Lis Oubreto en vers, Edition de 1892, page
2. Voyez aussi dans ses lettres a Victor Duret, que vient de pubiier M. E. Ritter {Le centenaire de Diez, Geneve, 1894), la lettre capitale du 14 juin 1857. Tout en se rejouissant tres
Mais il n'en avait pas moins montr6, dans quelques-uns de ses chants, que la langue du pays, laiss6e aux paeans et jug6e bonne seulement a faire rire, 6tait capable d'accents p6n6trants et suaves, et il concevait vaguement qu'elle pouvait donner plus et mieux encore.
En 1845, sainte Estelle, qui devait fetre, comme on sait, la patronne du felibrige, Tenvoya comme professeur dans la petite pension d'Avignon oil Mistral s'essayait k traduire ou k imiter en vers frangais Th^ocrite et Virgile. L'61eve et le maltre furent bientot camarades, et Tenfant montra ses vers au jeune homme ; celui-ci y reconnut le germe de grands dons po6tiqu.es, mais un manque, d'ailleurs bien naturel & cet age, d'originalite dans Texpression. « Vous ferez, lui dit-il, un poete fran^ais
sincerement du succ&s de Mistral et en l'admirant sans aucune reserve, Roumanille trouvait que la route ou s'6tait engage* le poete de Maillane e"tait plus qu'un elargissement, t^tait une deviation du sentier quMl avait trac6 lui-meme et ou il continua de marcher. II ecrivait le 17 juin 1859, en expliquant pourquoi il ne traduisait pas ses poesies en francais, comme Mistral et Aubanel : « Je suis compris chez moi, et je n'ai pas Tambition de l'elre de Tautre c6t6 de la Loire. C'est pour le pays d'oc que je chante, et non pour le pays d'oil... heureux de mon petit auditoire, qui est assez indulgent pour m'aimer et pour m'applaudir. »
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estimable ; mais que n'essayez-vous d'&rire dans notre cher parler de Saint-Remi? Vous pourriez y fetre bien plus librement et plus profond6ment vous-mfeme. » Et pour le convaincre il d6tacha quelques « p&querettes » du bouquet qu'il s'apprfitait k r6unir. « A peine m'eut-il montr6, 6crivait Mistral trente ans plus tard, dans leur nouveaute printantere, ces gentilles fleurs de pr6, qu'un beau tressaillement s'empara de mon fetre, et je m'6criai : Voil& Taube que mon &me attendait pour s'6veiller & la lumtere ! J'avais bien, j usque-la, lu quelque peu de provengal, mais ce qui me rebutait, c'est que notre langue 6tait toujours employee en mantere de derision... Roumanille le premier, sur la rive du Rhdne, chantait dignement, dans une forme simple et fralche, tous les sentiments du coeur. Nous nous embrass&mes, et nous liames amitte sous une 6toile si heureuse que depuis trente ans nous marchons de compagnie pour la mfeme oeuvre, sans que notre affection ou notre z61e se soient ralentis jamais. Embras6s tous les deux du d6sir de relever le parler de nos m6res, nous 6tudiames ensemble les vieux livres proven^
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caux, et nous nous proposames de restaurer la langue selon ses traditions et caracteres nationaux; ce qui s'est accompli depuis, avec l'aide et le vouloir de nos freres les felibres. »
La semence deposed alors dans l'ame de l'ecolier d' Avignon ne devait toutefois, on l'a vu, lever pleinement qu'au bout de quelques an n 6cs. Mistral termina ses etudes et rentra au mas, prenant sa part des travaux agricoles de la familie: il £baucha alors, nous dit-il, un poeme en quatre chants sur les Moissons, g^orgiques provencales qu'il o'a pas publiees. Mais comprendre la pofeie de la charrue ne suffit pas a faire un bon laboureur : son pere vit bien que 1 'instruction donn<5e a Frederic l'appelait a d'autres destinees, et il l'envoya faire son droit a Aix. Tout en passant ses examens, Mistral s'affermissait de plus en plus dans la voie ou Roumanille l'avait engage, et ou il le maintenait par une active correspondance, ayant bien vite « devine - dans cet enfant un enfant sublime 1 ». 11 renoncait d^finitivement a la versification francaise, et envoyait deja a