‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 155 sur 186 · CHAPITRE CXXXVIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXVIIT

Peu de gens aimeñt Dieu, et pourquoi P

I. Nous disons à Dieu que nous l’aimons de tout notre cœur, mais le disons-nous avec vérité ? Ne démentons-nous point nos paroles par notre conduite ? Dilexerunt eum in ore suo , et linguä su mentiti suntei. Ps. 77.

Aimer Dieu, c’est le préférer à tout, être disposé à tout souffrir, à tout perdre, même la vie, plutôt que de perdre sa grâce. Et souvent , hélas ! on s'expose à la perdre, et on. la perd en effet pour un point d’honpeur , pour un objet d'intérêt, pour une chicane , pour un plaisir brutal, pour une criminelle amitié ; et l’on dit qu'on aime Dieu ! illusion.

Aimer Dieu, c’est prendre à cœur ses intérêts et sa

loire, être aflligé de le voir offensé, Le nombre est- U grand de ceux qui sont sensibles à la gloire et aux

intérêts de Dieu P? L'intérêt des créatures est peu de chose, et l’on fait tout pour le soutenir. L’intérét de Dieu est le seul Allatich, et l’on ne fait rien pour le procurer. |

Parle-t-on contre l'honneur de votre famille, vous ne pouvez le souffrir. Parle-t-on contre l'honneur de Dieu, contre la Religion, peu vous importe, vous ne dites rien Si l’on offense un de vos amis, vous en êtes affligé. Vous voyez Dieu offensé dans votre famille, vous le voyez Ke hf dans les compagnies, vous le voyez offensé partout : loin d’y être sensible, vous vous en faites un divertissement.

Commet-on un attentat contre le prince, aussitét les magistrats en font punir les auteurs. Commet-on des attentats contre Dieu, des blasphèmes, l’adultère, l’injustice , la débauche, l'Hapiité > Personne ne s’y oppose; les officiers de justice, les seigneurs, les pères, les maîlres les souffrent; on blime même un pasteur qui s’eflorce de les réprimer. O mon Dieu ! disait David, n’y a-t-il donc personne quise joigne à moi pour soutenir vos intérêts contre les méchans : Quis consurget mihi adversus malignantes P Ps. 93.

Faut-il construire un édifice pour l’embellissement d’une ville, pour le spectacle, faire des dépenses pour le luxe et le jeu, on en trouve les moyens ; mais fautil contribuer à une œuvre de charité et de justice, à l'instruction , à l’éducation de la jeunesse, à la réparation du lieu saint , les-moyens , dit-on, ne sont pas sufisans. C’est ainsi que l’intcrét de Dieu et de la Religion est celui qu’on a le moins à cœur. Il est donc vrai qu'il y a peu de gens qui aiment Dieu.

IT. Pourquoi a-t-on si peu d'amour pour Dieu ? C’est

u’on n’aime que le monde, on n’aime que les choses dk monde, on n’aime que soi-même. 1. On aime le monde, et l’on veut en être aimé; on veut limiter ct lui plaire ; on craint de lui déplaire et d’en être blâme , et on se met peu en peine de déplaire à Dieu. Aimer ainsi le monde, ce n’est pas aimer Dieu , C’est être son ennemi : #micitia hajus mundi inimica est Dei.

2. On n'aime que les choses du monde, les biens, les grandeurs, les amusemens et les folies du monde.

DE LA RELIGION. 377 Vous dites que vous aimez Dieu : dites plutôt que c’est l'argent et l'or, votre honneur et vos fonds que vous aimez, quevous craignez de perdre, plus que de perdre Dieu. Ce sont les procès et la débauche, les parures et les modes , les intrigues et les compagnies amusantes que vous aimez. Vous les aimez de tout votre esprit, puisque vous y pensez sans cesse. Vous les aimez de toute votre ame, puisque vous ne désirez que ces objets. Vous les aimez de toutes vos forces, puisque vous ne travaillez que pour cette fin. Vous n’aimez donc pas Dieu , vous lui êtes même rebelle , puisque vous aimez avec passion ce qu’il défend d’aimer : Nolite diligere mundum , neque ea quæ in mundo sunt. Si quis diligit mundum , non est caritas Patris in eo. I. Joan. 2.

3. Enfin, on n’aime pas Dieu, parce qu’on s’aime trop soi-même ; on rapporte tout à soi ; nos plaisirs et nos intérêts l’emportent sur l'intérêt de Jésus-Christ : Omnes enim que sua sunt quœrunt, non quæ sunt Jesu Christi. Philip. 2.

On ne cherche qu’à paraître, qu’à'se satisfaire. L’amour-propre est un poison qui s’insinue dans les intentions les plus secrètes ; on croit chercher Dieu, tandis qu’on ne cherche que soi-même. Nos bonnes œnvres ne sont quelquefois qu’un fäux brillant qui cache notre vanité. Nous croyons agir par Charite, dit le livre de l’Imitation, et c’est souvent la cupidité qui nous entraîne : Sœpevidetur esse caritas , et esitmagis carnalitas.

ublions - nous nous - mêmes , méprisons - nous, haïssons-nous, et nous aimerons Dieu. Qu'y a-t-il en effet dans nous qui mérite tant d’être aimé ? Des pécheurs méprisables, remplis de misère, souillés d’ordures et de crimes, méritent-ils tant d'estime ? Apprenous à nous oublier, à nous haïr en ce monde, pour nous retrouver en Dieu dans l'éternité. Heureux échange, de se quitter soi-même pour trouver et posséder son Dieu : Qui odit animum suam in hoc mundo , in vilam œlernam custodit eam. Joan. 12.

N’aïimons ce qui est au monde que par rapport à Dieu : aimer autrement des créatures , c’est mal placer son amour, Oh ! quand éprouverons-nous combien on

est heureux quand on aime Dieu, après avoir éprouvé si souvent combien on est méprisable quand on est possédé par l'amour des choses de la terre? Amour profane, amour du monde, qui aveugle l'esprit, qui embarrasse le cœur, qui souille l’ame, et qui perd l’homme! que nous sommes à plaindre si nous n’aimons pas Dieu ! Hélas ! répondit un démon qu’on exorcisait, je suis celte créature infortunée qui n'aura jamais le bonheur d'uimer Dieu.

RÉSOLUTIONS

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