‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 79 sur 186 · AA AAA AI AA LAB RAA LAVE AA RAA AAA LR · texte numérisé non relu

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CHAPITRE LXII. ; De la médisance, de l'envie et des jugemens téméraires.

I. Nous devons tâcher de conserver laréputation d'autrui, comme nous voudrions qu’on conservât la uôtre, et plus craindre d’attenter à son honneur qu’à

mn, Er DE LA RELIGION. 178 ses biens. Vous ne devriez pas souiller vos mains du bien d'autrui; mais vous êtes bien plus coupable, lorsque vous souillez votre langue par la médisance. Le médisant est (toute proportion gardée ) plus criminel qu’un voleur;"parce qu’en ôtant au prochain sa réputation , il lui ôte quelque chose de plus précieux que ses biens. Melius est nomen bonum ; quém divitiæ multe.

Estimons tout le monde. Tel nous paraît vicieux, qui, devant Dieu, vaux mieux que nous : il sera peutétre un jour dans le ciel par sa pénitence, tandis que nous en serons exclus nous-mêmes, si nous manquons de charité. Prendre plaisir à remarquer les vices d’autrui, s'entretenir de ses défauts, et jamais de ses vertus; critiquer ses paroles, ses actions, ses manières, ce nest pas aimer le prochain, c’est le traiter en ennemi. Quelle bizarrerie dans l’homme ! À peine en trouve-t-on ün qui borne ses vues sur soi-même. On est aveugle sur ses propres défauts, et éclairé sur les défauts d'autrui. Z’ous voyez , dit l'Evangile , an fétu dans l'œil de voire frère , et vous ne voyez pas la poutre qui est dans le vôtre. Mais pour wo tant de réflexions sur les autres , et si peu sur soi ? N°y a-t-il pas dans nous-mêmes de quoi nous occuper et nous humilier; : sans porter nos vues sur les autres ? Pensons à nos dé- : fauts dont nous répondrons à Dieu, et laissons les défauts des autres dont nous ne sommes pas responsables.

Comprenons combien nous blessons la charité en par- Jant mal d'autrui. Une parole qu’on a dite de nous ou de notre famille nous percele cœur etnous afilige; pourquoi

renons-nous plaisir d’affliger et de flétrir les autres ?

Cette habitude de parler mal du prochain ne peut venir que d’un grand fonds d’imperfection et d’orgueil. On remarque en effet que ce sont les plus imparfaits, ceux sur lesquels il y a le plus à reprendre, qui parlent beaucoup d'autrui.

On parle mal des autres, on les condamne, D

wonest soi-même méchant et souvent plus méchant. ia vous condamnez , dit saint Paul, lorsque vous condammnez les autres ; car vous éles disposé vousméme à faire le mal que vous jugez d'autrui; et peut-être faites-vous de plus grandes fautes. Le bou-

che parle de l'abondance du cœur , dit Jésus-Christ ; il y a donc dans votre cœur des désordres en abondance, puisqu'il se répand si souvent contre le prochain.

On FAT tous les jours ce que dit saint Jacques, que la langue, une des plus petites parties du cor € cause les plus grands maux. Elle porte le trouble dans la société, dans les familles , parmi les amis et dans les mariages. Apprenons donc à parler, apprenons à écouter et à nous taire; voilà la marque d’un homme parfait : Qui verbo non offendit, hie perfectus est vir. Jac. 3.

Il est néanmoins quelquefois permis de faire connaître avec prudence les fautes et les défauts d'autrui , dans le cas où le bien public, l'utilité de celui de-qui on parle, ou l'avantage de celui à qui on parle, de demandent. Hors ces cas, vous devez réparer la réputation et les suites, si la chose est de conséquence et si elle était ignorée dans le lieu où vous l’avez dite.

S’il est rare de trouver de la discrétion et dela chaæité dans ceux qui parlent, il n’est pas moins rare d’en trouver dans ceux qui écoutent, Ceux-ci ont le démon sur la langue, dit saint Bernard, et ceux-là dans l'oreille. Faites taire le médisant , si vous avez l’autorité; du moins ne consentez pas , n’ajoutez pas même foi à tout le mal qu’on dit d'autrui. C’est une légèreté “de eroire d'abord tout ce qu'on entend, dit l'Ecriture. Il arrive rarement que deux personnes racontent une même chose de la même façon; on a donc sujet de douter de ce qu’on ne sait que par ouï-dire. Souvent le premier tar pe dite est dans l’erreur, et accuse faussement un innocent; et quand il aurait dit la vérité, il est toujours plus avantageux de ne pas croire ou de suspendre son jugement. Nous ne devons penser mal que de nous-mêmes.

IL. Nous n’aimons pas les autres, nous en jugeons et nous en parlons mal; pourquoi ? Parce que nous n’aimons que nous-mêmes, el parce que nous-sommes envieux. Ce ne sont pas toujours leurs défauts que nous baïssons; c’est kur mérite et leur fortune. La jalousie nous aveugle et nous prévient. Aussitôt qu’un voisin, un parent, un copeurrent, a plus d'esprit, plus

de talent, plus de biens, on ne peut le souflrir: On donnede malignes interprétations à tout ce qu'il dit, à tout ce qu'il fait; tout déplait en lui, jusqu'à ses belles qualités. Quelle bassesse de cœur ! Pourquoi les Pharisiens ne pouvaient-ils souffrir le Sauveur ? C'est parce qu’ils étaient possédés par l'envie. Le démôn ne eut souffrir les dons de Dieu dans les autres ; il hait L hommes et voudrait les perdre, parce que Dieu les bénit et les aime. Telle est la passion d’un envieux; passion maligne: ilne veut que le mal, il n'aime lesautres ue quand ils sont malheureux. Passion aveugle; qu'on déteste dans les autres , et qu’on ne veut pas reconnaître dans soi-même. Passion cruelle, qui porte avec elle son supplice. Passion bizarre, qui s’afilige de ce qui réjouit les autres, et qui fait son malheur du bonheur d’autrui. O envieux ! pourquoi vous rongez-vous le cœur sur Îa prospérité de vos frères ? Soyez contens de ce que vous avez et de ce que Dieu veut que vous ayez. Laissez les autres en paix ; ne nourrissez pas dans voire esprit des monstres qui vous déchirent l’ame et qui vous damnent. IT. Si l'on se prévient contre le prochain, si on en parle mal, c’est parce qe en juge mal ; mais recon-

naissons ici l'injustice de nos jugemens. Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes, et nous prétendons, connaître les autres. Lorsque nous regardons notre conscience, nous ne pouvons souvenl en déméler les motifs, ni juger si nos intentions sont-bonnes ou mauvaises ,. OU si nous avons consenti à une pensée où non, Comment donc“osons-nous juger des intentions ct des pensées d’une personne dont nous ne connaissons pas la conscience et le cœur ?

C'est une grande témérité de s’ériger en juge des autres et en censeur des sentimens de leur ame, qui ne sout connus que de Dieu. Juger de la sorte, dit saint Jean Climaque, c’est porter J’insolence jusque sur lé trône de la Divinite, et attenter aux droits de Jésus-

- Christ le Juge souverain : Juxlicare esl impudens «1replio divinæ auctorilalis. Grad. 10, ,Nous serons jugés comme nous aurons jugé les autres ; et si Dieu nous juge aussi impitoyablement que nous jugeons n0$ frères, notre condamnation est assurée,

Le propre caractère de la charité est d’être bon, de penser du bien de tous. Quand on aime véritablement, on trouve toujours, même dans ceux qui ont des défauts, de ep les louer, ou du moins les excuser. [l n’y a que les démons et les réprouvés qui soient indignes de notre charité et de nos bieinite

RÉSOLUTIONS

1. Je regarderai toujours la réputation du prochain comme sa propriété , à laquelle je ne dois toucher ni par médisance, ni par raillerie, ni par jugement téméraire.

2. Je ne lui porterai point envie ; au contraire, je me réjouirai de son bonheur et de son mérite, et je louerai volontiers en lui , en son absence, ce que jy connaîtrai de bon.

3. Au lieu de prendre part à la médisance , quand j'en entendrai faire, j'imposerai silence au détracteur, si j'en ai l'autorité ; je détournerai adroitement le discours sur un autre objet ; je monbrerai un visage triste. D ET à

Mon Dieu, faites-moi la grâce de pouvoir dire désormais comme un de vos prophètes : J'étais Le Jléau de celui a médisait : Detrahentem secretd pr'oximo suo, hunc persequebar, Psal. 100, 5.

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