CHAPITRE LXI
Du duel et des chéâtimens dont Dieu menace les vindicatifs. |
I. Le duclestun des grands écueils de la noblesse et dela profession des armes. Le duel, disent-ils, est une loi de la guerre. Maïs qui a établi cette loi ? Ce n’est pas Dieu, puisqu'il le défend comme une action exéérable. Ce n’est pas la Religion, puisque l'Eglise refuse ses suffrages et même la sépulture à ceux qui perdent la vie dans ces détestäbles combats. Ce ne sont pas les souverains ; pusqaié emploient leur autorité pour exterminer ce brutal exercice.
Disons plutôt que c’est une loi de l'enfer , et que le démon n’a jamais rien inspiré de plus horrible. L'homme n’a point, de son fonds, des sentimens si barbares et si contraires à sa nature. Ils ne peuvent être inspirés que par Satan, que l’'Ecriture appelle homicide dès le commencement ,,et qui ne se plaît qu’à la dégradation et à la perte’de l’homme. Non, le duel n’est point une loi de guerre, mais un égarement, une fureur, une frénésie, un attentatdigne de tous les supplices. :
Mais si je refuse le duel, je serai déshonoré. Devez-vous craindre d’être déshonoré dans l’esprit de ceux qui ont étoufle tout sentiment d'humanité et de religion ? S'’exposer à la mort, par devoir, dans un
DE LA RELICION, | 7 169
combat, pour son prince et sa patrie, est une action pleine de générosité ; mais braver la mort par gloire dans 1: duel, pour tomber en mourant entre les mains du Juge éternel, est une action si pleine de folie, qu'il n'ya rien qui montre plus l’aveuglement des hommes que d’avoir attaché de l'honneur à une action si basse etsi indigne. Ce n’est pas ici qu’on reconnaît la grandeur d’ame des nobles, mais plutôt leur faiblesse.
La vraie noblesse est dans les sentimens d’humanité ct de générosité , et non pas dans les sentimens d’une extravagante vanité. Job était noble et puissant prince; il pensait noblement lorsqu'il était disposé à tout sacrifier pour sauver son ame. Cuncta quæ habet homo dabit pro animä su4. Ch. 2. Salomon, le plus éclairé des rois, faisait paraître des sentimens de noblesse et de grandeur , lorsqu'il disait : Æonorez votre ame selon son mérile, et conservez-la dans les sentimens de clémence et de paix. Quelle bassesse de cœur ! pour une parole échappée, pour un passe-droit , ôter la vie à un homme ! perdre une ame he précieuse que les empires de la terre ! s’exposer soi-même à perdre son honneur, sa famille, sa vie et son ame !
S1 je refuse le combat je perdrai mes emplois. Eh bien Eperdez tout , s'il le faut, mais ne vous perdez pas vous-même. Sacrifiez un point d'honneur imaginaire; et ne sacrifiez pas l'ame de votre frère. Son sang criera contre vous bien plus fort que le sang d’Abel contre Caïn.
Si l'on vous attaque, si l’on en veut à votre vie, défendez-vous avec modération; cela vous est permis ; mais il ne vous est jamais permis d'accepter un rendezvous pour le duel, ni de le demander, ni d'y concourir. Faites paraître votre bravoure contre les enncmis de l’état, mais non pas contre vos confrères et vos amis.
Combien de fléaux du Ciel n’attire pas sur les royaumes ce barbare exercice ! Oh ! que ceux qui, dans la profession des armes, ont en main l'autorité, qui ne s’en servent pas pour abolir ces ‘énormes abus et qui les excusent, seront sévèrement punis par le Dieu des armées !
IL. Ecoutez lesmenaces que Dieu a prononcées contre le vindicatif : Qu'il soit au pouvoir des méchans’, dit le Prophète, et que le démon soit à sa droite pour le perdre ; qu'il soit condamné au tribunal de son juge; que ses prières soient changées en péchés ; que savie soit abrégée, et qu'un autre usurpe ses emplois; qu’il laisse une femme dans un triste veuvage; que ses enfans soient vagabonds, réduits à La mendicité , et chassés de leurs habitations ; que les étrangers consument ses biens , que sonnom et sa mémoire périssent dans une seule génération , que les iniquités de ses pères soient toujours présentes aux yeux du Seigneur, et que les péchés de sa mère ne soient jamais effacés. Ps. 108. O mon Dieu! quelles menaces ! Sur qui doivent-elles tomber P sur le vindicatif ; parce que , dit le Prophète , il a refusé de pardonner, de faire miséricorde : Proreoqudd non estrecordatus facere misericordiam.»
Pourquoi le Seigneur menace-t-il ici de faire revivre ls iniquités des pères ? (C'est parce que les parens iransmettent souvent leurs sentimens de vengeance et de haïne à leurs enfans. Le saint Prophète ajoute que le persécuteur, le vindicatif sera privé des bénédictions du Ciel; qu'il s’est revétu de la malédiction de Dieu, que cette malédiction pénétrera jusqu'à la moelle de ses os , et ne le quittera point.
. Oh ! combien de maisons désolées, de familles éteintes, d’ames perdues par la vengeance"combien d’anathèmes et de malheurs n’attirent pas sur les hommes la haine et lerpeu de charité qu’ils ont les uns pour les autres |
RÉSOLUTIONS
1, Je ne me vengerai désormais plus de mon ennemi, mi par mes discours ni par mes actions. |
2. Je feraimème tous mes efforts pour étouffer dans mon cœur les pensées haineuses, les désirs du mal, la complaisance dans celui que j’entendrai dire , ou que j’apprendrai être arrivé.
3. A plus forte raison aurai-je, toute ma vie, une vive horreur du duel.
Mon Dieu, faites-moi la grâce d’arracher de mon cœur, dès que je m'en apercevrai, tout ce qui séntiræi’ la haine et la vengeance,
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