‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 54 sur 186 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Aveuglement de ceux qui s’oublient eux-mêmes, ° 1e. °52 VONT TOM pour enrichir leurs héritiers. rmpaks- ART I. Quezse folie d'amasser du bien sans savoir pour qui ! Vous épargnez pour vos enfans ou pour vos pa= rens; mais peut-être deux mois après votre mort, Vos iens passeront en d’autres mains , peut-être à vos’ enpemis, qui jouiront de ces biens pendant que vous gémirez dans les flammes, pour les avoir conservés ou amassés avec trop d’attache. Quand vous seriez assuré de vos héritiers, êtes-vous assuré qu’ils useront sagement de ce que vous aurez laissé ? La débauche, les procès, le jeu ,ne dévoreront-ils pas le fruit de vos épargnes? Ce que vous aurez amassé parle péché ne se dissipera-t-il point par d’autres péchés, qui attireront sur vos héritiers et sur vous la colère de Die P Ob! qu’on est aveugle, lorsque, par une amitié trop humaine, on est plus sensible aux commodités d'autrui qu’au salut de son ame, et qu’on donne aux autres ce qu’on refuse à soi-même, sans en recevoir ni récompense ni retour ! Ne traiteriez-vous pas d'insensé, dit Salvien , un homme qui raisonnerait ainsi: Mes chers héritiers, je ne veux pas me servir de mes biens ni gagner le ciel par mes aumdônes ; je veux renoncer aux satisfactions de la vie, et m'exposer à étre damné, afin que vous soyez plus à votre aise: Peut-on penser et agir avec plus d’extravagance ? Ce n’est plus une amitié, mais une fureur, que de se perdre pour faire plaisir aux autres. è | I estbien plus sûr de faire part de ses bienstà Jésus- Christ en la personne des pauvres, pour en recevoir Ja récompense dans le ciel, que de les laisser à des héritiers qui ne peuvent nous rendre heureux, quand même ils le voudraient.

JE. On entend tous les jours des pères de famille faire cette demande : Ve férais-je pas tort à mes enfans de we par leur conserver enon bien 2 Il x a de Péquis

© DE LA RELIGION. 111 yoque dans cette demande : elle est souvent le prétexte d’un père avare et chicaneur. Qui, vous feriez tort à vos enfans de dissiper vos biens en jeux , en débauches, en proces. Vous feriez tort à vos enfans de leur laisser hu 4 injustement acqüis; mais vous ne leur faites aucun tort en faisant des aumônes, ni en cédant à un plaider obstiné. Dieu vous a donné des enfans , non pas

précisément pour leur laisser du bien, mais pour les

: Eh père, àda vérité, doit user d’une sage économie pour établir ses enfans ; mais s’il est coupable lorsqu'il abandonne l'éducation et le soin de sa famille, il n’est pas exeusable lorsqu'il abandonne le pauvre. N'est-ce Das une ériante injustice , dit saint Augustin, de laisser Rue Jésus-Christ dans le pauvre, tandis que rien ne manque aux débauches de votre fils? Znjustitia magna est ut egeat Dominus tuus, et habeat undè luœurietur filius tuus. De Discip. 3.

Vous êtes en peine de ce que deviendront vos enfans après otre mort : soyez bien plus en peine de ce que vous deviendrez vous-même. Sancüfez-vous et tâchez de mériter la miséricorde de Dieu, en prenant soin de vos enfans. Le moyen le plus sûr de les enrichir, dit saint Jean Chrysostôme, c’est de faire l'auméne.

Vos richesses, mises dans le sein des pauvres, sont en assurance pour vous, et loin d’être perdues pour vos enfaus, elles sont, dit saint Eucher, un trésor mieux place qu'entre leurs mains : Thesaurum suum is benè recondit, qui indigentibus dividit. De ver. Sup. Sainte Marcelle , illustre dame romaine, dépouillait ses enfans pour revétir et nourrir les pauvres : Ne ceraignez rien, mes enfans , leur disait-elle , je vous laisse dans la miséricorde de Jésus-Christ un fonds plus assuré que tous nos biens. Qu'on se souvienne qu’une famille fondée sur l’aumône ne perira pas.

Après tout, il s’agit de vous sauver. Si vous n'avez pas soin de vous-même pendant votre vie, qui en aura soin après votre mort ? Vos enfans pourront-ils vous tirer de l'enfer ? Hélas ! s’ecrie Salvien , toutes les richesses dansles mains des héritiers ne sont pas capables d’éteindre une étincelle des flammes qui brûlent ces morts infor

119 PERCDEE SUR LES VÉnITÉS

tunés : Flamme infelicium mortuorum, divitüs on refrigerantur hœredum. Lib. 8, ad Eccl, cat.

Un service, quelques messes, voilà tout ce que vous pouvez attendre de vos héritiers. Il vaut mieux qu'il leur manque quelques biens, et qu’il ne manque rien pour votre salut. On leur laisse toujours assez quand ce qu’on leur donne est précédé des exemples de vertu, et qu’on leur laisse la crainte de Dieu. N’estimez les richesses

’autant qu’elles servent pour gagner le ciel; vous éprouverez que l’unique consolation du riche, c’est d’être libéral et charitable.

. J’userai de ée que Dieu m’a donné, selon l’ordre de son ados rable providence. |

2. Je me donnerai à moi-même ce que la nécessité exige. 8. Je me ferai des amis dans le ciel par mes saintes largesses envers les pauvres.

4. Et je pourvoirai à mon salut avant que de penser à enrichir mes héritiers.

Faites, mon Dieu | que je ne me perde pas par lemauvais usage

des biens périssables de ce monde.

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