PBHSECRS ET PO&TE
comme les plus attrayantes de ce mysterieux lerriloire, el la carte qu'on peat en dresser apres son passage est singulierement plus riche et plus precise que celle qu'il avait trouvfe.
II dgbuta des 1875 par one 6tude sur deux des amchaspands zoroastriens, Haurvatat et Ameretat 1 , qui r6v61a d'emblto l'etendue surprenante de son savoir si rapidement acquis, Felgganoe de sa composition, la finesse de sa pensle, la solidity brillante de son style. Deux ans apres, dans son livre sur Ormazd et Ahriman* (these de docteur es lettres), il s'attaquait au probleme central du zoroastrisme. Aussitdt M. Max M tiller confiait k ce jeune homme la tache ardue de traduire V A vesta en anglais pour la grande collection des « Livres sacr6s de FOrient » entreprise par Tuniversit6 d' Oxford. Tout en se livrant $l ce travail difficile, il 6crivait <$. et la et rassemblait plus tard en deux volumes des Etudes iraniennes s dont chacune marquait un progr&s
1. Vingt-troisieme fascicule de la Biblioth&que de VEcole des haute* Etude* (Paris, Bouillon).
2. Vingt-neuyieme fascicule de la Btblioth&que de VEcole des hautes Etudes.
3; Etudes iramennes, deux vol. in-8°. (Paris, Bouillon, 1883).
pour la science. Mais bient6t il acquit la conviction que YAvesta, 6tant en grande partie un rituel, ne pouvait se comprendre que dans le milieu oil les rites qu'il commente ou qu'il accompagne se pratiquent encore, et en fevrier 1886 il partait pour Bombay, afin de recueillir aupr6s des Parsis, qui entretiennent le feu sacr6 des Mages, les renseignements qui pouvaient lui permettre de terminer son oeuvre. II allait ensuite passer plusieurs mois k Peshawer pour 6tudier la langue afghane:
il y faisait la belle d6couverte que l'afghan est le continuateur encore vivant de la langue des anciens M6des (improprement appel^e zend), dans laquelle est 6crit le livre sacr6 de Flran, et chemin faisant, comme un g6ologue, en poursuivant ses fouilles et ses sondages aust&res, cueille sur sa route un bouquet de fleurs sauvages, il ramassait une riche collection de chansons populaires afghanes, trfeor aussi prgcieux qu'inattendu pour la po6sie et le folklore 1 . Revenu en France, il entreprenait, cette fois pour nous, une traduction complete
1. Chants populaires des Afghans (Paris, 1888-1890); publication faite par la Soci6t6 asiatique.
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de VAvesla, accompagn6e d'un ample commentaire, et rgussissait en quatre ans k mener k bonne fin cette entreprise htirotque 1 ; quand elle fut termin6e, PAcad6mie des Inscriptions et Belles-lettres lui d&serna le prix de vingt mille francs qu'elle accorde tous les dix ans k l'oeuvre qui, dans cette p^riode, lui a paru « la plus propre k honorer ou a servir le pays » dans l'ordre des 6tudes qu'elle reprgsente, et cette attribution fut ratiftee par Flnstitut tout entier. Mais la traduction anglaise etait restee inachevSe, et on en r^clamait la suite ; il la reprit tout enttere en sous-ceuvre et la refit en dix-huit mois. La correction des 6preuves de cette deuxi&ne version anglaise a occup6 ses dernteres heures de travail scientifique : Fintroduction est presque entitlement achev^e, et parattra par les soins de FSpouse qu'il avait associ6e k ses travaux, tandis que la redaction de Findex est confi6e k un disciple instruit et devou6.
Je ne puis songer & donner ici une id6e de
1. Zend-Avesta, traduction nouvelle avec commentaire historique, Paris, 1892-93, trois volumes in-quarto (faisant partie des Annates du muste Guimet).
l'oeuvre iranienne de Darmesteter : des juges plus autoris6s Font appr£ci6e ou vont Pappricier ailleurs 1 . Je dirai seulement ce qui la caracterise essentiellement : c'est d'avoir fondu et concilia dans une m6thode sup^rieure les deux tendances qui se partageaient ou plut6t se disputaient les etudes avest£ennes. Les uns ne .prenaient" pour guide que la tradition indigene, representee par les traductions et les commenlaires pehlvis et conserve chez les Gu^bres actuels ; les autres regardaient toute cette tradition comme non avenue et ne s'attachaient qu'au texte zend, interpr&ant la langue k l'aide du Sanscrit, la religion k l'aide des V£das. Darmesteter posa en principe que Implication de VAvesta doit d'abord 6tre cherch6e dans la tradition, mais qu'il faut la completer par la recherche etymologique et la comparaison. C'est gr&ce k ce double proc6d6 qu'il put suivre Involution du mazdeisme depuis ses lointaines origines jusqu'& ses dernteres cristallisations.
1. M. Barbier de Meynard, president de la Soctete asiatique, a lu a cette Socie"t6, le vendredi 9 novembre 1894, une tres belle notice sur les tra^aux de Darmesteter. M. Breal en a donne" une autre dans YAnnuaire de I'Ecole des Hautes Etudes pour 1895.
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L'idto fondamentale de cette religion, le dualisme, Fan t agon is me du bon et du mauvais principe (Ormazd et Ahriman), repose en partie sur les vieilles conceptions naturalistes qui sont k la base de toutes les religions indoeurop6ennes, mais elle a 6t& constitute dans toute son originality puissante par le g6nie iranien, que la lggende a person ni 66 dans Zoroastre. Darmesteter en a suivi non seulement Involution directe, mais la penetration dans Tislamisme persan, et, plus anciennement d6j&, dans le manich&sme, qui devait se propager au moyen dge, a travers la Bulgarie, jusqu'en Occident, et trouver sa derntere expression dans I'h6r6sie de nos Albigeois. Quant k YAvesta lui-m6me, ce livre bizarre et grandiose, qui tant6t rebute par sa pu6rilit6 baroque et tantdt impose par sa hauteur morale, Darmesteter 6tait port6 k en ramener la composition et la forme actuelle k une 6poque relativement r6cente : il y dScouvrait l'influence du bouddhisme, de la Bible et de la philosophie grecque, et le croyait r£dig£ vers P6poque de J6sus-Christ k Paide d'6l6ments anterieurs qu'on ne pouvait plus discerner avec stirete. Ces
conclusions ont 6t6 revoqu6es en doute par des critiques comp6tents : les influences juives notamment semblent assez contestables, car ce qui est commun k la Genise et k YAvesta pourrait bien remonter & cette yaste source chald6enne oti il n'est pas douteux aujourd'hui que la tradition h6braique ait puis6, et qui apparaltra peut-6tre un jour, quand elle sera plus profond&nent explore, comme le grand r&ervoir de science, de religion, d'art et de fiction auquel s'est alimentee toute la vieille Asie.
Cette religion mazd6enne, qu'il avait si patiemment et si puissamment analyst, Darmesteter en a fait aussi la synthase. (Test un curieux Episode, dans Thistoire des id6es, que la conference qu'il fit en 1887, h. Bombay, devant un auditoire parsi *. Les repr&entants de cette vieille religion que Darius fils d'Hystaspe confessait, il y a vingt-quatre stecles, dans ses proclamations grav6es aiix rochers de Behistoun, entendirent avec une surprise mel6e d'admiration le jeune sage venu d'Occident
1. Cette conference a 6te" imprimee dans la Bombay Gazette en fevrier 1887, et tirSe a part a fort peu d'exemplaires.
leur expliquer leur foi her6dilaire, leur montrer la grande place qu'elle avait tenue dans le monde, et rendre hommage k la valeur morale de ses enseignements. Au cours de la lutle inoessante qu'Ormazd soutient contre Ahriman, l'homme s'engage librement, mais n6cessairement, dans l'une ou Tautre des deux armies en presence: toute bonne pens6e, toute bonne parole, toute bonne action accrolt les forces du bon principe, tout ce qui est mauvais les diminue ; l'homme peut ainsi pendant sa vie etre le collaborateur et le soldat du Dieu bon qui doit triompher k la fin des siteles. Dans une vue large et hardie, le conferencier de Bombay montrait le concours vers un but moral 6lev6 des six grandes religions asiatiques, devenues les seules religions de l'humanite : le brahman ism e, le mazd6isme, le bouddhisme, le judaisme, le christianisme et l'islamisme, et il faisait voir que nulle n'a donn6 k l'activit6 morale de l'homme une impulsion plus 6nergique que celle de Zoroastre. Les Parsis furent emus de cette 6loquente Evocation : k l'appel de Torateur, ils cr£erent un fonds pour la publication de leurs vieux manuscrits encore
in&Iits, et le nom du mage de France est rest6 cher et v£n£r£ parmi eux.
En mfime temps que son travail scientifique avait pris une direction precise, la vie de James Darmesteter avait trouv£ son cadre et sa fonction. Nomm6 a l'£cole des Hautes Etudes r£p£titeur de zend en 1877, puis directeuradjoint, et enfin directeur, il montait en 1885 dans la chaire de langues et literatures de la Perse au College de France. Pendant tout ce temps, non content de ses recherches sur le vieil Iran, il etendait ses etudes aux regions les plus di verses du vaste domaine oriental *. En 1885, au moment oil Tapparition fantastique du Mahdi prgsentait tout k coup h notre monde sceptique une incarnation terriblement r£elle des plus antiques reveries de l'imagination religieuse, il faisait & la Sorbonne sur les origines, les pr£curseurs et les inevitables successeurs de cet etrange personnage une conference eblouissante de science et d'esprit, ou il se montrait aussi familier avec le monde musulman qu'avec le monde iranien, et retrouvait