CHAPITRE CXLII
Les piéges du démon pour rassurer les pêcheurs et troubler les gens de bien.
1. Les remords de conscience sont une grâce du Ciel; c’est la voix de Dieu qui parle, qui excite, et qui rappelle. Ma conscience, disait quelqu'un au sortir du sermon , est un prédicateur quime parle sans cesse, et quim’en dit plus que tous le pe C’est pourquoi le démon fait tous ses eflorts pour apaiser les remords d’une conscience criminelle; il les calme peu à peu, et à la fin il les étouffe. 1e ;
Les premiers crimes qu'il fait commetire causent de
[0 .? | l'inquiétude et du trouble ; les seconds causent encore des remords ; dans la suite , le crime ne cause plus que quelques doutes. En a-t-on pris l’habitude , on ne doute plus, et l’on ne craint plus rien. Pour calmewles remords de la conscience, on imite ces voluptueux dont parle un prophète ; on s’étourdit, on se renverse l’espa jusqu’à se persuader qu’on ne fait point de mal :
verlerunt sensum suum. :
Tels sont ces impudiques apprivoisés avec le crime, ces intempérans abrutis par le vin, ces hommes fripons et voleurs, ces usuriers artificieux et avides , ces filles dont le front ne rougit plus de rien, ces femmes du grand monde livrées à la mollesse. Dès qu’on est tombé dans la profondeur du vice , on est insensible à tout. Inspirations , sacremens, vérités de la Religion , avertissemens, instructions, on méprise tout : /mpius, cüin in profundum venerit , contemnit.
Oh! que ce calme dans le crime , dit saint Jérôme, est une horrible tempête ! Cette insensibilité sur l’état de sa conscience est en cette vie le plus affreux châtiment temporel du péché. On doit tout espérer d’un pécheur qui est agite de remords; mais que peut-on espérer de celui qui étouffe et qui n’entend plus la voix de sa conscience ? Un malade qui ne sent plus rien, qu’on ne peut exciter ni éveiller , est bien à plaindre; son mal est censé incurable.
IL. Le démon qui rassure les scelérats dans le désordre, tend un autre piége aux ames dociles. 1. Un pécheur, touché de Dieu, pense-t-il sérieusement à se convertir ? l'esprit de ténèbres , qui le rassurait ci-deyant, porte à présent le trouble dans son ame. Il lui inspire la défiance de la miséricorde de Dieu , lui représente ses péchés comme des monstres , qui ne pourront jamais être effacés ni pardonnés , et qu'il est perdu. Ah! pauvre ame éloignez-vous de ces affreuses pensées; jetez-vous avec confiance aux pieds de Jésus-Christ. Il vous recevra avec tendresse, et vous aidera de son secours. Non, vous ne périrez pas entre les bras de votre Sauveur. 2. Une ame est-elle convertie, innocente, afférmie dans la grâce de Dieu? le démon lui tend d’autres gmbüches, Il n’entreprend pas d’abord de la faire tomber
390 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS dans pis ; mais il met tout en œuvre
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dans le découragement, parce qu’il sait qu'une ame de- EE à est capable des plus grandes Faute, ] e de la troubler par des tentations , par des lectures même de
piété, par un seron mal Compris. | l'in iiète cette pauvre ame sur ses péchés passés, sur ses rechutes, sur ses confessions. Vous pouvez facilement dissiper les illusions de cet esprit trompeur' en vous conformant aux avis suivans : pe et
1. Les tentations he nuisent point à l'ame qui ne les aime pas. Plus elles sont aflreuses , moins elles sont volontairés. Quoiqu’elle soient fréquentes, elles sont utiles, parce qu’elles réveillent l'ame , raniment sa confiance en Dieu , et lui sont occasion de mérite: car , où serait le mérite, si l’on était sans combat ? Elles contribuent au salut par la violence qu’on se fait, par les victoires u'on remporte. Elles peuvent même étre la marque
’une haute preédestination, puisque les plus grands ser-
viteurs de Dieu ontété les plus attaqués. Ow étiez-vous, Seigneur, pendant, cette tempéle P dit un jour une grande sainte au Sauveur, après une tentation qui la troublait : J’étais , lui répondit Jesus-Christ, au milieu de votre cœur.
Le démon n’attaque guère , ou n’attaque que faiblement ceux qui sont à lui; mais il attaque avec force’ * ceux qui sont à Dieu : semblable aux ennemis qui attaquent vivement une place qu'ils veulent prendre , et qui cessent de la battre quand ils en sont les maîtres, Dans vos tentations, un retour, un regard sur Jésus crucifié , dissipera l'orage. a
2, Quant aux lectures et discours de piété, tous. les bons livres et tous les sermons. ne conviennent. pas à tous. Quoique la vérité soit toujours la même, l’application doit en être. faite avec prudence, selon la disposition des ames. Le démon, qui se transfigure en ange de lumière, se sert de la vérité même pour.tromper par de fausses applications. Dans les lectures de piete, ou dans les sermons , si quelques réflexions troublent la paix de votre cœur , n’en faites pas d’abord l’application à vous-même ; demandez-en l’éclaipcissement à votre pasteur ou à votre confesseur. *