CHAPITRE CXXIII
De la Foi; ses motifs et sa règle.
I. Notre bonheur sur la terre n’est pas d'être riches su savaus ; autrement les hérétiques et les infidèles qui
opt, QE LA RELIGION. 333 ont autant d'esprit et de bien que les autres , seraient aussi heureux que nous. Mais notre bonheur, c’est d’être chrétiens et en voie de salut, Or, c’est la foi
ui fait le chrétien ; elle est le commencement du salut, Le soutien de nos espérances ; par elle on s’approckhe de Dieu ; sans elle on ne peut lui plaire , ni être sauvé.
Saint Paul l'appelle #n don de Dieu, parce qu’on ne l’acquiert pas par la science et par le raisonnement. | Elle est une lumière, parce qu’elle nous montre ce que nous devons croire. Elle est surnaturelle, parce que les connaissances que la foi nous donne ne sont point comme les connaissances acquises par l’etude. Elle est surnaturelle dans son principe, parce que nous l’avons par la grâce de Jésus-Christ. Elle est surnaturelle dans son objet, parce que les vérités qu’elle découvre sont au-dessus de notre intelligence. Elle est surnaturelle dans son motif, parce qu’elle nous fait croire sur l’autorité et la révclation de Dieu.
Si je crois parce que je vois une chose, parce que je la comprends, ou si je crois précisément sur la parole d’un homme, je n’ai pas encore la foi, parce que je n’ai qu’un motif naturel et humain ; mais si je crois parce que Dieu l’a dit, et parce qu’il nous parle, alors j'ai la foi.
Or, je suis assuré que Dieu me parle lorsque j’ecoute l'Eglise, c’est-à-dire les premiers pasteurs qu’il a établis pour enseigner et parler de sa part. Allez , dit Jesus-Christ , enseignez loutes les nations. Celui qui vous écoute m'écoute. Ce ne sont donc pas précisément les savans que Dieu me commande d'écouter pour déterminer ma foi , mais il me commande d'écouter l'Eglise. Je puis me tromper en écoutant les savans ; Mais je ne puis me tromper ni être trompé lorsque j’coute l'Eglise, parce que Jésus-Christ a promis d’être avec elle jusqu’à la consommation des siècles. C’est
ourquoi saint Paul a dit qu'elle est la colonne et
"appui de la vérité. T. Tim. 3.
Il. Ce n’est donc pas une raison de douter d’une véxité, parce qu’on ne la comprend pas. C’est assez pour nous de savoir que c’est la doctrine de l'Eglise. Une
vérité ne serait plus un mystère de foi, i nous la comprenions. Saint Paul ne dit-il pas que là foi nou pro-
pose ce que nous ne voyons pas : Argumentum 10n apparentium P Heb. 11.; qu’elle est un chémin ténébreux dans lequel Abraham marcha, sans savoir où il allait : Nesciens qud iret. I n’y aurait us de mé dans là foi, dit S. Grégoire, si l'on citée ut les mystères par la raison humaine. - mé 9 Dieu est incompréhensible dans ce qu’il est ét dans ce qu’il à fait, toujours adorable dans les p petites choses, comme dans les plus grands my o1 nous oblige à croire, par exemple, qu’il y à une vertu divine et surnaturelle dans les sacremens, c’est pour humilier l’orgueil de notre esprit, et pour nous Rire connaître sa bonté toute-puissante, qui, our S’accommoder à notre faiblesse, cache ses grandeurs et sa $agesse, en opérant des effets si admirables par de si faibles élémens. PA Les mystères de la Religion sont des abtmes qui absorbent ceux qui ont la témérité de s’y précipiter. Gardez-vous , dit le Saint-Esprit, d’exaininér ce qui es| au-dessus de vous. Au lieu de pénétrer les œuvres de Dieu, songez à faire ce qu'il vous commande. Pourquoi voir ce qu'il a voulu vous cacher P...Combien de choses sont sous vos yeux que vous ne comprenez pas ! Eccli. 3. Comment donc comprendriez. “vous les mystères de Dieu ?
Quoique les mystères de la foi soient au-dessus de notre raison, ils ne sont cependant pas coftraires à la raison. Loin delà ; plus on les croit, plus ils éclairent, plus ils perfectionnent la raison ; mais 4 esf Contre la raison, dit saint Bernard , devouloir comprendre ce qui surpasse notre raison. | HT. C’est aux premiers pasteurs, le SouYéraïn Pontife et les Evêques , d'examiner ce qu'il convient de proposer aux fidèles, pour fixer et régler leur croyance, parce qu’ils sont établis de Dieu pour être juges dans la foi, et pour la faire enseigner. Quant à nous, disons comme les premiers chrétiens : Tout ce que nous savons c’est d'écouter l'Eglise, de croiréet de mourir méme pour la Foi ; mais nous n’en savons pas dis-
À DE LA RELIGION. 33è puter. C'est en s’écartant de cette règle que tant d’héré on fait naufrage dans la foi; que tant de Fe. eh perdus ; que tant d’esprits présomptueux , se croyant capables de discerner les vérités de la Foi, o ré leur jugement et les sentimens de leur secte au jugement des premiers pasteurs de l'Eglise, et croyant suivre leur conscience, ou plutôt leur esprit particulier, sont enfin tombés dans le Précipice qu'ils se sont eux-mêmes creusé.
Saint Paul l'a prédit, saint Augustin l’a vu dans les manichéens, tous les siècles l’on vu dans tant de faux docteurs, qui, sous une vertu trompeuse, parlant sans cesse de vérité, de charité, de réforme, empruntant le langage des Livres saints, séduisent les ames , Surtout les femmes, qui naturellement curieuses et vaines ; aiment à se distinguer.
Ne nousen étonnons pas. La Foi a toujours été attaquée, toujours elle le sera , tantôt par les puissances et
ar les libertins; tantôt par des livres artificieux et par
es séducteurs hypocrites. Ne nous étonnons pas, de même, de voir de grands génies donner dans le piége et tomber dans l’erreur : ordinairement plus orgueilleux, ils en sont plus obstinés. Il n’y a que les grands hommes, dit saint Augustin, qui fassent les hérésies : Non faciunt hœæreses nisi magni homines. Et voilà ce qui trompe les peuples. .
Arius, Nestorius, Pélage, le moine Eutychès, et
les autres hérétiques, qui passaient pour des gens de
ien, étaient de grands hommes et des gens d'esprit. IL fallait, en effet, qu'ils eussent beaucoup d'esprit, pour mettre dans leur parti des magistrats, des empereurs etmême des évêques. I fallait que Luther et Calvin eussent beaucoup d'esprit , pour entraîner dans l'erreur tant de princes, de grands seigneurs et de peu-
lesy,en leur persuadant que leur doctrine était celle de F criture et des saints Pères. Ce que l’on a vu dans les siècles passés, on le voit aujourd’hui et on le verra toujours. Car à faut, dit saint Paul, quil y ait des hérésies pour éprouver et manifestér les fidèles. Malheur à ceux qui en sont les auteurs et à ceux qui en sont les victimes !
336 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS | Il faut toujours en revenir à ce point pe ce n’est pas aux savans ni aux grands génies de fixer 1 yance
des fidèles, mais à ceux à qui Jésus-Christ a@donné
l'autorité, aux premiers pasteurs de son Eglise. Si ceux gi combattent ses dogmes et ses décisions, sont gens esprit, le démon a encore plus d’esprit qu'eux ; il n’en est pas moins démon, c’est-à-dire un mauvais esprit, un orgueilleux rebelle. VONT PRNT La chute de Tertullien est ici un exemple mémorable de l’égarement de l’esprit humain: Ce grand homme avait éte l’oracle de son siècle par sa science, l'édification des fidèles par sa vie sainte ; mais , ébloui par ses lumières , il n’écoute plus l'Eglise. L'Eglise lui parle, il ne peut se persuader que c’est l'Eglise d$ Jui parle : il s’obstine dans son erreur, ettombe enfin luimême dans le piége qu’il avait fait éviter àttant d’autres. Que penser de lui P Hélas ! tout ce que je puis en juger, dit saint Jérôme, c’est que Tertuien nest plus un homme de l'Eglise. Xl aurait mieux valu pour lui avoir été un humble disciple, que d’avoir été un savant maître. Dès qu’on a fait une fausse démarche en matière de doctrine, qu’on s’est attaché à un parti, il est difficile d'en revenir. L’aveuglement va si loin, qu’on regarde les censures de l'Eglise comme des persécutions , et s' Aa se compare aux Athanase, aux Chrysostôme, qui urent persécutés pour la cause de Dieu. Un simple
‘fidèle, qui, avec une foi soumise, croit ce que l'Eglise
lui propose , est bien au-dessus de tous ces superbes raisonneurs.
Oh! que le don de la foi est précieux ! Pouvonsnous assez remercier Jésus-Christ de nous avoir appelés à son admirable lumière, préférablement à tant d’autres qui sont dans les ombres de la mort P Si nous sommes tentés sur la foi, captivons notre esprit, et disons à ce Dieu Sauveur : Je crois, Seigneur , de tout mon cœur.
RÉSOLUTIONS
1.J’obéirai constamment à l'Eglise dans tout ce qui regarde 1mmédiatement le salut.
2. Et je recevrai ses décisions en matière de foi, comme si Dieu me parlait lui-même par son organe, ML
DE LA RELIGION. 337 : Mon Dieu, donnez-moi la docilité d'un enfant envers l'Eglise que vous m'avez donnée pour mère, |