‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 69 sur 186 · CHAPITRE LIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIN

De la comédie et des spectacles.

I. S1 la comédie se bornait à représenter avec dé« cence des exemples edifians, ou les actionsmémorables des grands hommes, elle ne serait point condamnable; mais ce n’est point là ce qu’on y voit. Tout.ce qui est capable de réveiller les passions, d’exciter la concu piscence de la chair et des yeux et l'orgueil dle la vie, s'y réunit. Car, sans parler du concours et des rendez-vous de la jeunesse de tout sexe, à qui la comédie est une occasion de désordre, jugeons de la comédie par les circonstances, et par les sujets qui y sont représentés. |

1. Les circonstances et l’appareil de la comédie, les décorations agréables et enchantées , la vue des actrices; leurs parures , leur enjouement, leurs voix insinuantes; les airs tendres et passionnés des acteurs, les tours délicats sur la pudeur et l'amour profane, lestraits satiriques Jlâchés, en passant, sur la*vertu, toutcela ne fait-il aucune impression sur les cœurs? Si Pona peine à resister à ces impressions , étant seul, ÿ résistera-t-on dans la dissipation du spectacle ? ‘ |

2. Quant aux sujets qui sont le fond et la base de la comédie, sans compter les bouflonneries ; lestextraxagances, les sauts et les gestes dissolus, ces femmes ct ces acteurs qui exposent leur vie, en se balançant, en volügeant indécemment sur des cordes,y#que woit-on dans le reste qu une peinture des passions plus propre à Les exciter qu’à les étgipdre ?

DE LA RELIGION. 139 tôthune intrigue de galanterie, une maîtresse » un rival supplanté, une femme jalouse, un

Tantôt des satires piquantes et malignes sur

mari dupe.

Jes di rens états. D’autres fois des aventures tragiques, des trahisons, des fourberies, des comwats, des vengeances méditées, des projets ambitieux exécutés avec succès, une conspiration, des cruautés exercées avec fureur, quelquefois même la Religion , les personnes sacrées et les puissances tournées en ridicule, etc.

En vérité, un chrétien peut-il se croire innocent dans le plaisir qu’il prend à voir, à entendre ce qui excite enlui tant de passions différentes ? Et quand il serait sans passions , lui est-il permis de voir avec danger, et d’aimer avec complaisance les représentations des»choses qu’il doit détester ? Dieu qui par la sainteté

sa loi nous ordonne de veiller en tout temps sur nos sens, sur notre esprit et sur notre cœur, pour en écarter les représentations et les pensées dangereuses ; qui fera rendre compte d’une parole inutile, et des moindres dépenses superflues, peut-il approuver des spectacles qui remplissent l'esprit et l’imagination detant

objets vains, ridicules et séduisans P peut-il approuver

‘on y'emploie un argent dont on devrait soulager tant

e = are familles qui gémissent dans l’indigence ?

1: Ue monde cependant prétend avoir de grandes raisons pour les autoriser. La comédie, dit-on, est utile ; elle déclame contre le vice autant que les prédicateurs Quelle indignité de mettre le théâtre en parallèle avec l'Evangile, et de comparer la parole d’un comédien avec la parole de Dieu! La comédie, il est vrai, rend le vice ridicule, mais elle ne le rend pas odieux selle en fait rire, mais elle ne le fait pas pleurer; elle inspire la ruse, la défiance, le mépris d'autrui, la satire non la charité; elle a fait commettre des millions dé péchés, et jamais elle n’en a fait détester un seul.

Vous préchez contre la comédie, me dit un jour un homme qui avait été parmi les acteurs sur un theûtre, vous avez bien raison ; elle fait commettre cent fois plus de crimes que vous ne pouvez imaginer. Les fruits qui croissent sur les bords du lac de Sodome pa-

Æ "° sa 140 PENSÉES suit VS VÉRITÉS

raissent d’une beauté charmante ; mais aussitôt qu’on les touche, ils tombent en poussière, et répandent une infection insupportable. Tels sont les fruits de la comédie; en s'évanouissant, ils répandent dans l’ame un aïr con. tagicux.

Mais, dira-t-on, je n’y vais que par divertissement ; je n°y ai jamais eu ni mauvaises pensées, ni tentations. Vous vous trompez. Etourdi par l’enchantement du spectacle, vous n’avez pas connu ce qui se passait en vous. Dans le saint lieu même, souvent vous avez eu des tentations : comment n’en auriez-Vous pas à la comédie ? Vous avez pensé, dans ces spectacles, aux objets que vous y voyiez et à ce qu'on y disait; vous en sortiez avec un esprit rempli d'idées profanes, qui vous étaient le goût des choses de Dieu et de vos devoirs , qui vous dissipaient jusque dans vos prières. D'ailleurs le plaisir de voir, d'entendre, de goûter ce qui agitait en vous tour à tour différentes passions, ne sont-ce pas autant de tentations ? S'il vous faut quelque divertissement , faites comme d’autres qui, sans aller aux bals et à la comédie, savent se divertir innocemment,

Mais, ajoute-t-on, saint François de Sales ne condamne pas les danses et les spectacles. Cela est faux. Loin d'approuver ces sortes de divertissemens , il a écrit tout ce qui est capable d’en faire connaîtrele ridicule, le danger et le venin. Ce grand saint, à la vérité, en faveur de ceux qui, dans certaines conjonctures qui sont rares, se voient comme forcés de s’y trouver, prescrit des précautions pour y Conserver l'innocence ; mais il ne plaît pas aux gens du monde de les prendre, ces précautions ; ils ont donc mauvaise grâce d’autoriser leurs danses et les spectacles par le témoignage de ce saint évêque. ;

N'alléguez point qu’étant lié avec le monde, vous ne pouvez vous dispenser de faire comme les autres, ni vous passer de ces sortes de divertissemens. Saint Augustin vous répondra que bien d’autres plus distingués et meilleurs que vous s’en dispensent et s’en passent : pourquoi ne pourriez-vous pas faire de même? Numquid delicatior es illo senatore P tu non potes ? Ille potuit.

Il faut donc, ajoutez-vous, vivre comme des solitaires

ct des misanthropes ; d'ailleurs ne vaut-il pas micux aller à la comédie et au bal que de faire plus de mal ? Un pareil discours dans la bouche d'un chrétien, est un raisonnement insensé, qui ne mérite pas qu’on y réponde. Me respondeas stulto, dit le Sage, juxta stultitiam suam. Prov. 26.

RÉSOLUTIONS

r. Je renonce pour toujours aux spectacles. 2. Et je ne permettrai pas à ceux qui seront à ma charge de les fréquenter.

Mon Dieu, faites-moi la grâce de remplir exactement les promesses queje vous ai faites dans mon baptème, où j’ai abjuré Satan, ses pompes et ses œuvres.

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