‹ Penseurs et poètes --Chapitre 30 sur 54 · Le meiUeur Moment des amours (Stances et Poemes · texte numérisé non relu

Le meiUeur Moment des amours (Stances et Poemes

3. L'Abime (Stances et Poemes), Au bord de Veau (Vaines Tendresses).

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so rev6t d'une douceur infinie en s'enveloppant du linceul de la mort. Pour gotiter cette douceur il faut oublier tout ce qui est r6el, et le poete, qui voit ce r6el avec une si lumineuse precision, ne peut y 6chapper qu'en descendant tout vivant, comme les yoghi de l'Inde, dans une tombe oil il retient son souffle, arr&te ses pulsations et se donne l'illusion de la mort. II revient ainsi 4 la penste que j'ai indiqu6e tout & 1'heure, a savoir que l'amour tel qu'il le con<joit n'est pas possible dans les conditions ter rest res. Et ce n'est pas seulement la courte durte du sentiment lui-m6me ou tout au moins de la vie qui empgche l'amour de r&liser son objet, la fusion de deux 6tres en un. Cette fusion, m&ne passage re, est impossible, et chaque fois que nous la tentons, nous n'^prouvons de notre vain effort qu'une disillusion plus am£re :

Vous etes separes et seuls comme les morts, Mise>ablcs vivants que le baiser tourmente 1

Cette impossibility pour les ames de se p6n6trer a travers les corps, Sully Prudhomme, d6veloppant, mais dans un sentiment tout

moderne, 13s vers immortels de Lucrfece, Va exprim6e dans plusieurs de ses pieces les plus poignantes 4 . C'est pour notre poete une marque de singultere grandeur que d'avoir os6 toucher, d'une main k la fois 6mue et stire, au plus douloureux, au plus d6sesp6rant des probl&nes de la vie sentimentale, k ce probteme qu'il faut 61oigner de sa pens6e si on veut gotiter le bonheur, et auquel cependant le bonheur mfime ram^ne forc6ment ceux qui en sont hantes. Aussi ces pieces sont-elles entries profond6ment dans les coeurs faits pour les comprendre, et Sully Prudhomme resterat-il peut-6tre surtout le po&e de la solitude. De la solitude et de la tendresse; car avec toute son impitoyable analyse et son d6senchantement motive, le poete a dans le coeur une source de tendresse qui ruisselle toujours. Et cette tendresse prend des formes d'autant plus exquises qu'elle se sent fr61e et menac6e. S'il a des chants desotes ou il heurte les ames contre le mur qui les s6pare invinciblement, il en a d'autres ou, se laissant aller k son penchant naturel, il verse aux pieds de la bien-

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