‹ Penseurs et poètes --Chapitre 42 sur 54 · Cf. ces vers du Bonheur (page · texte numérisé non relu

Cf. ces vers du Bonheur (page

U couve en ma joie un tourment, Car sous l'objet le plus charmant Je veux saisir ce qu'il me cache, L' in visible sous lescouleurs, Et l'impalpable sous les fleurs Ou j'appuie, en songeant, ma tete :

Je ne peux plus l'y reposer ; Si je tends ma bouche au baiser, L'inconnu se dresse et m'arrete.

Cette recherche perp&uelle et doaloureuse de la realite* cachee sous les apparences, et par la m6me cette impossibility de jouir des apparences, n'ont 6t6 que trop reelies dans la vie du poete. II a toujours 6t6 de ceux qui cassent leurs jouets pour voir « ce qu'il y a dedans » . Des amis qui l'accompa-

un 6tat de prostration lasse oil Tactivite lui devenait une fatigue. Avec de telles dispositions d'esprit, il lui 6tait presque impossible de vivre comme les autres hommes : il ne voyait dans le monde qu'un assemblage d'6nigmes douloureuses ou qu'un abtme vertigineux dont il c6toyait le bord en en subissant sans relache l'attraction et la terreur. Plus d'une fois, au sortir d'entretiens ou il leur avait ouvert son ame, ses amis se confident leurs craintes de ne pas le vojr r6sister k des luttes aussi 6puisantes. S'il y a rfeiste, c'est en partie k la Muse qu'il le doit. Pour rendre ses angoisses intimes avec la sinc6rit6 et la precision dont il 6prouvait le besoin, il lui fallait, pour ainsi dire, les regarder du dehors, et cette 6tude soustrayait pour un temps son attention k la souffrance elle-m6me, tandis que F expression po6tique soulageait cette souffrance et par Texacte d6finition qu'elle en donnait et par le charme lib6-

gnaient dans son voyage en Italie m'ont racont6 que devant les plus beaux spectacles de la nature et de l'art il 6prouvait moins de joie que d'inquieUide, parce qu'il les consideraitsurtout comme des signes, dont il s'obstinait a demeler le sens cache plut6t qu'il ne s'attachait a les contempler en euxmemes.

que je pense de ces tentatives. Je les signale ici settlement pour montrer ce goftt, si puissant chez lui et g6n6ralement si Stranger aux pontes, de la v6rit6 abstraite et nue : on se rappelle que, jeune, il pr6ferait les mathSmatiques aux lettres et n'aspirait qu'& se plonger dans un bain de certitude. Si toutefois il n'avait pas eu d'autres aspirations, s'il sMtait contents, comme le font les savants, de la recherche m&hodique et de la joie toujours renouvelfe de constater et de dScouvrir, si mfone il avait seulement excellg k traduire en vers bien faits les v6rit6s de la science, il n'aurait pas tir6 de cette source une poSsie qui etit 6mu les coeurs des hommes : la certitude rassasie, elle n'enivre pas. S'il les a touches, c'est qu'il a joint, dans une union qu'on a bieh rarement vue aussi intime, mais qui se retrouve k differentes doses chez la plupart d'entre nous, la connaissance exacte des conditions de la certitude dans le domaine ou elle peut s'obtenir a un d6sir passionnS de la trouver dans des regions oil rien ne nous l'a donnSe jusqu'ici et oil elle intSresse de plus prSs notre destin6e; c'est que, h6ros et martyr de la pens6e mo-

derne, ayant combattu et souffert pour elle et par elle comme nous et plus que nous, il a su chanter ses luttes, ses d6faites et ses victoires de mantere k faire longuement vibrer P6cho prfit a r6pondre du fond de nos Ames, inquires et troubles comme la sienne, a son chant p6n6trant et sincere, tour k tour enthousiaste et douloureux.

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