Un Songe (Stances et Poemes
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contenait; il a connu des ivresses passag&res, il a 6bauch6 de nouveaux reves de bonheur.
Mais toujours l'image qui avait enchants ses yeux d'adolescent a reparu derrfere les fant6mes qui la voilaient un moment : elle plane sur toute sa po6sie comme celle de Laure sur Toeuvre de Petrarque. Peu k peu le sentiment fougueux du d£but se d£pouille de son ardeur et de son amertume, et, finalemenl, n'6chauffe plus le coeur que comme le rayonnement apaisg d'un soleil couchant.
Ge qui frappe dans ce grand amour, ainsi poursuivi et transform^ au cours des diffSrentes phases de la vie, c'est son caractere 61ev6 et profond. C'est une jeune fille que le poete a aim£e, c'est une indissoluble union qui a 6t6 le r6ve de sa vie. Cela constituait, il y a trente ans, quand par u rent les Stances et PokmeSj une incontestable originality. C'etait le temps ou r6gnait, & c6t6 de la literature « brutale »
issue de Balzac, la po6sie c perverse » representee par Baudelaire. II etait convenu, — comme il Test encore dans certains milieux plus ou moins sinc^res, — que les deux sexes se halssent et se font une guerre acharn6e,
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qu'ils ne peuvent se donner Tun k l'autre que de courts moments de plaisir apr&s lesquels leur antagonisme se r£veille plus f£roce, que la femme est un fitre inffcrieur et malsain, que le mariage est une degradation, et que le plus beau type d'homme est celui de Don Juan.
Des pensees de ce genre ont traverse qk et 14 Tame de notre po&e 4 , suivant des impressions ou des experiences passageres; mais le fond de sa conception de Tamour est demeure l'aspiration vers un amour unique et non seulement durable, mais eternel. Dans les moments m&mes de bonheur il a souffert de la pens£e que ce bonheur aurait un terme, que, si la vie le respectait, la mort le briserait; il lui a sembie que ce qui doit finir est comme s'il n'existait pas, et pour pouvoir se donner tout entier a son rfive il Pa transports au dela du temps. L'amour vrai — il l'a souvent dit — ne peut se r^aliser que dans des conditions d'infinie dur6e que ne comporte pas la vie terrestre ; nos amours d'ici-bas, n6es du hasard d'une rencontre sur un point du temps
1. Inoonstance, Inconscience (Stances et Poemes), Profanation (Epreuves), Deception (Solitudes), LArt trahi (Vaines Tendresm).
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lectuel : il la congoit surtout comme aimante, delicate, timide, pr&e k deviner les souhaits de celui qu'elle aime, k charmer ses soucis, k endormir ses douleurs. II leur faut, dit-il en parlant de ces « r6veurs » dont il est,
II leur faut une amie a s'attendrir facile, Souple a leura yaios soupirs comme au vent le roseau, Dont le CGBur leur soil un asile Et les bras an berceau,
Douce, infinimeot douce, indulgeote aux chimeres, In6puisable en soins calmants et rechauffants, Soins muets comme en ont les meres, Car ce sonl des enfants;
11 leur faut pour temoin, dans les heures d'etude, Une ame qu'autour d'eux ils sentent se poser : 11 leur faut une solitude Ou yoltige un baiser.
Ge souhait d'un amour unique et mutuel qu'avait form6 la jeunesse du pofete, elle ne l'a point vu r6alis6. II n'a presque connu, il n'a surtout chante l'amour que sous sa forme incomplete et douloureuse. Apr6s la premiere deception, — qui a inspire, dans les Stances et Poknes, cette serie de petites pieces dont la plus c6l6bre est le Vasebrise, — il a dit dans ses vers ses autres 6preuves, ses autres essais de
capter Tinsaisissable chim6re d' amour. — Ce qui fait roriginalit6 de cette po6sie d'amour, ce sont, si je ne me trompe, les quelques traits essentiels que voici.
D'abord le poete analyse minutieusement tout ce qu'il 6prouve. II se regarde et s'teoute souffrir, et il note avec une exactitude math6matique Jes moindres mouvements de son coeur. II arrive ainsi k une penetration des dessous les plus caches de la vie sentimentale qui rend presque impossible la pleine jouissance mfime du bonheur le plus d£sir6. Aussi semble-t-il la craindre et F6carter 4 . II lui prGf&re les premiers appels, si doux, de deux coeurs qui se cherchent 2 , ou le sentiment muet, presque tout id6al, de la presence de F&tre aim6 3 , sorte d'an6antissement de l'individu dans un bonheur qui inonde Tame sans passer par les sens et mfime sans eveiller netteraent la conscience. II a peint ce nirvdna de F amour dans la merveilleuse pi6ce du Rendez-vous , songe ou Famour, au milieu du silence et des tenebres,