CHAPITRE XLVIIL
De l’ivrognerie.
I. Le Sage renvoie le paresseux à la fourmi, pour apprendre à travailler : /’ade ad formicam , 6 piger! Il faut renvoyer l’ivrogne aux bêtes de charge, pour lui apprendre la tempérance. Lorsque l'Eglise exhorte les pécheurs, elle leur propose l'exemple de Jésus- Christ et des saints ; mais il faut changer de langage quand on parle à un intempérant ; il faut lui proposer l'exemple des bêtes : oh ! quelle horreur ! |
Un ivrogne est indigne de la société des créatures raisonnables. 41 faudrait, dit saint Basile, le reléguer
armi les animaux , et le bannir de la compagnie des rm Les magistrats de la ville de Sparte, dont les habitans étaient les plus sobres de l'univers, ayant
124 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS expose en public un esclave plein de vin, pour inspirer l'horreur de ce vice à la jeunesse, le peuple, voyant cet homme dans l'ivresse, fut saisi d’étonnement et s’écria : Hé! d'où a-t-on fait venir un tel monstre, qui a° la figure d'un homme , et qui a moins de sentiment qu'une béte P
* Où vas-tu, dit un jour un homme de qualité à un de ses subordonnés qui était ivre ? Je vais à l’église, répondit-il, prier Dieu. Hé ! infâme, répliqua le premier, comment parlerais-tu à Dieu, toi qui n’es pas seulement en état de parler à ton cheval ? Prétendre, avec un tel vice, passer pour un homme d'esprit, c’est être dépourvu de bon sens. Telle est l’impudence de l’ivrogne ; il ne mérite pas d’être mis au rang des bêtes, et il veut raisonner avec les hommes et faire le bel esprit : Cüm ipse insipiens sit, omnes stultos æstimat." Eccle. 10.
IT. Il n’est point de vice dont on ne puisse corriger. un homme avec le secours de la grâce ; maïs il est trèsdifficile de corriger un ivrogne. C’est un homme sans foi, sans religion, sans piété, sans respect Lt Dieu, pour sa divine parole et pour ses pasteurs. Îl se moque des lois de l'Eglise, des édits du souverain, des régle-
mens des magistrats qui lui défendent les tavernes. C’est un homme sans pudeur. Non, dit saint Jérôme, je ne croirai jamais qu’un ivrogne soit un homme * chaste : Ebriosum hominem nunquäm castum putabo. I] est sans retenue dans ses discours et dans ses chansons, impudent avec les personnes du sexe, dissolu dans ses manières, cast. ee dans ses regards, sans respect pour les règles de modestie que la loï de Dieu prescrit dans le mariage. "4 Ün intempérant est un homme sans conduite dans ses affaires, sans économie dans sa famille, sans’ attention sur ses enfans, sans égards , sans charité pour sa femme, pour laqueile 1] a souvent moins de compassion que pour une bête, I] ne pense, il n’agit, il ne travaille que pour boire ; il sacrifie à sa gourmandise ce qu'il doit aux pauvres, ce qu’il doit à ses créanciers et à sa famille. Et après cent avis qu’on lui a donnés pour le corriger : cet abominable s’étourdit jusqu’à dire qu’il ne fait aucan mal, qu’il ne fait tort à personne. Ô aveuglement !
à DB LA RELIGION: | 125:
- JU. Pour se convertir, il faudrait qu'il se bornât à une médiocre quantité de vin, qu'il évitât les cabarets, la compagnie des débauchés ; qu'il approchät des sa cremens, qu'il suivit les avis d’un sage pasteur. 11 peut M le peut même facilement ; mais il ne le fera pas, parce qu’il ne lui plaît pas de le faire, tant son endurcissement est profond.
Menacez un intempérant d’une mort funeste, des jugemens de Dieu, des feux de l'enfer, de la perte du ciel ; rien ne le touche sur l’état de son ame, dont ila moins de soin que de son chien. Il vit comme s’il n’avait point d’ame ; son corps est son maître et son dieu. Ah!
auvre ame, serais-tu plus déshonorée si tu étais dans le corps d’un vil animal ?
‘On tremble à la vue des malheurs dont Dieu menace les ivrognes dans l'Ecriture. Malheur à vous, qui êtes forts et puissans à boire ! Malheur à vous qu vous appliquez à vider les pots et les verres ! Mal-
eur à vous qui vous levez le matin pour faire la débauche, qui y passez le jour ! pleurez, poussez des cris su les malheurs qui vous attendent, vous
ui faites vos délices du vin ! Mais toutes ces menaces
‘un Dieu ne font pas plus d'impression sur un ivrogne que sur un rocher.
L'Apôtre a eu raison de dire que les ivrognes sont les ennemis de Jésus-Christ; que leur fin sera malheureuse et funeste. Leur aveuglement est si grand, l'etat de leur conscience est si déplorable, que saint Paul n’en parle qu’en pleurant : Flens dico inimicos crucis Christi, quorum finis interitus, quorum Deus venter est.
Va, infime ivrogne, ce vin que tu bois est comme une couleuvre que tu avales, qui donne la mort à ton ame. Tu n’en crois rien, mais tu apprendras dans les feux éternels qu'il y a un autre Dieu que celui de ton ventre : 7inum…. ingreditur blandè , sed in novissimo mordebit ut coluber , et sicut regulus venena diffundet. Prov. 23.
aint Louis, qui a été l'honneur du trône, fit de sages véelemens au sujet des tavernes, avec défense aux pe. Hot JE sous de sévères peines, de donner dans
leurs logis du vin aux habitans du lieu. Les officiers
de justice doivent faire subir aux hôteliers la rigueur
des lois, lorsque, contre la défense et les” arrêts de
es ils donnent du vin aux personnes dans le lieu e leur domicile. Les confesseurs doivent avoir ici une
singulière attention. b
RÉSOLUTIONS. . Fo
z. J'aurai toujours soin d’user de tempérance dans tous! pas.
2. Je n’y boirai qu'avec modération, presque jamais de in pur, rarement des liqueurs, tâchant de me priver surtout de quelque chose qui me ferait plaisir, et de sortir de table avec quelque sentiment d'appétit.
Mon Dieu, faites que je mortifie mon corps, et que je le réduise en re spa afin qu’il ne devienne pas la cause de ma perte éternelle.
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