L'Ideal (Stances et Poemes
2. Dans VAbime, En avant, Realisme, Le Monde a nu, Le Rendez-vous. Voyezaussi la Chanson de Fair (Stances et Poemes).
281 PBNSBrftS ET PONTES.
Bonheur, 1'histoire de tous les systemes philosophiques et de toutes les grandes d6couvertes scientifiques, depuis Thal&s jusqu'a Schopenhauer et depuis Euclide jusqu'& Pasteur. On admire, en lisant oes vers, Inexactitude vivante de Fexpos6 et le raccourci des formules; on est plein de respect pour l'immensite des lectures et la puissance des meditations qu'ils attestent; on s'6merveille de l'habilete avec laquelle sont surmontees des difficult^ presque insurmon tables ; mais on se sent d6concert6 et g6n6, et on se demande si un tel emploi de la po£sie, qui ne peut donner de plaisir qu'fc Intelligence et k la curiosity, est utile et m&ne legitime.
Le po6te a bien senti que de pareilles tentatives risquaient d'fitre froidement accueillies, et, comme il y tenait, il s'est efforc6 de les justifier. — « II faut bien se garder, dit-il, de confondre la versification, c'est-&-dire Tart de faire des vers, avec la po£sie, consid6r6e comme Inspiration la plus ardente et la plus haute vers quelque celeste id6al. Les fables de La Fontaine sont pleines d'aphorismes d6pourvus de toute pofeie, mais consacrGs dans des vers
nets, immuables, frappGs comme des m&lailles, admirablement mn6moniques. On trouve en foule aussi, dans Corneille, de ces vers inoubliables, d'une moralit6 plus severe, mais nullement 6th6ree ; ce ne sont que des pr6ceptes et des maximes. Les poetes frangais ont produit d'excellents vers dans tous les genres. II n'y a aucun sujet interdit k cette forme de langage; la com6die en vers le prouve, car aucune mattere k entretien n'en est enticement banriie l . »
Cette th6orie est conforme a Popinion qui r6gnait jadis parmi nous, heritage d'6poques plus anciennes. A Forigine de toutes les literatures, dans la p6riode oil la transmission est exclusivement ou surtout orale, la po^sie, on le sait, pr6c6de la prose et regne sans partage : elle est un simple moyen mn6motechnique et sert k conserver tous les enseignements aussi bien qu'4 donner un corps k tous les rfives.
A notre Spoque classique, cette tradition, quoique n'ayant plus la mfime raison d'fitre, durait encore : elle a produit et la com6die en