Voir encore L'Ame, L'ldfal
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d'aprta les conceptions hgggliennes ; le gage de son immortality est dans l'amour, qui nous r6v&le un bonheur supra-terrestre, dans Fintime union de l'homme avec l'6tre universel auquel il participe, et dans l'infini du passl qui assure 1'inGni de Tavenir :
Vous nous le promettex, 6 filles de la terre :
Vos yeux parlent asset d'un voyage infini I
Ce monde inftrieur, loin d'errer solitaire,
A des mondes plus beaux est surement uni.
11 Vest par le soleil, il Test par son poids meme :
11 attire le ciel, il en est attire" ;
Sinus embrase* me regarde, et je l'aime :
Attends on jour !... je meurs,.. La Tie est un degrl.
JVtais aux premiers temps, car j'ai ma part de T&tre:
Si T&tre est eternal, j*en suis contemporain ;
Mais jVtais comme on dort, sans jouir, ni connaitre,
Et mon r£ veil f ut lent ; puis, obseur pelerin,
J'ai gravi vers raiur, et je m*y porte encore,
Et pour d autres objets j'espere un sens nouveau :
J*accoiupli$ ton vieux reve, 6 sage Pythagore,
P* climats en dimats j % allege mon manteau.
Kt quaud Tair sera ban, je jetterai le voile :
Je serai libre eafin, libre en un corps permit,
Parvenu du ehaos a la supreme etoile,
Duns la joie et ttttrreur du pas que j'aurai kit ! *
Mais ces eclairs de foi n'illuminent que par
intervalles les pesants nuages accumul6s par le doute sur Tame du po6te. Dans l'obscurite dont il se sent envelopp6, il voit, le plus sou vent avec angoisse, les assauts g6n6reux de la sensibilite se briser contre le roc insensible de la raison. Entre les deux voix qui « s'6l6vent tour & tour des profondeurs troubles de Tame » s'6tablit, et non moins douloureux, dans l'ordre de la pens6e, te tragique duo que nous avons entendu dans l'ordre du sentiment. Le coeur dit k Intelligence :
« Espere, 6 ma soeur, crois un peu !
C'est a force d'aimer qu'on trouve :
Je suis immortel, je sens Dieu ! »
L'lntelligence lui dit « Prouve *. »
Nous voyons dans les Epreuves une marche de la pens6e du poete parall^le h celle que nous avons constatee pour le sentiment. (Test 14 qu'est l'admirable ptece de la Grande Ourse, oh est si puissamment symbolist Taction des-
1. Intus. Le deuxieme vers de cette strophe 6tait d'abord : Tu mords Vinconnu, je le couve. Sainte-Beuve, en citant cette piece avait dit : « Mordre Vinconnu est dur ; le gout rejette de pareilles expressions. » Sully a change" le vers, et il a sans doute eu raison; mais il faut avouer que la formule primitive, dans sa duret£, rendait la pensee avec plus de precision.
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tractive exercte sur la foi par la conception mfcanique du monde ; c'est \k que se trouvent ces autres sonnets oil les horreurs du doute, les aridites dteolantes de l'&me qui voudrait croire et ne le peut, sont rendues avec une si saisissante 6nergie : le Doute, Tombeau, la Pribre, la ViriM, la Lutte, Scrwpule, les Deux Vertiges. A la m&ne 6poque appartient dans sa forme premiere le po6me du Tourment divin, qui n'a 6to imprim6 que beaucoup plus tard, et oil le po&te, avec plus d'expansion, se d6bat dans les m6mes angoisses, envoie aux cieux rauets, pour y demander un P6re, le mfeme appel d6sesp6r6*. C'est le moment oil la lutte a &A le plus &pre dans l'ame de ce chercheur anxieux d'une v6rit6 k la fois prouv6e et consolante. A force de regarder fixement les yeux du sphinx aux d&evants mirages, il finit par en 6tre comme hypnotis6 et se sent peu k peu envahi par une sorte de stupeur mortelle. C'est ce qu'il a exprim6 dans une des pieces las plus 6tonnantes des Solitudes, la Pensie. II voit en songe lui apparattre
1. Le Prisme. Voir aussi la piece intitulee : Dans une iglise*
... cette fleur qu'on appelle Pensee. Elle voulait s'ouvrir, Et moi, je me sentais mourir :
Toute ma vie allait en elle...
« Vite, 6 fleur, l'espoir anxieux De te voir eclore m'epuise :
Que ton regard s'acheve et luise Fixe et profond dans tes beaux yeux ! »
Mais a Theure oil de sa paupi£re
Se d6roulait le dernier pli,
Moi je tombais enseveli
Dans la nuit (Tun sommeil de pierre.
Ges lutte ardentes, ces espoirs passagers, ces d6couragements, ces renoncements, ces paralysies momentanges ne sont pas de vaines formules po6tiques. Sully Prudhomme en a souffert dans sa vie r^elle plus peut-6tre encore que ses vers ne peuvent le faire comprendre k ceux qui ne Font pas approch6. Bon sentiment ayant p6n6tr6 dans sa penste l'avait rendue douloureuse, comme cerlaines maladies 6tranges rendent infiniment sensibles des parties du corps qui ne le sont pas d'ordinaire. En dehors mftme des questions oil le cceur est int6ress6 dans la recherche philosophique, l'incertitude de cette recherche passionn6ment poursuivie a 6t6
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pour lui une torture. II a connu la souffrance purement intellectuelle k un degr£ ou bien peu d'hommes en ont eu le cruel et sublime privilege. Son impuissance k se rendre compte des rapports du monde moral avec le monde physique, — de la volonte par exemple avec les mouvements du corps, — lui causait parfois une souffrance presque insupportable. II en arrivait k des especes d'hallucinations, effray6 de ses propres gestes, qui lui apparaissaient comme des provocations de l'inexplicable, inquire par toutes les apparences, derri&re lesquelles il s'obstinait, sans y parvenir, k d£m61er la r6alit6 4 . Ou bien il tombait dans