‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 157 sur 186 · CHAPITRE CXL, De la conformité à la volonté de Dieu · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXL, De la conformité à la volonté de Dieu

Tous ceux qui disent : Seigneur , Seigneur , n’entreront pas dans le royaume des cieux, dit Jésus- Christ ; mais ceux qui font la volonté de mon Père. Le Sauveur lui-même n’a point eu d’autre règle de sa conduite, que la volonté du Père céleste. Il faut donc, pour marquer à Dieu notre amour, et nous sauver, vouloir tout ce que Dieu veut , faire tout ceque Dieu veut, souffrir tout ce que Dieu veut.

I. Z'ouloir tout ce que Dieu veut. Dans cette disposition, om commence à mourir à soi-même, et à

ivre pour Dieu. On est mort à soi-même, quand on n'a point de volonté propre : on vit pour Dieu, quad on veut tout ce qui lui plaît. Vous êtes morts , dit saint Paul, etvotre vie est cachée en Dieu avec Jésus-Christ : Mortui estis, et vita vestra est abscondita cum Christo in Deo. Col. 3. Or, de même qu’un mort est insensible à tout, soit qu’on le foule aux pieds ou qu’on l’'élèvessur le trône, qu’on le maltraite ou qu’on le caresse; de même aussi le chrétien qui est soumis à la volonté de Dieu n’est point ému de tous les évènemens de la vie, parce qu'il regarde en tout l’ordre de Dieu. Les louanges, les richesses ne lui enflent point le cœur ; Je mépris et les disgrâces n’abattent point son courage.

. S'il sent jessrépagnanes de Ja nature dans des afflictions, il adore les desseins de Dieu. Dans de-fond-de Pame, il est soumis, et trouve dans Pod qu 28 la joie et le repos. Altaché à Dieu seulyrien ne: afflige. que ce qui déplaît à Dieu. Vivre de la-sorteyc'est mener une vie cachée en Dieu avec Jésus-Christ ycest vraiment servir Dieu, parce que c’est servir Dieu que de l’aimer, et c’estl’aimer que d'aimer sa sainte volonté.

I. Faire ce que Dieu veut. En vain onséflätté de vouloir ce que Dieu veut, si l’on ne fait pas ce wil ordonne, et si l’on n’évite pas ce qui lüi déplatt. Souvent nous croyons faire la volonté de Dieu, et c’est p utôt Ja nôtre, parce que-nous croyons qu’une cho$é ésf sainte lorsqu’elle nous plaît, dit saint Augustin : Sancrumést quo volumus.

On s’imagine que, pour devenir saint, il faut beau- Coup agir et faire de grandes choses; ontsectrompe. Dieu veut nous conduire à la sainteté par un chemin plus court : c’est de faire ce qu’il demande dans nôtre état. Voilà le point essentiel de la vertu. Sans cela on n’a qu'une vertu de fantaisie et d'humeur, une vertu à contre-temps, une vertu fausse, suspecte; om fait de grands pas, mais hors du chemin. .

Une femme demeure des heures entières à Péglise, vendant que ses filles sont à la danse, qu’elles nouent à intrigues , qu’elles lisent des romans: Un père; un

“maître fait des visites de charité, de longues lectures de piété, tandis que ses enfans et ses gensise livrent au libertinage. Un homme fait de louables dépenses en libéralités, tandis qu’il ne paie point ses dettesy un domeslique emploie le temps à des dévotions indiserètes, pendant que son ouvrage est à faire, et qu’lñ maître s’emporte de colère. Illusion. Réglez votre maison ét vos dépenses; payez vos dettes ; veillez sur vos énfans ; sanclifiez Votre famille ; obéissez à. vos maîtress remplissez chacun des devoirs de votre état; Féparez par de fréquens retours à Dieu ce que vous ne pouvez faire par de longues prières. Voilà la volonté dé Dieu , et c’est la le servir. ;

Une personne fait des mortifications plus que sa santé etses occupations ne lui permettent; un religieux ,

DE LA RELIGION. 383 que que sa règle et ses supérieurs ne lui prescrivent. zette dévotion n’est plus selon l'esprit de Dieu ; toute dévotion d'humeur et de volonté propre, qui n’est pas selon la prudence ou la subordination , n’est pas selon Dieu. L’attache à notre propre volonté fait que nos bonnes œuvres cessent d’être bonnes, et ce qui plairait

Dieu cesse de lui plaire.

Si Dieu nous appelle tous à la sainteté, ce n’est pas au même degré, ni par les mêmes môyens, ni dans la même vocation. C’est pourquoi Les confesseurs ne doivent pas'suivre la même règle à l'égard de tous; mais examiner la volonté de Dieu , qui n’exige pas les mêmes choses de tout le monde. De longues méditations, de grandes austérités ne sont pas cgalement pour tous. Le

lus sûr, c’est de faire dans notre vocation ce que Dieu emande.. Le vrai chrétien ne veut faire ni plus ni moins, ni autrement que Dieu ne veut.

Pour choisir un état de vie, consultez Dieu. Vous aspirez à une vocation ; si vous avez le moyen, les talens, l’inclination , c’est la volonté FA Dieu. Vous voudriez entrer dans le cloître, mais Yous n’en avez pas es moyens ; ou Vous ne vous sentez aucune disposition aux vertus religieuses ; ce n’est pas la volonté de Dieu. Vous désirez entrer dans le clergé ,et vous n’avez ni talent, ni goût pour l’étude et pour la piété ; ce n’est pas la volonté dé Dieu. Vous voudriez prendre un parti ; mais un père prudent, des personnes qui ont autorité sur vous s’y opposent ; ce n’est pas la volonté de Dieu.

Il serait plus sûr pour le salut, de vivre au milieu des dangers du monde avec la volonté de Dieu , que d’être dans l’état le plus saint , contre son gré. On peut se perdre où l’on ne voit point de danger ; mais on ne risque fien en suivant la volonté de Dieu, et les conseils prudens de ceux qui doivent veiller sur nous.

IL. Souffrir tout ce que Dieu veut. Vouloir et fae tout selon la volonté de Dieu , est une disposition sante ; mais être disposé à souffrir tout ce que Dieu veut, c’est la vraie grandeur d’ame. Saint Louis fut un grand roi, mais il a été encore plus grand par sa soumission à Dieu dans ses disgrâces, que par ses conquêtes. Saint Paul a plus mérité le titre de grand Apôtre par

sa patience à souffrir toutes ses tribulations, que par les prodiges de son apostolat. dés

Si Dieu veut que vous souffriez la maladie , les persécutions, la pauvreté, pourquoi ne le voudriez-vous pas ? Vous lui dites tous les jours : V’otrevolonté soit faite. Laissez-lui donc faire sa sainte volonté: Vous voudriez avoir de la santé, des richesses, mais Dieu ne le veut pas. Voudriez-vous qu’il ne füt pas le maître ?

Vous désirez la santé pour mieux servir Dieu ; tâchez de vous la procurer par des remèdes convenables ; s’ils sont sans effet, adorez la volonté de Dieu. Ilne demande pas d’autre service de vous, que de souffrir ‘pour son amour. Vous voudriez des richesses pour soulager les -misérables; mais Dieu n’exige pas ce que vous ne pouvez faire. Si vous les désirez pour une fin légitime, pour l’établissement de votre Émile, tâchez d’en acquérir sans cupidité, par des moyens raisonnables ; s'ils ne réussissent pas, soumettez-vous à Dieu, qui donne et ôte les biens à qui il lui plaît.

Après tout, si Dieu veut vous affliger, c’est pour Votre salut ; il voit que votre ame serait en danger s’il Vous traitait autrement; c’est donc parce qu'il vous aime qu’il vous éprouve. Oh ! combien de prédestinés dans la gloire bénissent sa providence qui leur à fait trouver la sainteté et le salut dans les disgrâces et dans l'indigence ! Combien de réprouvés dans les flammes maudissent les delices et les richesses qui les ont perdus!

Ce que vous désirez n’est donc pas toujours le meilleur pour vous. Contentez-vous de ce So Dieu veut que vous soyez ou que vous ayez. Les délices et les richesses sont accompagnées de peines , et souvent de grands crimes. Dieu vous a fait une grâce de vous en priver. Les plus belles roses ne sont pas sanstépines : de même, les plus brillantes fortunes ne sontipas sans in-

ictude et sans dangers.

Si vaut mieux être privé de ce que vousn’avez pas, que de l’avoir pour vous nuire ou pour vous perdre. Il vaut mieux habiter dans une maison incommode, avec Ja santé, que d’être malade dans un palais. De même aussi vaut-il mieux vivre dans une tranquille pauvreté, que d’être dévoré par les chagrins inséparables des ri-

chesses ; et se sanctifier par la maladie, que de se perdre ‘en sante.

Le meilleur pour nous est de nous confier en Dieu, et de Je laisser agir. Il n’est rien de plus raisonnable que de se soumettre à sa volonté, qui est toujours réglée par sa sagesse. Il sait mieux que nous ce qui doit contribuer à sa gloire et à notre prédestination. C’est pour celte raison que les croix et les pénitences les plus salutaires sont celles que Dieu nous envoie, et celles qui sont aftachees à notre état. Dans celles qui sont de notre choix, il y a quelquefois de l’amour-propre, de l'indiscrétion, et du danger d’en perdre le mérite.

On est sans danger d'illusion, quand on est soumis à la volonté de Dieu. On est méme content de tout à Parce que rien n'arrive contre notre volonté, quand nous voulons ce que Dieu veut. Je suis content, disait un vertueux laboureur, de ce que la gréle a ravagé mes mMoissons, parce que rien ne me fait plaisir en ce monde que la volonté de Dieu; elle s’est accomplie par la perte de mes blés ; c’est pour mon salut et pour sagloire. Son saint nom soit béni.

Ï1 ne vous en coûtera jamais tant pour vous soumettre à Dieu dans vos afflictions, qu’il en coûta au Sauveur pour se soumettre à la passion et à la mort. Cette parole, Mon Père, votre volonté soit faite, lui coûta une sueur de sang. Dût-il vous en coûter autant, vous n’êtes pas meilleur que Jésus-Christ votre maître.

RÉSOLUTIONS

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