‹ Pensées sur les plus importantes vérités de la religion, et sur les principaux devoirs du christianismeChapitre 8 sur 186 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'aveuglement de ceux qui négligent leur salut.

I. Tour ce que l’'Homme-Dieu a souffert pour notre salut, tout ce que les saints ont fait pour être eux-mêmes sauvés, doit nous apprendre que le salut de notre ime est d’unç telle conséquence, qu’on devrait être

DE LA RELIGION. s 13

rét à tout sacrifier pour la sauver; mais, par un trange aveuglement, on dirait qu’on ne travaille que Jour A rendre malheureuse.

. L'homme sage ne goûte de véritables plaisirs ici-

, €tn'ytrouve rien de solide que ce qui procure le dut; mais l’homme insensé s’aveugle jusqu’à ne trouver e plaisir qu’à se perdre. Il y aurait de Ja folie d'exposer on ame et de la risquer pour devenir maître du monde ntier ; et tous les jours on l’expose à la tentation pour es bagatelles , pour un plaisir frivole , pour plaire à ne créature , pour le vil intérêt d’un héritage , ou pour ne fumée d’honneur.

IL. Si du moins on avait pour son ame autant d’em- >ressement que pour le reste ; mais par un aveuglement orofond, on préfère tout à son ame. Fait-on pour la sauver ce qu’on fait pour s'enrichir, et pour conserver a santé du corps ? Que de soins pour sa fortune, pour l'entretien d’une vie misérable qui ne durera que peu de jours , tandis qu’à peine donne-t-on quelques momens à son ame ! Cette pensée fit une telle impression sur l'esprit d’un secrétaire - d'état à la mort , qu'il s’écria en soupirant : OA / que j'ai été insensé ! j'ai écrit plus de vingt rames de papier pour le service de mon prince, et je n'ai pas écrit une ligne pour le salut de mon ame !

Est-on malade , on s'inquiète, on s’afilige. Est-on en péché mortel , on n’est ni touché, ni afiligé ; on se divertit, on ne pense ni à son ame qu est morte, di à Dieu qui doit la juger : les semaines, les années s'écoulent sans qu’on pense à la tirer de l’abîme. On choïsit le plus habile médecin pour guérir le corps ; mais pour l’ame, on choisit souvent un confesseur qui, Joïn de la guérir , la laisse dans Ja langueur de la mort. On s'applique à conserver un corps de péché qui doit bientôt pourrir ; et à peine pense-t-on à sancüfier une ame immortelle qui doit régner toujours.

On veut que tout ce qui sert au corps et à la vie, la neurriture, les meubles, les domestiques soient excellens ; mais pour l’ame, tout paraît indifférent. On dirait qu’elle n’est dans le corps que pour en être less

14 PENSÉES SUR LES VÉRITÉS lave ; elle Jançuit pendant que le corps à ses plai sirs ; elle est morte, souillée de crimes , pendant qu le corps est flatté. O aveuglement! Un ‘homme ñe se rait-il pas insensé , qui aurait plus de soin de ses habit que de son corps ? Et tous les jours on en voit qui ont plus de soin de leurs vêtemens , de leurs'animaux ct de leurs terres, que de leurs ames. O enfans des hommes jusqu’à quand aurez-vous le cœur appesanti ? Pourquoi aimer tant la vanité des choses de la terre P” À quoi aboutissent vos empressemens pour les biens! pour les plaisirs et les honneurs du monde P Serait-ce donc une grande fortune pour vous d'être en possession de toutes les richesses de la terre , si par là vous deviez être damné ? Est-ce aujourd’hui un sujet de consolation à ceux qui sont dans les feux de l’autre vie, d’avoir vécu en celle-ci dans l’abondance et les délices ? Hélas ! quand ils auraient cté les maîtres du monde, ils n’en sont à présent que plus malheureux. | Apprenez à penser sur l'affaire du salut, comme un homme sensé doit penser ; méditez tous fes'jours ces | aroles de Jésus-Christ : Que sert à l’homme de gagner . F univers s’il perd son ame ? Quid prodest homini . st mundum universum lucretur | animæ vérŸ sucs detrimentum patiatur ? Matt. 16: Peut-on dire qu’on gagne quand on perd son ame ? dit saint Eucher, puis: | qu'on a tout perdu quand elle est perdué : Uhi salutis damnum est, illic utiquè jam lucrum nullum est.

RÉSOLUTIONS

1. Mon salut sera désormais l'affaire dont la considération réglera toutes les autres affaires de ma vie,

2, Et, à l'exemple du grand Apôtre, je regarderai à l’avenir le monde avec ses honneurs , ses biens et ses plaisirs, comme de la boue.

O mon Dieu ! détachez-moi deschoses qui passent, et remplissez mon cœur de l'amour des biens élernels,

DE LA RELIGION ? 15 Mt dl OA PAM IAA ANA vue

Page 1