CHAPITRE LIV
Des parures et des habillemens immodestes.
On peut dire, sans crainte d’exagérer, que les personnes qui se les permettent s’avilissent elles-mêmes ; qu'elles chargent leur conscience de beaucoup de péchés sans presque même qu’elles s’en doutent , et que rien ne les excusera devant Dieu, lorsqu'elles paraîtront à son redoutable tribunal.
LE En effet, ces excès sont proscrits par l’Ecriture, les saints Pères, les païens mêmes ; il sont opposés à Pesprit du christianisme, au bonheur des familles, et ils attirent un juste mépris sur ceux qui s’y abandonnent,
Saint Paul veut que la modestie des chrétiens paraisse aux yeux de tous les hommes. Phiipp. 4. 5. Il recommande surtout aux personnes du sexe une tenue oùbrillent la simplicité, la modération et la décence. 11 va même jusqu’à leur interdire certains ornemens très à la modede nos jours, mais qui ne servent qu’à nourrir l’orgueilet à fomenter la vanité. Ecoutons-le parler luimême: Que les femmes, lorsqu'elles se parentiile fassent avec honnéteté et modestie, sans frisures dans leurs cheveux, sans or, sans perles , sans étoffes de prix; mais selon qu'il convient à des femmes qui veulent donner des marques de piété par de bonnes
he œuvres. 1 Tim., 2. 9, 10. Le Prince des apôtresMmes montre pas, sur ce point, moins de ne que le. Docteur des nations. Il invite les femmes chrétiennes à s’appliquer à orner leur intérieur avec plus de soin que, ce qui se montre au dehors, les exhortant à s'abstenir. d’arranger leurs cheveux avec art, de se couvrir d'or;n et de mettre trop de recherche dans leur manière de se vêtir. 1 Petr. 3. 4. Un des grands reproches faits au mauvais riche dans l'Evangile, est d’avoir porté du luxe et de la somptuosité dans ses habits, et de n'avoir pas fait l’'aumône. Luce. 16. 19, 20, 21. Elles sont épouvan-" tables aussi les menaces que Dieu fit autrefois aux filles de Sion, par l’organe d’un de ses prophètes, à cause. de la fierté de leur démarche, de l'excès de leur parure, du défaut de modération dans leur mise. Îs. 3... | Instruits à l’école de Jésus-Christ, des prophètes et des prédicateurs de l'Evangile, les Pères de l'Eglise semblent n’élever qu’une voix contre le luxe des habits, et tout ce qui peut s’y montrer en opposition avec les règles sévères és la plus exacte modestie. Fertullien remarque deux sortes d’excès chez les femmes relativement à notre objet. Il trouve le premier dans l'or, les pierres précieuses, la somptuosité de l’habiflement ;-et il taxe cet excès de crime d’ambition : Z{lie crimen ambitionis intendimus ; il découvre l’autre dans l’art recherché qu’ellesemploient à leur chevelure , au poli de Ja peau, et à faire paraître ce qui attire sur elles les regards; etil ne craint pas dedonner à ce dernier lenomodieux de prostitution : Huic proslitutionis. Selon saint Cyprien, 1l ne convient qu'aux filles qui ont abjuré touté pudeur, et qu'aux femmes perdues de mœurs, d’étaler des habits et des parures trop ornés, ainsi que les attraits des formes et de la taille du corps. Il ajoute que Les personnes qui mettent le plus d'importance à leur muse, . sont aussi celles qui font le moins de cas de la vertu. Plus l’homme extérieur , c’est-à-dire le corps, reçoit de culte et d’ornemens , plus l’intérieur est le et souflfé de dommage, dit saint Augustin.- Saint dcrôme assure que les filles qui ornent leur tête, font tomber leurs cheveux sur leur visage, se servent d’artifice pour se donner du poli, se colorent Jes iques,
portent des manches serrées, des robes sans plis, des chaussures ornées de frisures, périssent en s’affichant sx l'enchère, tout en conservant le nom de vierges Uivsub nomine virginali vendibilius per'cant#Mregarde aussi les jeunes gens qui se frisent et quisse parfument, comme des pestes et vs poisons qui tuent la pudeur : Quasi quasdam pestes et venena udicitiæ. | e À Mais laissons les citations des Pères, qu’il serait facile d’accumuler ici : les païens eux-mêmes nous donnent des leçons quine sont pas moins sévères que celles de ces docteurs de l'Eglise. Afin de détourner les femmes honnêtes de l'amour du luxe et des vanités, dont les suites sont/toujours funestes aux mœurs, l’ancienne Sparte ne permettait qu'aux courtisanes les parures
ornées d'or et de fleurs. Nous voyons dans un historien grave , qui a écrit sa vie, que l’empereur Auguste avait coutume de dire qu’un vêtement où éclataient la somptuosité et la mollesse, était l’étendard de la superbeet le repaire du libertinage : Vestitus insignis ac mollis superbiæ vexillum est, nidusque luxuriæ. À . Sueton. ‘
He Saint-Esprit nous dit dans l’Ecriture, que l’habillement,"certain ris immodéré, et la démarche de l’homme annoncent ce qu’il est, c’est-à-dire, qu’ils le
Wrahissentet qu'ils découvrent l’intérieur de son ame : ba à corporis, et risus dentium, et ingressus hominis, emuntiant de illo. Eccli. 19. 27. Quel jugementpeut-on donc porter des personnes qui osent fouler"pübliquément aux pieds les règles les de com münésvde labienséance et de la modestie naturelle ? Ont-elles droit d'exiger qu’on croie à leur vertu, tandis qu’elles produisent au dehors et avec art ce que la vertu commände de cacher et d'oublier ? La recherche de plate par la beauté, dit encore Tertullien, ne vient
oi d'une conscience sans tache ; on sait que naturellemient c’est un piége tendu pour atbirer au crime.
» Et quinne voit quelle opposition il y a entre use conduite semblable et l'esprit de notre religion sainte ?
noïéz-vous , ditsaint Paul, que vos corps sont les membres de Jésus-Christ P Prendrai-je donc les
144 PENSÈES SUR LES VÉRITÉS à membres de Jésus-Christ pour en faire les membres d'une prostitute P À Cor. 6. 16. LUE.
Dans le baptême , on a renoncé à Satan , à ses pompes. et à ses œuvres : or, n'est-ce pas renouer avec lui, arborer en quelque sorte l’étendard de ses pompes, et : travailler de concert avec lui pour perdre les ames, que. de se parer d’une manière si peu décente æt si peur conforme à la modestie chrétienne ? ur «+ «1
-Serait-il nécessaire de montrer encore combien les luxe et l'immodestie des habits attirent de maux.dans. les familles ? Si une femme a ce luxe en tête, quel ennui ne cause-t-elle point à son époux? quelle dé pense ‘peut suffire à son ambition ? à quel artifice ne recourt-elle pas pour déguiser, cacher l’emploi qu’elle fait de l'argent qui lui est confié? N’en viendra-t-elle
oint jusqu’à contracter des dettes, jusqu’à voler dans.
a bourse du chef; jusqu’à vendre secrètement des effets, des denrées ? enfin jusqu’à détournersur. des . domestiques ou sur d’autres personnes innocentes, les soupçons odieux qui naîtront tôt ou tard de sa conduite pleine d'artifice et d’infidélités ? Mais quelle source ficonde de jalousies, de divisions, de troubleset de-scandales, s’il arrive que l’époux prenne ombrage d’unduxe si recherché, si condamnable ! Parlerons-nous de la dureté qu’on a pour les pauvres, auxquels on wefuse dédaigneusement l'aumône ? de la ruine des ménages À que la fureur de vouloir suivre toutes les m met à la gêne, ou même renverse de fond en comble PQuelle pitié de voir une mère parée, à la tête d'une famille où des enfans à demi-nus demandent inutilement du pain, manquent d'instruction et de toute messouree pour en acquérir ! *
Le luxe est aujourd’hui poussé si loin; l est si gcnéralement répandu, qu’on a peine à connaître, à Ja mise, les différens rangs, de la société: lusuivante veut briller comme sa maîtresse; la bourgeoise, comme Ja femme de condition ; l'ouvrier , Le journalier, le domestique emploie à sa parure tout le produit de son travail, de 5es journées, de ses gages.
I, Cependant on s'étonne et on se-plaint des progrès effrayaus que faut de jour çn jour, au qilieu de
nous, la dépravation des mœurs et l’impiété qui en est la suite ordinaire. Sur quoi peuvent être fondés cette surprise et cet étonnement P Une des principales causes dercés calamités publiques ne saute-t-elle pasaux yeux de | tous ceux qui veulent les ouvrir sur°ce qui se passe? Les personnes du sexe ne savent plus comment se mettre aujourd’hui pour attirer sur elles les regards, pour faire parade de leur beauté, pour plaire. Elles empruntent du théâtre même leurs modes ; elles exposent aux yeux des nudités scandaleuses, ou si elles les deuisent, c’est avec un art plus séduisant encore : il Laur faut des robes presque sans plis, qui découvrent leurs épaules, qui Lstut paraître leur gorge, qui n'aient presque point de manches, qui dessinent toute la finesse de leur taille; leurs bas même sont à jour, et leur tête est un prinptemps artificiel. Comment les mœurs pourraient-elles se conserver pures au milieu de tant de piéges, de tant de scandales, de tant de dangers de séduction ?
Filles et femmes mondaines, qui bravez ainsi toute les règles de la bienséance et de la modestie, dont l’observation siérait si bien à votre sexe et en ferait un des plus beaux ornemens, apprenez une fois combien votre vanité et votre manière indécente de vous habiller vous rendentcoupables devant Dieu. Vous êtes, dit un an- “cien docteur, les portes funestes par où le démon entre Bbrement dans les cœurs : Tues diabolijanua. Aussi pérfides que lui, et non moins criminelles que la première femme, vous tentez les hommes, et vous les portez àdes transgressions aussi pernicieuses dans Îes suitesique criminelles en elles-mêmes : Tu es arboris illius resignatrix. Désertant les premières la loi du Seigneur, vous cherchez des complices dans votre revole: Tures divine legis prima desertrix ; et par vosruses pleines de perfidie, par le poison attrayant de vos manières séduisantes, le scandale énorme de vos parures immodestes, vous réussissez à tuer la plupart des imprudens qui arrêtent sur vous leurs regards : Tu hominem elisisti. Oui, elles portent la mort jusqu'au fond du cœur des hommes, ces formes que vous vous’ plaisez à faire ressortir, et que vous pes avec
tant de soin ; vous servez donc de glaive à Ja morts: facta es gladius illi. Tertull. de bab. mulier. win M Qui pourrait calculer le nombre prodigieux,de pé= chés dont un pareil luxe.est.la source ? Qui.est-ce.qui en portera. la peine dans une cernité malheureuse ? Sans doute ceux qui ont l’imprudence de les commettre. Mais les er qui y auront donne lieu.et qui en auront éte les premières causes, qu’en sera-t-il d'elles au jugement te soüverain Juge? Il a déja prononcé leur sentence : Malheur à l'homme par.qui le. scan dale arrive! Matth. 18.7. M | IL. On ne manque cependant pas de pretextes pour sé rassurer. C’est la mode, dit-on ; je me couvrirais de ridicule si je m’en écartäis trop ; je n’ai. point d’inten= tion mauvaise ; j’en fais moins que beaucoup d’autres qui passent pour honnêtes. # à De bonne foi, croyez-vous .que ces.vaines excuses vous exempteront de condamnation au redoutable tris bunal de Dieu ? C’est la mode, oui, mais,cette mod) est mauvaise : elle a été inventée au théâtres.elle n'es propre qu’à enflammer les passions toujours, prêtes à" s’allumer.. Vous encourriez le blâme, et vous paraï= triez ridicule si vous ne vous mettiez.pas comme Îles® autres ! N'y ail donc plus de modèles de modestie et de retenue dans la ville ou le bourg.quewous bas bitez? Et quand il n’y en aurait point. ( cesqui serai ‘bien déplorable ), faudrait-il rougie de.lasvertuet craindre de reconnaître Jésus-Christ devant les hommes, afin qu’il ne vous reconnaisse pas lui-même aux yeux de son Père céleste ? De qui seriez-voust blâmée À De quelques personnés légères, imprudentes, que le: démon tient dans ses liens, et qu; n’ayant pas le courage de suivre ‘votre exemple ; chercheront à se dédommager de ce qui leur porte -enviesenvous par quelques railleries et quelques sarcasmes. Mais n'est-ce as ainsi qu’un monde libertin et-mauditren agit.tous Le jours contre quiconque ne partage pas sa pervers, sité, sa corruption ? La porte du ciel serait-elle st étroite, s’il était possible d’y entrer en faisant comme la plupart font ? Dussiez - vous paraître plus ridicule que vous le dites et même que vous le pensez, ne de
: nent ET HE INCIT" PE 146 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS " Et
vriez-Vous pas porter cette ignominie À la suite de Jésus chargé d’humiliations, d’opprobres et d’un gibet infime, à cause de vous et pour votre amouf ? Si quelques personnes vous bläment, combien d’autres admireront votre courage, loueront votre vertu, et s'efforceront peut-être de marcher sur vos traces 1. Vous n’avez pas de mauvaise intention : cela est-il bien certain P Cherchez jusqu’au fond de votre cœur ; portez-y le flambeau de la lumière qui éclaire tout et qui ne flatte jamais. Voudriez-vous être surprise par la mort dans l’accoutrement où vous osez vous montrer P Ah ! qu'il est facile de se faire illusion pendant qu’on jouit de la santé, qu'on est jeune encore, et qu'on se croit très-éloigné du terme de la vie, ét du jugement qui suit de près ! Mais qu'on pense différemment quand on se voit ia porte de l'éternité, à la veille d’être jugé! Je veux cependant que votre intention ne soit pas mau- Vaise à vos propres yeux , que même vous ne mettiez aucune complaisance blimable dans vos parures immodestes , et qu’enfin vous détestiez la tyrannie de la mode en la suivant de trop près : échapperez-vous encore à la rigueur de celu' qui juge les justices mêmes ? Si vous ne pensez pas mal, vous agissez mal, et ce ne peutétre de bonne foi dans une matière où la raison et le sentiment naturel parlent eux-mêmes, quand on ne les a pas encore volontairement étouffés…. Enfin, dites-vous, j'en fais moins que beaucoup d’autres qui passent pour honnêtes. Soit; mais vous en faites encore plus que la sévérité de l'Evangile ne vous en permet; vous transeressez donc la règle sur laquelle vous serez jugée : quel sera votre sort P
RÉSOLUTIONS
#Jem'habillerai désormais selon ma condition ; mais un de mes plus”grands soins scra de me conformer, dans ma mise, aux règles saintes de la plus exa21e modestie.
2. J'aurai censtamment de l’horreur pour toute mode immodeste, et je new; conformerai jamais , quoi qu’1l puisse m’en coûter.
QG mon Dieu ! giutôt mourir que de devenir la cause criminelle ‘de la perte d’une seule ame,