‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 75 sur 186 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

Vaines excuses de ceux qui refusent de pardonner.

I. Sr c’était un autre, je lui pardonnerais volontiers: mais c’est un misérable qui ne mérite pas mon amitie. Et vous qui , après des milliers de péchés, méritez d’être écrasé par toutes les créatures , êtes-vous moins miscrable ? S'il ne mérite pas que vous lui pardonniez, Jésus-Christ le mérite; c’est Jésus-Christ lui-même, qui vous demande le pardon pour cet ennemi. Si vous refusez ce pardon à un Dieu , vous n’êtes plus un homme, mais un monstre indigne de vivre.

IL. Je ne puis pardonner ni étouffer le ressentiment , ilma faittrop de tort. Vous prononcez donc l’arrét de votre condamnation, lorsque vous dites à Dieu : Pardonnez-nous comme nous pardonnons… Vous vous trompez en disant que vous ne pouvez étouffer le - sessentimient. Il est vrai que vous ne pouvez empêcher le ressentiment ; mais vous pouvez y renoncer, n’y pas donner votre consentement. Et comme les pensées qui ne sont pas volontaires , ne blessent point la chasteté,; ainsi les ressentimens auxquels on ne consent pas ne blessent point la charité et n’empéchent pas qu’on ne pardonne.

Votre ennemi vous à fait tort ! mais le pardon que vous Jui refusez répare-t-il le tort qu’il vous a fait ? Loin de 1àÿ votre rancune vous fait à vous-même plus de tort et de mal que la malice de vos ennemis ne peut vous en faire. Un calviniste ayant décoche un trait sur une image du Sauveur, le trait rejaillit sur lui, et le fittomber mort. Votre prochain est l’image de Dieu : lorsque vous lancez contre lui les traits de votre haine, ce sont autant de traits qui rejaillissent sur votre ame, et qui lui donnent la mort.

ue penseriez-vous d’un hommé à qui on aurait

pris une obole, si, pour-se venger , il jetait le reste de son bien dans la mer, ou si, pour avoir reçu une égratignure, il se plongeait un poignard dans le sein ? Vous faites à peu près de même, lorsque, pour une Fay ou pour une parole, vous donnez, par la rancune, a mort à votre ame. Insenses ! n’estimez-vous votre ame que la valeur d’une somme dont on vous a fait tort, et la mettez-vous en comparaison àveC une parole qu’on a dit de vous ?

Votre ennemi vous a fait tort! mais il s’est fait à lui-même plus de tort qu'à vous ; il est plus digne de votre compassion que de votre colère. Si en vous faisant tort, il tombait dans un précipice et se brisait le corps, vous en auriez compassion. Hélas ! il se porte un coup bien plus funeste , puisqu’en vous persécutant , il précipite son ame dans l'enfer. Voilà ce qui doit vous affliger plus que le tort qu’il vous a fait; c’est de voi qu’à votre occasion il perd son ame.

S'il perd son ame, direz-vous, ce n’est pasima faute? Ab ! chrétien, où’est votre charité et votre foi ? Quoique cette ame se perde sans votre faute, en est-elle moins perdue ? Un Picu a donné son sang pour la sauver , il a pleuré sa perte, et vous y êtes insensible ! Vous n'êtes pas un homme, mais un démon. Saint François de Sales disait à ce sujet : Je ne sais comment Dieu m'a fait le cœur ; mais. s'il m'avait ordonné de haïr un ennemi, je ne pourraisen venir à bout. ”

IL, Suis-je donc obligé d’aimer une personne qui ne m'aime point, et qui me persécute ? Sans doute , vous y êtes obligé. Dico vobis : Diligite inimicos vestros. Quelle différence y aurait-il entre wous et un païen , dit Jésus-Christ, si vous n’aimiez que vos bienfaiteurs et vos amis P

Vous n'êtes pas oblige d'aimer un ennemi d'un amour de confiance, comme vous aimez vos meilleurs amis; mais vous devez au moins l'aimer d'un amour de patience, souffrir ses défauts, les excuser, n’en point parler pour le diffamer, et ne pas ajouter foi à tout ce qu’on vous en dit. Vous devez l'aimer d'un amour de bienveillance, lui souhaiter du bien, prier

our lui , le voir, s’il veut recevoir votre visite, le sa-

uer lui rendre service dans l’occasion.

AV. Je suis prêt à faire tout cela, mais à qui est-ce .de commencer ? À raisonner en bon chrétien, c’est à tous les deux. Votre amour propre prétend que l’autre doit faire les premières démarches ; mais sans vous embarrasser du devoir d’autrui, faites toujours le vôtre : sans cela, craignez que Dieu ne rejette vos prières et vos sacrifices. Si vous faites une offrande à l'autel, dit Jésus-Christ, et si vous vous souvenez que votre frère aquelque chose contrevous, laissez là votre offrande et allez premièrement ( remarquez cette parole }, allez premierement vous réconcilier. Faut-il, pour un vain point d'honneur, vous exposer à laisser votre ame dans un état de mort P

Mais je suis au-dessus de lui. Eh! qu'importe ? il n’est pas ici question de votre rang ; devant Dieu vous êtes égal à votre frère, peut-être encore plus misérable que lui. D'ailleurs, Jésus-Christ n’est-il pas infiniment au-dessus de vous ? Cependant il vous recherche le premier. Prior dileæit nos. N’était-il pas au-dessus de Judas? cependant il l’embrassa. L’empereur Auguste n’était-il pas au-dessus du traître Cinna ? néanmoins. il descendit de son trône pour embrasser ce perfide sénateur qui en voulait à sa vie.

Vous n'êtes pas, à la vérité, obligé de faire des choses indignes de votre rang pour vous réconcilier avec un inférieur; mais vous êtes obligé de faire les démarches que l'édification publique , que la prudence et la Religion exigent de vous.

Si, après av@ir pris conseil d’un pasteur, selon la conscience, vous demandez une satisfaction d’un tort ou d'une injure atroce, que ce soit pour une fin Icgitime, dans un esprit de charité, et non pas dans un esprit d’orgueil et de vengeance.

RÉSOLUTIONS

r. Puisque ni la malice de mon ennemi, ni son ingratitude à mon égard, ni la grandeur du tort qu'il:m’a fait, ni la disposition où il'est encore de me nuire, ne peuvent me dispenser devant Dieu de l'aimer, je renonce à jamais à toute exçuse contraire à ce devoir ai

166 rENSÉES SUR LES VÉRITÉS 2, J'aimerai donc cet ennemi; je pricrai pour lui, et je me tien. drai continuellement dans la disposition de l’obliger. :

Mon Dieu, donnez-moi la force dont j'ai besoinpour réduire. en pratique ces résolutions. : 6

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