu’en donnent les pasteurs, et les laisser croupir dans une ignorance totale des vérités de la Religion., c’est de la part des parens un meurtre spirituel, plus criminel que le meurtre temporel qu'ils commet-
270 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS traïent en les étouffant immédiatement après te le baptême : par ce dernier crime, eur bonheur, en envoyant leur ame dans
là
d (e Sein Dieu : par le premier, ils font leur malheur, les plaçant à coup sûr dans le chemin de Len Gant
Mais tout en voulant instruire, Jes-enfans dexc concerne la Religion , il faut descendre-à Jeux ce , y aller par dégrés, rendre la doctrine sensi des comparaisons , autant qu’il se peut , et’ surtout'se garder de mêler des erreurs aux vérités saintes, "des su“ perstitions aux pratiques approuvéés par l'Eglise, des exagérations aux règles douces de lamoraléévangélique.
Laissez donc aux pasteurs le soin d'exposer la doctrine des mystères, dont vous n’avez peut-être” pas vous-même une idée bien juste et bien précise ; ou contentez-vous de rappeler à vos enfans ce que vous êtes sûr d’avoir bien retenu des explications pastorales: à moins de cela, tenez-vous-en à inculquer littéralement ce qui est dans le catéchisme. Ceci regarde toutes les personnes chargées de l'éducation, qui n’ont pas fait les études théologiques nécessaires au catéchistes
Défiez-vous de voslumières sur les règles dela morale, craignant de donner pour conseil ce qui est de précepte, pour précepte ce qui n’est que de conseil, pour mal ce qui est indifférent de soï, et pour bien où pour indifférent ce que la sévérité de l’Evangile réprouve: Que de mauvaises consciences remontent à l'enfance !
IL. A l'égard des vices, et dece qui est défendu , soyez très-prudent : ne tranchez point sur le yéniel et le mortel; la distance entre l’un et l’autre échappe quelquefois aux docteurs les plus subtils, et la decision en cette matière est souvent très-difficile , dit saint Augustin. Dire, par exemple, que tous les menteurs sont les enfans du démon, c’est évidemment mentir soimême, induire en erreur un enfant, lui donner uné décision qui lui formera une conscience erronée, d’où résulteront des péchés graves où ils ne seraient d’ailleurs que très-logers. " |
Touchant les vertus, faites entendre à #ôs enfans qu’elles sont belles en elles-mêmes, agréables à Dieu, utiles à la société: des ornemens brécieux au embel-
DE LA RELIGION. 271 lissentle cœur de celui qui les pratique, et qu’elles lui obtiennent une grande gloire dans le ciel. Mais gar-, dez-vous de tomber dans un défaut pernicieux, dont certains, parens ne s’éloignent pas assez ; lesquels , tout en stimulant leurs enfans au bien , en quelque
que ce soit, au lieu d'y exciter leur émulation par de motifs purs et salutaires, les y portent. par le désir de paraître, d’être loués, admirés, etc. De pareilles leçons nourrissent et développent l'orgueil ; dlles fomentent la vanité et la présomption ; elles engendrent le mépris. pour le prochain, et tout ce qui s'ensuit ; elles accoutument les enfans à faire tout par des vues pharisaïques et condamnables, par conséquent à mériter des châtimens plutôt que des recompenses, même pour le bien qu'ils font, à cause de l’orgueil qui y préside et qui l’infecte devant Dieu.
Témoignez de la satisfaction à votreenfant, quand ii a bien agi, obtenu du succès, fait une action digne de louange; mais dites-lui aussitôt, que c’est de Dieu que vienttout bien , puisque c’est lui qui nous donne Frnil mières, les forces, les talens, la bonne volonté, et qu’il nous aide en tout ce que nous faisons de bon ; par conséquent, qu’il faut lui rendre toute la gloire de nos succès et de nos bonnes œuvres : ensuite, remerciez Dieu et engagez votre enfant à le remercier aussi, et à toujours profiter des dons de la bonté divine, afin de faire de mieux en mieux.
Quant à ce qui concerne la modestie, mettez votre adresse, d’abord à éloigner l’occasion des défauts contraires, sans que votre enfant s’en doute et qu’il s’en aperçoive ; ensuite, quand il lui arrivera de manquer, mais sans savoir encore distinguer ce x est bien de ce
ui est mal en cette matière , dites-lui de se tenir comme
| faut. Allez toujours ainsi par degrés, à mesure que
la raison se développera, et suivant les connaissances
quemontrera votre enfant, prenant garde de ne point
prévenir ses connaissances à cel égard, et de lui endre le mal qu'il ignore encore heureusement.
Des avertissemens indiscrets ont souvent causé beaucoup
de mal , et n’ont procuré aucun bien.en ce point. Enfin,
vurveillez avec prudence, prévenez les causes, c'est-à-
dire les occasions, et imitez ensuite la police, qui ne fait des réglemens et des arrêtés qu'après quelle a découvert des désordres. Pr
IT. À ces mesures sages , joignons une surveillance exacte de l'enfance et de la jeunesse. « Un grand, un « précieux dépôt nous est confié dans la personne de « nos enfans, dit saint Chrysostôme, s’adressant aux « pères et mères ; conservons - le avec un extrême « soin , et faisons tout pour empêcher qu’un voleur « plein d’astuce et de finesse ne nous l’enlève."» Hom. 9. in cap. 2. Ep. 1. ad Tim. Saint Augustin compare les familles à l'Eglise, et il dit que les parens en sont comme les évêques , parce qu’ils doivent y exercer une surveillance d’autorité et de sollicitude, à peu près comme les premiers pasteurs dans leurs diocèses. Saint Paul assure que celui qui n’a pas soin des siens et des personnes de sa maison , a renoncé à la foi, et qu'ilest pire qu’un infidèle. I. Tim. b. 8.
Surveillance donc pour dcraciner le mal, dès qu’il se montre; en écarter le danger, dès qu’il menace ; appliquer les enfans à la pratique des vertus deleur âge, les empêcher d’en contracter les défauts et les vices : surveillance pour la prière, la fréquentation de Pécole, du catéchisme, des offices, des sacremens, la tenue respectueuse dans le lieu saint : surveillance pour éloignerles compagnies mauvaises , les discours dangereux, les manières grossières, les actions scandaleuses , les livres et les brochures capables de pervertir les mœurs , de faire perdre la foi : surveillance continuelle, qui suive partout qui ne se repose point, qui invente mille moyens de ne pas perdre de vue. La police a ses agens et ses mouches: pourquoi les parens n’auraïent-ils pas aussi des personnes discrètes et sages , pour les séconder et les avertir ? Enfin, il faut que vos enfans apprennent, par expérience, que votre œil est constamment ouvert sur eux, Soit que vous soyez près, soit que vous vous trouviez éloigné ; et qu’ils ignorent de qui vous viennent les renseignemens que vous acquérez par le témoignage d'autrui. |
Ceux qui négligent de surveiller leurs enfans, et'qui Teur laissent une liberté trop grande. répondront de-
vant Dieu des vices et des maux incalculables qui auront trouvé leur source dans ces deux déplorables excès.
Mais, puis ue nous parlons de liberté, accordez-en assez à vos enfans, en votre présence, pour qu’ils vous laissent apercevoir le fond de leur ame, pour que leür esprit se forme, leur cœur se dilate, leurs organes se fortifient, leur santé s’affermisse. N’exigez donc point qu'ils soient devant vous tranquilles comme des vieillards , immobiles comme des termes, taciturnes comme s'ils n'avaient point de langue. Il leur faut de l'exercice ; permettez-leur d’en prendre ; de la récréation, procuréz-leur des jeux innocens; du plaisir, faites qu’ils en trouvent chez vous, autantet même de plus décienx qu'ailleurs, afin qu’ils se plaisent à la maison, qu’ils y reviennent avec empressement, uand ils n’y sont pas, et qu’ils s’y tiennent volontiers, lorsque rien ne les apsite au dehors.
Quantaux veillées, aux assemblées et aux promenades nocturnes, voyez ce qui en a été dit ci-devant ( chap. LL pag. 132 et suiv. ), et neles permettez pas. Quand
ils auront des fréquentations dans à vue d’un état , il est essentiel que tout se passe sous vos yeux, ou en présence d’autres personnes dignes de voire confiance et qui vous remplaceront. Quels malheurs et quels désordres n’a point occasioné , dans tous les temps, le défaut de cette mesure si rigoureusement nécessaire! Ne produisez point vos enfans de trop bonne heure dans le monde : ce sont des fleurs tendres qu’un souffle légèrement empoisonné fane ét fait aisément périr. Vouloir qu'ils soient de toutes les parties de plaisir , les conduire aux bals, aux spectacles, c’est entreprendre de renverser l’edifice qu’on s’est efforcé de bâtir en eux, empêcher le succès de leurs études, en remplissant leur cœur d’affections étrangères, et les faire renouer avec le démon, aux pompes duquel ils ont renonce dans leur baptème. Lisez aussi à cet égard les chapitres LIT et LILI de ce livre. |
Cependant, tout en accordant une liberté convenable à vos enfans, en votre présence, ne leur permettez pas la licence. Qu'ils se rappellent toujours le respect qw'ils vous doivent : ne leur souffrez donc à votre égard,
274 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS ni à l'égard de leurs autres supérieurs, aucun manques ment, aucune parole arrogante , bien moinsdes injures
des menaces. Qu'ils ne vous disent, ni à
ceux qu’ils doivent respecter, doi : cette e
xpression
n: Lù ds UP 3 ?
autorisée dans un temps de délire, où tout conspirait contre l’ordre, les mœurs et les prmcipes conservateurs de la société, doit étre bannie de la bouche des enfans
et des jeunes gens envers ceux qui sont au-dessus d’eux : on voit assez pourquoi. ! WA E SA
IV. Cependant, ce serait en vain qu’on exencerait la MERE A la plus soigneuse et la plus exacte, si on n’ajoutait pas à ce moyen si nécessaire la correction faite à propos et d’une manière prudente. Laworrection est donc un devoir encore indispensablementattaché aux fonctions de l'éducation. Ecoutons là- dessusdle Saint- Esprit dans les Livres sacrés : « Celui quiépargnela « verge à son fils, le haïît ( Prov. 13, 2 À elui qui « J'aime, y a souvent recours ( Eceli. 30,1).
). Courbez « son cou dans la jeunesse, et frappez ses côtés pendant « qu'il est enfant, de peur qu'il ne s’endurcisse, ne & vous écoute plus, et ne devienne pour otre ame ‘« un sujet de douleur (Zbid. 30. 12 ). Vous le frappe- « rez avec la verge, et vous délivrerez son ame de &« l'enfer ( Prov. 23, 14). La verge et la réprimande « donnent la sagesse ; mais un enfant abandonné à sa « volonté fera la confusion de sa mère ( Prov. 29, «1b).»
Remplissez donc ce devoir important, mais rem plissez-le avec prudence.
Pour cela, commencez par parler raison à votre enfant, lui montrant clairement les motifs qui doivent le détourner de la faute qu'il a commise,» du défaut qu’il contracte. G à mine plusieurs fois, dans l’occasion, encore avec douceur , les mêmes avis siparlez-lui ensuite avec plus de force; menacez = le; s’il ne se corrige pas ; mais menacez-le de punitions graduelles, commençant par les plus légères, et tenez=lui parole , s’il retombe . cette fidélité à votre parole doit être inviolable, soit que vous ménaciez, soit que Vous fassiez des promesses. N’en venez aux coups qu’à l'extrémité, et qu'après avoir employé les moyens les plus doux, à
DE LA RELIGION. 275 moinsique votre enfant n’ait fait unc faute de nature à state dt riterde suite un châtiment rigoureux. M à mr d'intérêt et de douceur préside avis , à vos avertissémens, à vos menaces ctauxautres corrections que vous emploirez. Si, surtout, veuswous trouvez obligé d’en venir à des peines et à des châtimens graves, que votre enfant s’aperçoive que cest de votre part à regret, et parce que les moyens plus doux ont hé appliqués inutilement.
Soyez Là né punissez pas pour une bagatelle, urundéfaut léger d'attention, pour un vase fragile isé par “inadvertance. Conservez, autant que possibley en ce point comme en tout autre, une grande impartialité envers tous vos enfans : la prédilection enendreles jalousies , les haïnes, les rixes : on en a vu, das d'histoire sacrée et ailleurs, de bien funestes exemples. ,
Onwvoit des parens qui ne parlent jamais avec bonté aleursenfans; qui s’emportent, prennent feu, éclatent enmehaces, en propos grossiers, et frappent à tort et à droit, pour des riens comme pour des choses importantes: Une conduite si déraisonnable gâte tout; elle rend enfant pusillanime ; elle lui imspire une humeur noirey"une crainte servile dont il ne se guérira peutêtre re ;et qui sera pour lui une source de fautes ; ellele révolte , alièné son cœur, le porte à souhaiter la mort de ses parens , auprès desquels il se croit toujours en présence de l’ennemi.
ur toute chose ne vous laissez jamais aller à des malédictions : Dieu les entend , et quelquefois les exécute d’unemanière aussi prompte que terrible. Une veuve chargée d’une famille de dix enfans, ayant été grièvement'offensée par l'aîné, sans que les autres s’y opposassent, alla se prosterner devant Dieu , dans le baptistère de l'église , et lui demanda queses enfans, obligés de Ep leur patrie et d’errer dans des terres étrangères, evinssent pour le genre humain un exemple de terreur et d'effroi.” Aussitôt l’aîné est saisi d’un tremblement horrible dans tous ses membres ; les autres éprouvent successivement , suivant l’ordre de leur naissance, et dans l'année , le même triste sort; ils abandonnent la
276 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS … . des doi
maison paternelle, voyagent au loin sans se fixer nulle part, épouvantant le monde par le spectacle qu’ils présentent dans leur personne, et par le récit déplorable de leur malheur, Désespérée d’avoir été ainsi exaucée, ne tenant pas contre les remords de sa conscience, et accablée d’opprobres, la mère se pendit. Deux de ses enfans furent guéris miraculeusement à Hi one, en résence de saint Augustin, qui raconte le fr lus au ee : T. 6, Serm. 332 et seq. T. 7, de Civ. Dei. k 22, c. 8. Mais qu’est-il besoin de remonter si- haut ? Dans le dernier siècle, une mère travaillant avec sa fille au bord d’une rivière de Franche-Comté , se fâcha tout-à-coup contre elle, et lui dit : « Puisses-tu être foudroyée, noyée et moulue ! » A l’instant la jeune-personne fut frappée du tonnerre , renversée dans la rivière ; et entraînée, à quelque distance de là, dans les roues d’un moulin, quila AE d’une manière horrible, La mère, toute éplorée, alla sur-le-champ se jeter aux pieds d'un ministre de la réconciliation ,-pourobtenir miséricorde dans le sacrement de Pénitence.… + V. Au reste, vous ferez peu, ou plutôt vous ne ferez rien, malgré tous vos efforts, si vos enfans apergoivent de la contradiction entre vos avis, entre ce que vous exigez d’eux , et votre conduite. Ils sont portés à limitation, parce qu’ils ne trouvent pas en euxmêmes assez de ressources : Vita ipsius in auditu est, et ferè in ipsa inanis, dit saint Fu + Si donc vos exemples ne concordent pas avec vos lecons et vos commandemens , ils laisseront ceux-ci , dès qu’ils le pourront, pour suivre ceux-là, qu’ils trouveront aussi plus commodes, plus conformes aux inclinations de la pature, et moins génans. D'ailleurs, et voici le raisonnement qu’ils ne manquent guère de faire de très-bonne heure : Si ce que mes parens me prescrivent était si avantageux et si nécessaire, il le serait également pour eux comme pour moi; la Religion , les préceptes divins et ecclésiastiques les ÿ obligeraient également : puisqu'ils s'en dispensent eux-mêmes , ils regardent donc toutes ces pratiques, tous ces devoirs et ces vertus , comme peu de chose, comme inutiles et mal fondés. Or, qui suis-je, moi, pour en savoir et en faire plus qu’eux ?
DE LA RELIGION: 277 Vos enfans pourront étre, pendant quelques années , des hypocrites et des esclaves; mais ensuite ils secoueront le joug qu’ils n’aimèrent point, et qu’ils ne vous virent jamais porter ; et ils deviendront, comme vous, indifférens pour la Religion, ennemis de la prière, transgresseurs des saints jours, inexacts à se rendre à nos assemblées religieuses, contempteurs des lois de l’abstinence et du jeûne, étrangers aux tribunaux sacrés et à la table du Seigneur. À votre exemple, ils préféreront à tous ces devoirs et à toutes ces pratiques sanctifiantes , les plaisirs du monde, les jeux, les bals, le théâtre. Car, si, comme le dit saint Augustin, les mauvais exemples de ceux qui président tuent même les brebis qui sont fortes, quelle perversion n’opéreront pas les vôtres dans le cœur de vos enfans, qui sont faibles, peu instruits , et plus portés au mal qu’au bien ? Oh ! que d’enfans périssent pour l'éternité , à cause des exemples pervers que leur donnent leurs parens !
VI. A l'égard du choix d’un état pour vos enfans, prenez garde d'étendre trop loin vos droits, de vous opposer à des inclinations honnêtes et venues du ciel, de consulter la cupidité, l'ambition, de vaines espérances , plutôt que la volonté de Dieu, et la véritable vocation de vos enfans. Une résistance longue et déraisonnable à leur établissement a quelquefois jeté de jeunes garçons et de jeunes filles dans le désespoir, et dans une suite aussi affreuse que prolongée de crimes et de désordres. Mais pouvez-vous consentir que vos enfans s’associent avec des personnes d’une autre religion que la Religion catholique ? Gardez-vous-en bien, et ne négligez rien pour dissoudre les nœuds qui tiendraient à de semblables unions , dès que vous connaitrez qu'il s’en forme de cette nature dans votre famille. Quelle société peut-il y avoir entre la lumière et les ténèbres, entre Jésus-Christ et Bélial ? dit saint Paul. « Il est impossible, ditle grand saint Hilaire, et Ja rai- « son elle-même ne Le permet pas, que les choses qui se « répugnent aient entreelles de la convenance; que celles « qui sontopposées se réunigant; quela vérité s’allie avec « le mensonge ; que Ja Lente et les ténèbres se con-
278 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS « fondent; que le jour et la nuit subsisten « dans un pr ve lieu. » L'Eglise a toujours eu € reur des mariages où le salut des époux et” ce enfans sont constamment exposés à des dangers & VIT. Mais en vain l’homme plante et arrose , Si lui-même ne donne l’accroissement. Aux S0ïns et au: précautions sages, joïignez encore la f ière : C’es devoir pour vous, et ce qui achèvera d'attirer 14 bé diction du Ciel sur votre famille, si votre cont n’y met pas d’obstacle. , Mens di VII. Enfin, serait-il besoin de ra ‘aux pare leur devoir d’offrir à Dieu leurs enfans; de sé hâter leur procurer le baptême, aussitôt q "ils sont nés; 6 Me ler auprès d’eux le ministre sacré, quand ils t malades, afin qu’ils reçoivent de lui la bénédieti crite, s’ils n’ont pas encore la raison: les sa Pénitence et d’Extrême-Onction , S'ils ont déjà ? L’insouciance de quelques parens à plusi ces égards, a pu causer la perte éternelle à p
enfans morts ou sans baptême ( etla chose x st pas douteuse ) , ou sans confession , à l’âge de7, 9, e même 10 ans (et le péril est grand ). O Dieu que de parens mériteraïent plutôt le nom d’assassin, que celui de père et de mère ! sc
RÉSOLUTIONS
1. Regardez l’éducation de vos enfans comme 14 plus noble de vos occuppations et le plus important de vos devoirs.
2. Commencez dès ce jour à réformer vos mauvaises manières à cel égard , et tout ce qu’il y a de répréhensible dans l'extérieur de votre conduite,
3. Bannissez de votre maison jusqu’à l'ombre même du scandale , et faites-y régner l’ordre, la piété, la crainte de Dieu,
O mon Dieu! vous m'avez donné des enfans, aidez-moi à les
élever dans votre amour , pour le ciel : et faites que je me sanctifie avec eux,
| Dé ÉAnEtEON 279 si é br ! SG € AL] ÿ au Saxe pe 41 & + CDD PR > 1 CHAPITRE C. 1 " |
: 4 A | … 0 Du zèle pour le salut des enfans.
T'Qvezoues mots de catéchisme qu’on apprend dans sa jeunesse, ne sont pas suffisans pour l’instruction d’un chrétien. Si tant de gens vivent dans le désordre, c’est parce qu’ils n’ont jamais été instruits à fond des maximes'de la Religion dans leur jeunesse, et qu’on a laisséeroître leurs vices avec l’âge. L’attachement au monde’etlesprit d'intérêt aveugle tellement les parens, qu’ils ont bien plus de zèle pour établir leurs enfans que pour les sanctifier.
Vous faites tort à vos enfans, si vous les faites riches sansles faire bons chrétiens ; il vaut mieux qu’ils man-
uent de biens , que de manquer de vertus et d’instruc-
on: Dés biens, sans la crainte de Dieu, ne serviront qu'à lesrendre plus vicieux , et à vous perdre avec eux. SLeprémier soin des parens doit être de laisser à leurs enfans une éducation sainte, en travaillant de concert avec le pasteur pour les former à la vertu. Le premier soin des pasteurs doit être : 1.° de veiller sur ces jeunes plantes; 2.° de procurer à leur paroisse des maîtres d'école vertueux , édifians, capables d’instruire lesrenfanss 3:° d'établir des maîtresses d’écle prudentes, pour élever les jeunes filles. Combien de filles et de mères vertueuses qui seraient perverties sans le secours d’une maîtresse d’école ! Les paroisses doivent avoir une singulière attention sur ce point. Ceux qui s'opposent à un établissement si important en répondront à Dieu. Si chacun doit contribuer à l'intérêt d’une communauté , le zèle de Dieu doit engager tout le monde à contribuer aussi à l'éducation de la jeunesse , surtout des jeunes filles.
I. Les personnes qui s'appliquent à l'instruction des enfanst, doivent: estimer cet emploi, dont plusieurs personnes, même-de qualité, se sont fait honneur , et se souvenir qu’il n’y a aucun de ces enfans, quelque . iguorant et quelque pauvre qu'il soit, qui n'ait çoûté
À su mn -
à Jésus-Christ son sang. Ne vous rebutez point : les enfans ont plus de disposition à la vertu qu’on ne pense ; les semences de piété qu’on jette dans ces jeunes cœurs , tôt ou tard Pad SL leurs fruits.
Si le Sauveur a témoigné de la tendresse pour les enfans, s’il les faisait approcher de sa personne, c’est parce que leur candeur et leur simplicité les rendaient plus dociles à sa parole, et plus propres au royaume des cieux : Sinite parvulos venire ad:.me,.dit-il , talium est enim regnum cælorum. d#
Quoiqu’un enfant soit volage et dissipé ,\»prenez garde , disait Jésus-Christ, de ne mépriser aucun de ces petits, parce que leurs anges voient la face de mon Père dans le ciel.
Nous devons nous-mêmes espérer de voir un jour dans le ciel cette face adorable, si nous avons du zèle pour les enfans, et si, à l'exemple des anges, mous sommes les gardiens de leur innocence.
Un saint homme disait à sa mort, qu’il lui semblait voir une nombreuse troupe d’enfans bienheureux qu’il avait instruits, qui lui venaient au-devant. Quelle joie à notre mort, si les ames, au salut desquelles nous aurions contribue , venaient nous accompagner comme en triomphe jusque dans la gloire ! Ceux qui instruisent les autres dans la vertu, dit le Saint-Esprit, brilleront comme des astres dans l'éternité : Qui ad justiliam erudiunt mullos, quasi stellæ in perpetuas œternitates. Dan, 12.
1. Ce sera surtout envers les enfans que j'aimerai à déployer mon zèle, parce qu’ils opposent d'ordinaire moins d'obstacles à largrâce, et que, s'ils mènent une vie innocente , ils procurent-à Dieu plus de gloire,
2. Mais en leur donnant des avis et des instructions, je me garderai soigneusement de rien leur dire qui puisse leur inspirer l’idée de faire du mal, qu’ils ignorent peut-être encore.
3. Je fournirai aussi autant qu’il dépendra de moi, pour leur éducation et pour leur faire apprendre des métiers convenables.
Mon Dieu , vous aimez les enfans ; je désire être l'instrument de votre miséricorde . aidez-moi de votre grâce,
CS
AE anna UMuuuUUuUus mm CHAPITRE CI.
Du bon exemple.
1: Quan» il n'y aurait qu’un seul homme de bien, qu’une femme vertueuse dans une ville, dans une paroisse, tous les autres seraient sans excuse de ne pas leur ressembler. Les bons exemples instruisent sans parler, et nous disent : Pourquoi ne vivez-vous pas commesun tel ? Etes-vous plus délicat que tant de
rands seigneurs qui ont vécu dans la pénitence, pen-
ant.que vous vivez dans le crime ? Vumquid delicatior es illo senatore P Etes-vous meilleur que tant de filles de qualité ns ont vécu dans la modestie, pendant que vous vivez dans la dissipation P Cette pensée convertit autrefois saint Augustin.
Si c’est une puissante raison de faire le bien quand on le voit faire aux autres, ce n’est pas une raison de faire lewmal parce que les autres le font , ni d'y prendre plaisir parce que les autres en rient. Vous jetteriezvous dans un abîme, parce que les autres iraient s'y précipiter ? Vous amuseriez-vous à plaisanter, si vous voyiezplonger un poignard dans le cœur de votre père ? N’êtes-vous donc pas bien aveugle de vous précipiter en enfer, parce que les autres s’y précipitent; de plaisanter. et de rire , lorsque les autres afiligent Dieu, votre sauveur et votre père ?
L'exemple des gens de bien a souvent plus d'efficacité que les sermons d’un prédicateur. La présence d’un homme qui, dans les compagnies, parle avec sagesse, est bien capable d’apprendre à un imprudent ce qu’il doit dire et ce qu’il doit taire. L’exemple d’une femme patiente est plus efficace pour convertir un mari brutal,
elles’ avis d’un pasteur. Les bons exemples dans une amille sont plus utiles pour sanctifier un enfant , que les réprimandes. Pères et mères, vivez en saints, et vos enfans vivront.saintement. Voudriez-vous qu'ils vécussent comme des anges, s’ils ne voient chez vous que les œuvres du démon, s'ils f’entendent dans leur {mille que le langage de l'enfer ?
On convertit plus d'ames par Lacemaleus.par les miracles, dit saint Chrysostôme. Sans les exemples des gens de bien, presque tous les pécheurs périraient.
Malheur à ceux qui n’en profitent. pas, ou qui s’en raillent ! VE Il. Tout le monde est obligé de donner-bonexemple, parce que tous sont obligés de contribuerau-salut d'autrui, I est difficile de se sauver quand ton neweut sauver que soi-même. Ceux-là y sont plusobligés qui ont des devoirs plus particuliers, comme-les. pères et mères, les maîtres, les juges et les magistratssles ecclésiastiques et les religieux. Plus l’étatestsaint, plus les bons exemples doivent être fréquens: Plus vous êtes au-dessus des autres, plus vos exemples doivent être éclatans. NET Si vous avez été grand pécheur , plus aussi devezvous donner de grands exemples de vertu: Ce m'est pe assez d’être vertueux, il faut qu’on.sache que vous êtes, et que, sans affectation de votre part, sans chercher l’estime des autres, l’on voieetl’on sache vos bonnes œuvres : V’ideant opera vestra bona.Al me suffit donc pas à un pécheur d'être converti devant Dieu, il faut pan le paraisse devant les hommes. Il n’a pas rougi du vice ; malheur à lui, s’il rougitde da wertu !
RÉSOLUTIONS
r. 11 faut que, dès ce jour même, je préche, par mes bons exemples, PTT CT.
2. En conséquence, je m’abstiendrai désormais d'applaudirjau mal, de le commettre moi-même par mes discours, mes actions, toute ma conduite, et je remplirai partout mes devoirs avec sim plicité, avec courage, avec constance. x
Mon Dieu , aidez-moi à si bien vivre, que tout en moi répare le passé , et porte mon prochain au bien. colons
i +D ty fée 2, AE PE LL EE AT EN AAA